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View Full Version : Pour une meilleure image de la femme dans l'art haïtien



Inouie
11-22-07, 08:28 PM
En Haïti, le corps de la femme est de plus en plus utilisé à des fins commerciales. La femme est également très présente dans des chansons ou vidéo carnavalesques projetant d'elles une image jugée dévalorisante. Pour y remédier, le Ministère à la Condition Féminine et aux Droits des Femmes (MCDF) a débuté une campagne. De nombreuses voix se font déjà entendre en réaction à cette initiative.
La campagne du MCDF a commencé à la mi-novembre à la foire musicale haïtienne « Musique en Folies ». La Ministre, Marie Laurence Jocelyn Lassègue s'y est rendue en personne. « Nous avons voulu débuté cette campagne ici pour toucher déjà un nombre important de personnes », a expliqué la Ministre. Mme Lassègue a ainsi livré aux nombreux participants de cette foire le contenu de la lettre ouverte de son Ministère aux artistes haïtiens.
Dans cette lettre, le Ministère invite les acteurs du monde culturel à « ne plus produire ou diffuser d'images négatives et dévalorisantes des femmes notamment pendant la période de carnaval ». Cette démarche répond à une inquiétude de cet organisme de l'Etat face aux messages, images stéréotypés de la femme projetés à travers certaines réalisations artistiques, telles chansons, chorégraphies, costumes ou clips-vidéos.
« Nous ne faisons pas de reproches aux artistes. Nous ne faisons que constater que certaines de leurs productions véhiculent malheureusement des images dévalorisantes de la femme. Notre rôle en tant qu'institution chargée de défendre la femme est de protéger la société contre de pareilles dérives », a avancé Mona Jean, du MCDF. Pour elle, les hommes comme les femmes sont influencés par les idées existant dans leur environnement et peuvent les véhiculer sans en avoir conscience.
Aussi l'objectif principal de cette campagne est-il de sensibiliser les membres du monde artistique sur leur rôle à jouer dans la « construction d'une société égalitaire ». Pour l'atteindre, des rencontres d'informations, des ateliers et même un encadrement pour les compositeurs de textes sont prévus. Les professionnels de l'information, les patrons de média et publicistes sont aussi invités à mieux valoriser la femme dans la diffusion de messages.

Des réactions mitigées
L'initiative du MCDF semble avoir déjà l'adhésion de certains membres de ce milieu. Pour le chanteur du groupe musique RAM, Richard Morse, «cette initiative est très bonne et à encourager ». Et Richard Morse de souligner : «je n'ai jamais dévalorisé ma femme, chanteuse principale du groupe, dans mes vidéo ou spectacles. Cela ne m'intéresse pas. Lorsque les artistes haïtiens montrent des femmes avec des comportements déplacés dans des vidéos, ou autres, ils imitent l'étranger. Il faut que cela cesse ».
Les associations de femmes se réjouissent aussi de cette démarche du MCDF. Magali Marcelin de Kay Fanm estime que l'initiative n'a que trop tardé. « Nous avons été les premières à tirer la sonnette d'alarme, à demander aux dirigeants de veiller à ce que l'on ne projette pas une image dénigrante de la femme, qu'on ne la présente pas comme un objet, incitant même au viol », a-t-elle dit. Pour Mme Marcelin, cette campagne incitera la population à ne plus consommer de produits ayant fait l'objet de publicité dévalorisant la femme.
Cependant, si certains approuvent sans réserve cette action du MCDF, d'autres, tout en l'approuvant, émettent certaines réserves. Pour Clarens Renois, un professionnel de l'information, il ne faudrait pas tomber dans l'excès inverse. « De nos jours, la publicité montre le corps des hommes comme celui des femmes et les mettent en valeur. Il faut surtout prôner une autre vision de la femme, une qui la respecte », affirme-t-il.
Le journaliste Evrard St Amand, pense, pour sa part, qu'il importe d'insister sur l'aspect économique de la question. Comme il le souligne, « il faut également réfléchir aux structures devant être mises en place pour permettre aux jeunes filles de trouver un travail décent, un travail qui les valorise et ne les oblige pas à se dénuder ».
Pour l'heure, la campagne va bon train. S'il n'est pas certain qu'elle pourra définitivement mettre fin à cette pratique, elle a au moins le mérite d'attirer l'attention de tous sur cette question.