• Maryse Condé : Une traversée paradoxale de l’Afrique




    LITTÉRATURE - La plus grande figure féminine antillaise de la littéraire se livre dans « La vie sans fards ». Un récit autobiographique où elle dresse les comptes et mécomptes de L’Afrique.
    Douze ans d’enseignement en Côte d’Ivoire, Guinée, Ghana et Sénégal. Il y a de quoi nouer un cordon ombilical à des hommes, une région. C’est un temps suffisamment long pour s’enraciner et fleurir. C’est le cas de Maryse Condé avec l’Afrique où ses aventures en tous genres lui ont permis de développer son immense talent de romancière, de conteuse et accessoirement de dramaturge. L’Afrique de Condé n’est pas celle de Césaire ou du Haïtien Roger Dorsainville. Ce n’est pas non plus celle du Guadeloupéen Guy Tirolien. L’Afrique vécue par Condé est la sienne propre, celle d’une femme aventurière en quête d’un bonheur comme l’indique son premier livre Hérémakhonon, paru en 1976. La publication de « La vie sans fards » nous révèle une grande dame qui ne s’entoure pas des conventions sociales pour parler de son intimité. Le célèbre journaliste haïtien, Jean Dominique lâchement assassiné il y a quelques années, fait partie de ses premiers amours. Ce fut un amour déçu, comme tous ceux qu’elle connaîtra. Mais ce premier lui restera au travers de la gorge. Un enfant en naîtra : Denis. Puis son mariage en Guinée avec le comédien Mamadou Condé (le père de ses filles) et la voilà dans le Ghana révolutionnaire, tête de pont du panafricanisme.


    « Afrique où es-tu ? »

    De lieu en lieu et d’expériences professionnelles en amours mal vécus, Maryse Condé brosse des portraits saisissants de hautes personnalités dont Amilcar Cabra, le père de l’indépendance de la Guinée-Bissau. De son talent incomparable de conteuse, elle dresse des tableaux parfois douloureux, parfois joyeux de son quotidien. Pour autant, l’Afrique ne la façonne pas. Le bois sacré ou la quête initiatique, n’était pas ses rayons. L’Afrique n’est pas le rendez-vous du donner et du recevoir, comme le dirait l’un des trois fondateurs du mouvement de la négritude. Dans sa traversée paradoxale de l’Afrique, l’auteur décline des récits de reconnaissance à des hommes dont la planète tout entière fixe les noms dans le marbre : le cinéaste Sembène Ousmane ou Cheick Hamidou Kane, l’auteur de l’aventure ambiguë et le Nobel de Littérature Wolé Soyinka. « La vie sans fards » nous instruit sur l’Afrique des cinquante dernières années. Le livre pousse à la réflexion. Il ne faut le verser l’autobiographie de Maryse Condé dans l’afro-pessismisme.
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