PDA

View Full Version : Chapter XXX - Cincinnatus Leconte: August 1911 - August 1912



TiCam
05-11-07, 04:27 PM
The country's most productive president of the early twentieth century, Cincinnatus Leconte, had died in a freak explosion in the National Palace (Palais National) in August 1912. An explosion at three o’clock in the morning destroys the National Palace and kills President Cincinnatus Leconte and three hundred soldiers. Cincinnatus Leconte, was a descendant of Dessalines. The same day, the Constituent Assembly appoints General Tancrete Auguste President of Haiti.
Five more contenders claimed the country's leadership over the next three years,


* * * * * * *

L'explosion du Palais National en 1912
http://www.haitiwebs.com/forums/imagehosting/thum_500462d29ae46355.jpgLe jeudi 8 août 1912, vers les trois heures et demie du matin, le Palais national sautait dans un terrible fracas qui réveilla la population de la capitale. Cette explosion, suivie d'un énorme incendie, de détonations intermittentes et de bruits de mitraille, marquait la fin du gouvernement de Cincinnatus Leconte. Comme on allait l'apprendre avec épouvante dans le courant de la journée en effet, le président Leconte ainsi que plusieurs centaines de soldats de sa garde avaient péri dans la catastrophe.
Les restes carbonisés du président défunt et ceux de son petit-fils adoptif âgé de quatre ans, Maurice Laroche, furent retrouvées après des heures de fouilles dans Les décombres. à la suite des émouvantes cérémonies funéraires du président Leconte et des nombreuses victimes de la tragédie, les grands journaux ouvraient des enquêtes, tout le pays s' interrogeait sur l'éventualité d' un complot, sur les dessous mystérieux de ce sinistre qui restera l'une des plus grandes énigmes politiques de l'histoire haïtienne.
Dantès Bellegarde, un contemporain de l'affaire, nous apprend, dans son Histoire du peuple haïtien, qu'avant l'explosion du Palais, « qu'une certaine inquiétude flottait dans l'air, une sorte d'appréhension de quelque malheur inévitable. Ce malaise politique était aggravé par les bruits qui couraient au sujet d'une prétendue mésintelligence entre le chef de l'État et quelques uns de ses familiers».
En tout état de cause, toutes les personnes de l'entourage présidentielle et tous les responsables militaires qui seront interrogés par la suite, conformeront la possibilité d' un complot. Quand le quotidien Le Matin demandera à M. Jules Deve, un homme de confiance du président Leconte, s'il était au courant du fait qu'une caisse venant de la Compagnie d'éclairage électrique avait été apportée au Palais le soir de l'événement, celui-ci confirmera la chose ainsi que les rapports des employés du Palais qui auraient vu un technicien procéder à la réparation de quelques lampes.
Toujours salon M. Deve, dans la ville du Cap où il avait séjourné peu avant le désastre, une rummeur publique tenace voulait que le Palais national sautât dans le courant des prochaines semaines. La veille de l'explosion d' ailleurs, le président Leconte, inspiré par une bien étrange prémonition, aurait dissuadé son ministre, M. John Laroche, qui voulait partir pour le Cap, avec ces paroles énigmatiques :«Ne partez pas encore, je ne sais comment moi-même je sortirai de ce Palais ».
Dans les caves du Palais, on avait entassé des quantités si considérables d'explosifs que, dans les jours précédant le drame, le président Leconte qui était descendu inspecter le dangereux entrepôt sur lequel il vivait, s'était tellement inquiété en voyant ces amoncellements de quarts de barils de poudre, qu'il avait ordonné leur déménagement.
Après la mort de Leconte, la population chercha les conspirateurs partout, parmi les petits détaillants arabes que le président venait d'expulser du pays, parmi les arrogants chefs cacos qui devenaient de plus en plus difficiles à contenter, parmi les grands négociants Français ou anglais, puisque Leconte, qui avait audit- à Mayence, semblait favoriser les Allemands, et même parmi les Dominicains, du fait que les relations entre les deux pays tenaient à l'époque de la crise permanente.
Quelques jours plus tard, on apprendra qu'a proximité des corps méconnaissables du président et du petit Maurice Laroche, on avait retrouvé aussi, près du lit de fer dans lequel ils dormaient, le cadavre d'un inconnu que personne ne parvint à identifier. Une autre donnée étrange sur laquelle on s'arrêta également, c'est le témoignage de certaines personne qui affirmaient avoir entendu quelques instants avant la déflagration, une assez forte détonation venant de la section nord-est du Palais où étaient situés les appartements du président.
Parmi les faits les plus déconcertants entourant l'événement, on retint celui voulant qu'un étranger à l'allure louche, un Blanc, se donnant pour prêtre, aurait, dans les jours précédant, débarqué à Port-au-Prince du cargo Français Québec. Cet individu serait allé chez les Pères du Petit séminaire qui auraient refusé de l'accueillir étant donné que ses papiers n'étaient pas en règle. Hébergé par le pasteur wesleyen Turnbull, l'homme aurait été aperçu par la suite émeché dans un lupanar, il paraissait tourmenté et insistait auprès de la tenancière pour savoir si elle se réjouissait ou non de la mort du président.
Malgré la thèse officielle qui voulait que l'explosion du Palais fut le résultat malencontreux d'un accident à peu près inévitable, les amis de Leconte, et cela bien après le drame, persistèrent à chercher la main criminelle responsable de l'attentat. Selon Bellegarde, « la malignité publique se donna à cette occasion libre cours contre certains individus ou certains groupes et trouva des echos complaisants même dans la presse». En effet, les récits Les plus bizarres circulaient dans la population, pour certains, ce serait un bagnard évadé de Cayenne qui avait fabriqué, à Bizoton, l'engin infernal qui aurait servi à faire sauter le Palais, alors que d'autres soutenaient que le président avait été enlevé, conduit à la Croix-des-Bouquets où il aurait été assassiné par nul autre que le curé de l'endroit, un certain Père Lecu. On chuchotait des noms de politiciens, en particulier celui du président Tancrède Auguste, le successeur de Leconte. On se rappela qu'il avait été vu en grande conversation avec le président défunt juste dans la soirée précédant l'explosion, ce qui évidemment, autorisa les plus imaginatifs à échafauder les hypothèses les plus insolites.
Le président Leconte était unanimement considéré comme le meilleur chef d'État depuis des générations par les Haïtiens qui n'acceptèrent pas sans colère sa dramatique disparition. Leconte, qui appartenait à la classe des investisseurs, des gens d'affaires, des entrepreneurs, aura effectivement dirigé le pays avec un zèle patriotique et un dynamisme administratif exceptionnels. Leconte était un libéral qui avait eu le temps de vider les prisons de leurs détenus politiques, d'autoriser la liberté de presse, de reprendre le contrôle de l'administration, d'entamer de profondes et vigoureuses reformes dans l'armée, l'éducation et l'agriculture.
En faisant appel à des collaborateurs compétents, efficaces, honnêtes et courageux, Leconte sera parvenu, pendant les cinquante et une semaines qu'aura duré son gouvernement, à assainir suffisamment l'administration des douanes pour titre en mesure d'annoncer l'un des rares budgets excédentaires de l'histoire des finances publiques haïtiennes. Cet exploit peu commun justifierait à lui seul ce bel hommage de l'historien Jean Desquiron à l'endroit du président Leconte : « S'il faut décerner la palme du meilleur président d'Haïti, il n'est pas interdit de penser que celui qui la mérite est Cincinnatus Leconte.»