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Le mardi 25 mars 2008
HAÏTI : L’ENFANCE MALMENÉE
Une force policière sans moyens
Lyonel Anglade n’avait pas remis les pieds dans son Haïti natale depuis 30 ans. Policier de Montréal spécialisé dans la prévention des gangs de rue, il a accepté d’y retourner avec une centaine de collègues canadiens pour aider son pays à se doter d’une véritable police. Beaucoup reste encore faire.
Habitué d’entendre qu’Haïti va mal, Lyonel Anglade n’a pas été surpris de découvrir un pays bien différent de celui de ses souvenirs. Les quartiers de son enfance se sont délabrés sous l’effet de la pauvreté.
Son travail d’enquêteur sur l’état de service des policiers haïtiens l’a amené à se promener pratiquement partout à Haïti depuis cinq mois et il a été frappé par le manque de moyens. «Les policiers n’ont pas de moyens de transport ni même de communication», a-t-il observé. C’est d’ailleurs pourquoi tant d’étrangers accusés de crimes ont le temps de quitter le pays avant même d’être importunés par la justice.
«Ce n’est pas parce qu’ils ne veulent pas faire la job, c’est vrai qu’ils n’ont pas de véhicules!» s’exclame Jean Lafaye, un retraité de la police de Montréal qui en est à sa seconde mission à Haïti. Pour le chef du contingent canadien, Robert Boulet, le problème n’est pas tant de trouver des donateurs internationaux, mais bien le manque d’organisation du gouvernement pour les dépenser.
Les exemples ne manquent pas. Parmi ses multiples tâches, l’agent Daniel Jacques de la Sûreté du Québec est à constituer un registre d’armes à feu — dont le port est légal à Haïti. Le système informatique est pratiquement prêt, mais il manque un élément important : des cartes pour délivrer les permis!
Pour autant que les gens s’y inscrivent, la base de données ne réglera qu’une partie du problème des armes à feu, reconnaît-il. Reste encore celui des mitrailleuses, illégales dans le pays. «Plusieurs anciens militaires (l’armée a été démantelée en 1994) ont conservé leurs armes», explique M. Jacques.
Corruption
Des 97 policiers canadiens déployés à Haïti, la majorité proviennent de la police de Montréal, de la Sûreté du Québec et de la Gendarmerie royale du Canada. Ils travaillent surtout à l’académie de police où sont formés les nouveaux policiers, vérifient les états de service des agents en poste et épaulent la police haïtienne dans ses deux plus grands défis : la lutte contre les stupéfiants et les enlèvements.
Haïti sert de plaque tournante pour la drogue provenant d’Amérique du Sud vers les États-Unis, le Canada et l’Europe. Peu touchés par la consommation de stupéfiants, les Haïtiens souhaitent plutôt voir les forces de l’ordre mettre un terme à la vague d’enlèvements qui frappe le pays.
Durant les 13 premiers jours de mars, 26 personnes ont été prises en otage. Si la vaste majorité est libérée contre une rançon de quelques milliers de dollars américains, au moins deux enfants ont péri aux mains de leurs ravisseurs dans la dernière année.
Fait inquiétant, une récente enquête sur un enlèvement a permis de découvrir l’implication de deux policiers haïtiens dans ce lucratif «commerce». Arrêtés par leurs collègues, ils ont néanmoins réussi à prendre la fuite. Et ce ne serait que la pointe de l’iceberg.
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