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View Full Version : Premier ministre : les leçons d'un long processus



TiCam
08-08-08, 03:58 AM
Les plus généreux d'entre nous peuvent, à défaut, avancer l'idée qu'il y a eu un débat autour de la désignation comme Premier ministre de madame Michèle Pierre-Louis, désormais ratifiée. Le camp de la raison, si je peux m'exprimer ainsi, a essayé, avec maladresse parfois, d'étayer leur appui à madame Pierre-Louis en se basant, parmi d'autres raisons, sur les droits inaliénables de tout individu à « choisir » son orientation sexuelle et dans la mesure qu'une personne serait une homosexuelle, ceci ne peut guère l'empêcher d'assumer avec brio toutes fonctions auxquelles elle aspire. Et l'autre camp s'arcboutait sur des extraits d'une bible qui, outre qu'elle reflète un contexte historique spécifique, exprime, dans bien des cas, des positions qui retardent l'émancipation totale de la femme. Dans d'autres cas on peut bien servir des merveilleux préceptes de cette bible (générosité, solidarité sociale) mais on doit avoir la sagesse de se démarquer de toutes positions bibliques qui ne font pas honneur à l'être humain ou qui l'excluent. Il est difficile d'imaginer un Jésus agréer ce qui s'est passé a Michèle durant les six dernières semaines.
Débat de sourds, diront, avec raison, certains qui doivent se lamenter qu'après deux siècles d'existence comme « nation », les gens du pays n'aient pas encore appris à se parler sans avoir recours à des insultes, à des ingérences inopportunes (et sans manière) dans la vie privée d'un individu, sans brandir le principe de respect (et le respect de soi) comme base pour solidifier toutes relations sociales déjà fragilisées par toutes sortes d'inégalités et d'exclusions qui, doit-on le redire, doivent mériter une attention particulière de nos dirigeants et de notre prochain Premier ministre. Et du pays en général. C'est le cas de le dire : le pays tarde encore à entrer dans la modernité dont l'un des rites de passage demeure le droit de toute personne à affirmer son individualité. On ne peut pas bâtir un pays en continuant à exclure ceux ou celles qui ne nous ressemblent ou qui ne font pas les mêmes choix que nous. La moralité exige que l'on se batte pour permettre aux exclus (homosexuels, pauvres, vodouisants, abitan et autres) à jouir de leurs droits sociaux, économiques, politiques et sexuels.
Pendant que madame Pierre-Louis prépare sa déclaration de politique générale, il n'est pas trop tôt de commencer à tirer les leçons de cette expérience qui est loin de s'épuiser. Si certains partis politiques n'arrivent pas à gagner « ce qui leur revient de droit » dans ces négociations, la question sexuelle peut bien rebondir quoi qu'ait déjà déclaré madame Pierre-Louis en réponse aux accusations. Le premier sénateur du Sud-Est, Joseph Lambert, a raison : Avec cette déclaration officielle de Michèle sur son orientation sexuelle, le débat est clos. Il n'y a rien qui puisse porter quelqu'un à s'abstenir ou à voter contre si, au préalable, les questions de partage des ministères et autres fonctions, ont été vidées. C'est de ça qu'il s'agit fondamentalement. Qu'on le dise clairement : il n'y a rien d'anormal à ce que des partis politiques réclament une certaine participation dans la gestion du pouvoir. Il est à espérer, cependant, qu'il y ait enfin cohérence dans l'action et que des structures administratives soient créées pour veiller à la bonne marche des ministères et pour rendre « accountable » nos dirigeants. Le programme est important, mais ce qui compte c'est son application où le concept d'« accountability » est de mise.
La multiplicité des partis politiques représentés à la Chambre haute n'a pas aidé à trouver une issue assez rapide dans les négociations. À preuve, les négociations avec la CPP ou l'UPDN ne s'accompagnaient pas d'autant de difficultés. La méfiance étant répandue parmi les acteurs, il faut dire que ces négociations entre des sénateurs qui représentent tant de partis politiques (mais aussi leurs petits intérêts) et le président de la République qui semble ne pas avoir recours à une équipe solide pour aider dans les négociations, expliquent la lenteur et les difficultés de celles-ci. Surtout quand les acteurs cachaient leurs cartes trop près de leur coeur. Le spectacle d'un président au coeur de toutes les négociations dans un contexte d'un gouvernement oeuvrant à boucler les affaires courantes donne l'impression que le pays est « fermé » pour tous autres types de transactions qui n'ont pas rapport au dossier du Premier ministre.
Le processus pour doter le pays d'un Premier ministre, comme la Constitution de 1987 l'établit, est trop compliqué et renferme trop d'étapes. Il faut le simplifier. Nos constituants avaient trouvé bon à ajouter un facteur-temps en cas de vacance présidentielle. Il doit y avoir quelque chose de similaire pour choisir notre Premier ministre. Le pays doit se donner au plus trois semaines pour finaliser le choix. Ne faut-il pas mettre sur pied une commission de vérification des documents bien avant qu'on recherche un Premier ministre ? Ne faut-il pas demander moins de documents que possible ? Faut-il mettre au vote l'éligibilité du candidat ? Ne doit-pas réduire ou éliminer certains critères d'éligibilité, à commencer par les cinq ans de résidence et le problème de la nationalité ? Ne faut-il pas une seule commission (formée de sénateurs et de députés) de vérification des documents ?
Et le plus important serait de voir comment « dépolitiser » la politique de finaliser la ratification d'un Premier ministre. En effet, comment justifier que des candidats aussi valables comme Erick Pierre et Robert Manuel soient rejetés par le Parlement ? Et plus de six semaines après sa désignation, Michèle Pierre-Louis est loin de prendre siège à la primature.

Source: Le Matin

TiCam
08-08-08, 05:51 AM
The haitian society is suffering from Compassion Deficit Disorder.