Le Premier ministre désigné Pierre Ericq Pierre a fait, à travers ses avocats, le dépôt de ses pièces au Parlement en vue de la ratification de son choix. Une commission bicamérale a été constituée avec pour mandat d'analyser le dossier du Premier ministre désigné et de présenter un rapport (favorable ou défavorable) à l'assemblée des sénateurs et députés de la 48e Législature. Que le rapport de cette commission soit favorable ou défavorable, la ratification du choix de M. Pierre Ericq Pierre, comme Premier ministre, dépend du nombre de voix de sénateurs et de députés qui lui seront attribuées.
Le Parlement va-t-il rejeter le choix de l'Exécutif dans les conditions sociopolitiques particulières que traverse le pays?
Il y a de fortes chances que le choix de M. Ericq Pierre ne soit diffamé comme ce fut le cas en 1997 pour des raisons si futiles, si politiciennes, disons purement conjoncturelles. Le temps, à ce niveau, va beaucoup jouer en sa faveur, parce qu'il n'aura pas permis l'expression de coup de tête, de rancoeur sans flétrissure, sans châtiment pour ceux qui en seront coupables ou qui en feront preuve.
Mais la ratification du choix d'un Premier ministre n'est que la première étape du processus. Si le dossier de M. Pierre Ericq Pierre se révèle complet, si toutes les conditions exigées sont remplies, si toutes les pièces réclamées sont soumises au Parlement, sur quelle base peut-on rejeter son choix comme Premier ministre?
M. Pierre Ericq Pierre peut être victime d'un préjugé défavorable, du genre qu'il n'est pas l'homme du moment. Quel doit être le profil de l'homme du moment? Qui va ou doit déterminer les qualifications ou qualités de l'homme du moment? On peut tout aussi lui reprocher d'avoir un parcours, d'avoir travaillé pour ou avec des institutions qui sont des chantres du "néolibéralisme" répudié, vilipendé, accusé de tous les malheurs du pays. Qui, avant lui, avait appliqué cette "politique néolibérale", quel était son parcours, pour quelle institution avait-il travaillé?

Si des arguments objectifs ne peuvent être avancés contre la ratification de son choix comme Premier ministre, M. Pierre Ericq Pierre doit, en toute logique, jouir du bénéfice du doute. Dans la mesure où les opinions ne peuvent être fixées qu'à travers sa déclaration de politique générale et le profil de son cabinet ministériel. Et là encore, il faut, raisonnablement, donner du temps au temps. Le temps que les paroles se transforment en actions concrètes.
Ne faut-il pas que les acteurs, tous les acteurs, soient réalistes, pragmatiques, sérieux à défaut d'être honnêtes pour conjurer le grand danger qui nous guette tous?
Source: Le Nouvelliste