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«La période de 1804 à 1915 est l'âge d'or dans
les villes pour les sages-femmes diplômées. Dans les campagnes,
leurs consoeurs, les matrones traditionelles, continuent, sans bagage
scientifique, d'accoucher dans leurs chaumières l'immense majorité
des femmes haïtiennes»(1)
Dans ces pages où ont défilé, dans leur spécificité
et leur admirable combativité, des noms parmi les plus éminents
d'Haïtiennes, une place privilégiée revient évidemment
à celles, le plus souvent anonymes, qui face à la
maladie, se sont données la lourde tâche d'assister,
de soulager quand elles ne guérissaient pas. Les faits sont
là, plus que parlants : là où il n'y avait
pas de docteur, là où se faisait sentir la cuisante
nécessité d'une constance, d'une permanente présence
(la négresse Catherine Jasmin aux côtés de son
mari dans leur hospice pour gens de couleur(1) en est
un exemple édifiant), se retrouvaient les femmes.
Leur insertion, appréciable à plus d'un titre, dans
tous les domaines et à tous les échelons du monde
médical étant aujourd'hui fait acquis, nous nous contenterons
d'un bref rappel de ce qu'elle a été jusqu'en 1934,
année où leur seront ouvertes les portes de la science
médicale, insistant davantage sur ce qui, jusque-là
n'avait laissé de constituer leur chasse gardée: la
pratique de sage-femme. En effet, bien avant que la maternité
ne relève en Haïti de l'obstétrique, avec le
plus souvent pour seul bagage des acquis hérités d'une
tradition imposante certes mais pas toujours fiable(2),
des matrones, comme il est souvent encore le cas dans les campagnes,
se retrouveront la plupart du temps les seules à offrir aide
et soutien, aussi bien au moment des couches que dans les premiers
jours si sollicités de maternité, occupant ainsi une
place privilégiée et de premier ordre sur l'avant-scène
de l'assistance maternelle.
Dans ce domaine dont traits et couleurs tendent aujourd'hui à
s'estomper, à l'échelle du pays tout entier, se sont
signalées aussi bien Haïtiennes qu'étrangères.
Malheureusement ne sont parvenus à nous, d'une Histoire somme
toute par trop partielle, que de rares noms, tels Mme Imbert-Carlet,
Mme Escokry par exemple à Port-au-Prince, Miss Sarah Page
à Jacmel, Miss Easy au Cap, diplômées d'école
française ou jamaïcaine. Et émergeant de la cohorte
anonyme, trop vite ouliée, Henriette Jean-Francois (Grann
Day), femme du pharmacien Emmanuel Day, qui ayant hérité
de Mme Thélusma Jean-Francois, sa mère, l'inappréciable
don de soigner et particulièrement d'aider aux couches, est
signalée comme une des sages-femmes les plus réputées
de Port-au-Prince, celle qui est appelée dans les familles
pour assister les patientes et recevoir les nouveau-nés
, sans oublier évidemment sa fille Mme Jean-Jacques,
à qui elle transmettra son savoir et sa notoriété
et dont le nom, plus tard, figurera en bonne place dans la première
promotion de sages-femmes de la Polyclinique Péan(5).
A partir de 1888, à la faveur notamment du mouvement d'organisation
de la pratique médicale haïtienne enclenchée
par le Dr Louis Audain, entre autres, l'État entreprendra
le contrôle et la réglementation de la pratique des
sages-femmes et la nécessité de leur offrir la formation
adéquate s'imposera de plus en plus. En 1892, deux boursières
de gouvernement, Mme Hébée Gabriel et Mme C. Dehoux,
partent se perfectionner à Paris. Quelques années
plus tard, en 1898 et 1899, l'École de Médecine puis
la Polyclinique Péan du Dr Audain ouvriront grandes leurs
portes aux matrones du pays et ces deux années verront plus
d'une douzaine admises haut la main après un examen d'entrée.
Et quand en 1900, la Maternité de Port-au-Prince sera fondée
au local de l'Exposition, siège de l'École de Médecine,
en partagera la direction avec le Dr Riboul Mme Nelvil Dubois,
également de la première promotion ayant bénéficié
de cette formation.
S'il est reconnu ainsi à ces femmes une affinité
certaine à la science médicale, leur pratique par
contre y demeure limitée et leur avancée, faute d'accès
à des études médicales plus poussées,
plus qu'incertaine. Un rôle, fondamental on le concède,
mais de second rang, leur est offert avec l'ouverture de l'École
des infirmières. Dans ce rôle, une femme comme Mercy
Pidoux, une des premières jeunes filles de la bourgeoisie
haïtienne à s'inscrire à l'École des garde-malades
récemment créée, spécialisée
ensuite comme infirmière visiteuse à Columbia University
Teachers College de New-York, n'arrêtera pas d'étonner
et de mériter l'admiration par son professionnalisme, son
dévouement et surtout sa présence quotidienne dans
les quartiers populeux de Port-au-Prince «apportant aux
nécessiteux, aux pauvres,... les notions d'hygiène,
les soins et les conseils.» (4)
1934 verra enfin les femmes reçues à la Faculté
de Médecine sur un pied d'égalité. La première
Haïtienne alors à avoir bravé ces études
et décroché son diplôme est Yvonne Sylvain(5).
A peu près à la même époque, est diplômée
Marcelle Hakim(6), première femme
dentiste. Elles ouvriront la marche à Yolande Thomas-Leroy,
1941, spécialisée en gynécologie, Lucie
Paultre-Sajous, 1945, chirurgien, Irmgart Goldenberg-Zaguery,
1948, pédiatre, Edith Dreyfuss-Hudicourt, Ghislaine André-Rigaud,
Rolande Scott-Jolibois, 1951...
(1) Docteur Ary Bordes, Evolution des Sciences de
la Santé et de l'Hygiène Publique en Haïti., p236. (2) Aloou Kinson
baptisé Jean Jasmin, nègre affranchi en 1741 (27 ans) épouse Catherine,
28 ans, négresse affranchie du sieur Nanat, tous deux de la Côte
d'Or. En trois mois ils construisent à leur propre frais dans la
ville du Cap, un hospice où il soignent également sans frais les
gens de couleur. Capacité: 12 malades mais en recoit des fois jusqu'à
18. Hospice d'une grande notoriété, que Moreau de St-Méry dans ses
démarches d'aide nommera Providence des gens de couleur; a recu
de temps en temps des aides et subventions de l'administration coloniale.
« Jasmin et sa femme étaint nommés premier hospitalier et première
hospitalière, et sur le tableau des bienfaiteurs qui devait être
mis dans un lieu apparent de l'Hospice, on aurait nommé d'abord
la Providence des blancs et ensuite Jasmin et Catherine sa femme»
(Moreau de St Méry, op. cit, p413). (3) Il est noté qu'à Port-au-Prince,
par contre, les parturientes bénéficieront assez tôt du savoir-faire
de sages-femmes déja au fait de méthodes plus évoluées. (4) Docteur
Ary Bordes, op.cit, p222. (5) Marie Thérèse Colimon dans Femmes
Haïtiennes, p218. (6) Madeleine Sylvain Bouchereau, op.cit, p176.
(7) Soeur de Yvonne Hakime-Rimpel (voir portrait)
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