CONSEIL : Eviter toute traduction en Anglais car les linges sales se lavent en famille.
Enock Néré: Monsieur Eloi, quelles sont les premières leçons que vous avez pu tirer de votre défaite face au Guatemala ?

WE : Je n'ai pas attendu le match contre le Guatemala pour tirer mes premières leçons à partir du championnat national. Cependant, le match du Guatemala m'a permis d'inscrire quelque chose que j'avais omis d'inscrire dans ma programmation. Tout d'abord, je vais vous dire mon point de vue par rapport à notre football, je dois dire que nos joueurs ne peuvent pas jouer plus de cinquante minutes; au delà de cinquante minutes, on voit des joueurs qui courent après le ballon mais qui à l'arrivée font du n'importe quoi. Ceux qui suivent la rencontre se disent maisqu'est-ce qu'ils font comme ça, Mais le fait est simple c'est que le joueur est déjà fatigué, ils est sur le terrain mais, ils ne peut plus jouer. Par exemple, l'appel de balle doit être tranchant, le joueur doit être capable de gagner ses duels mais dans notre football au delà de cinquante minutes nos joueurs sont toujours au sol tout simplement pour récupérer parce qu'ils n'en peuvent plus. Cela est dû tout simplement à leur condition physique qui fait qu'à partir de ce moment, il y a beaucoup de déchets techniques, il y a beaucoup de passes ratées.

EN : A moins d'un mois et demi des éliminatoires de la Coupe du Monde 2010, vous sentez-vous à même de pouvoir remédier à la situation ?

WE : Attendez; nous sommes encore aux constats. L'autre aspect qui est dramatique dans le football haïtien, c'est la finition. Aujourd'hui pour mettre un but, il nous faut des dizaines d'occasions, on n'arrive pas à marquer car les attaquants ne sont jamais devant le but. J'ai observé cela avant le match du Guatemala et cela s'est confirmé devant le Guatemala. La dernière leçon que j'ai tirée de ce match et ça je ne le savais pas, c'est que nos joueurs ne sont pas prêts sur le plan mental. C'est vrai qu'ils vous disent qu'ils vont faire un gros match, qu'ils ont apparemment la volonté mais ils ne sont pas en condition, je ne le savais pas, c'est que le football c'est un sport collectif, c'est un sport où l'on cherche à se faire plaisir, à chercher le dépassement de soi et à faire le maximum. Or aujourd'hui, nos joueurs et c'est un gros problème, ne sont pas prêts mentalement. C'est vrai, ils ont la parole, ils vous disent qu'ils vont jouer pour gagner qu'ils vont le gagner mais dès qu'ils rentrent sur le terrain, on dirait qu'ils se mettent la pression sur la tête, ils jouent avec une certaine peur, or quand tu joues face au Guatemala et à l'extérieur, tu n'as pas à te mettre la pression, mais les joueurs se mettent la pression sur le dos et comme ça ils sont incapables de jouer leur jeu. Donc au niveau du mental des joueurs, il nous faudra beaucoup travailler là-dessus. Mise à niveau de la condition physique, l'aspect mental des joueurs et la finition, je crois que ce sont ces trois aspects-là qu'il nous faudra surtout travailler si nous voulons réaliser quelque chose.

EN : Vous pensez que vous pourrez combler ces lacunes avant juin?

WE : Pour avoir une mise à niveau de la condition physique, il faut six semaines, quatre semaines complètes de travail de mise en condition et deux semaines pour que les joueurs puissent digérer ce travail, assimiler tout le travail physique pour qu'on puisse l'exploiter au maximum, aujourd'hui nous ne disposons même pas de ces six semaines, pourquoi, on a un premier match à jouer le 15 juin et il y a ce travail de finition qui exige beaucoup. Ce qui me dérange un peu c'est le fait que les gens veulent voir les résultats d'abord et le travail ensuite. Tout le monde voudrait voir l'équipe gagner, c'est le cas des membres de la Fédération, des membres du gouvernement, des journalistes, des fans. J'entends beaucoup exprimer le désir qu'on aille en Coupe du monde, que l'équipe gagne mais personne ne fait rien. La seule chose que j'entends dès que j'allume la radio, ce sont des chroniqueurs qui critiquent les joueurs, la fédération, le staff technique et tout. Si c'est comme ça qu'on croit aider le football on ne va jamais avancer

Ce que je demanderais à ceux-là qui vont lire votre journal, c'est de donner aux joueurs les moyens de se préparer. Ils ont besoin de manger, d'avoir un espace pour se reposer et de la quiétude pour travailler. Aujourd'hui à l'entraînement j'ai crié plusieurs fois qu'on donne à manger à Tiga car à l'entraînement il montre qu'il a le talent mais il n'arrive pas à soulever convenablement le ballon. Voilà la situation.
EN : Mais le gouvernement avait promis d'aider la Fédération dans la préparation des éliminatoires de la Coupe du Monde sur le plan financier. J'aurai sans doute à poser cette question aux responsables de la Fédération pour savoir s'ils ont reçu cet argent, je ne saisis pas quand vous dites n'avoir pas les moyens ?

WE : Cela mérite une confirmation, mais à ce qu'il parait, le plus important personnage du pays aurait dit qu'il ne va jamais aider la Fédération vu qu'il y a une propagande qui se fait contre la Fédération haïtienne de football. Ce que je sais, dans le contexte où l'on est maintenant, il n'est plus question de la Fédération, il est plutôt question de l'engagement du pays dans les éliminatoires d'une Coupe du Monde. Accompagner la sélection nationale dans la préparation de ces éliminatoires pour qu'elle représente convenablement le pays, ce n'est plus aider la Fédération mais aider le pays, aider les joueurs, donner une meilleure image du pays. L'accompagnement, ce n'est pas pour que les gens de la Fédération puissent en profiter, c'est pour que les joueurs puissent se préparer.
EN : Et si cela se confirmait que le gouvernement ne veuille plus accompagner la sélection, vous faites quoi ?

WE : Si on ne veut pas l'aider, nous, on ne va pas s'occuper de ce qui se passe à côté, on va essayer de faire le maximum avec le minimum. Dès qu'on a un terrain et des ballons, on fera ce qu'on peut. Seulement, il ne faudra pas se plaindre après. Aujourd'hui on s'amuse à critiquer les joueurs sans connaître le contexte de leur préparation, sans chercher à savoir comment ils sont. On exige qu'ils plaisent sans rien apporter comme contribution. A l'entraînement je leur ai demandé de ne pas se plaindre maintenant, de continuer à travailler même si des fois, il y a des éléments qui ne marchent pas comme dimanche par exemple où tout le monde savait qu'on aurait deux entraînements et qu'entre les entraînements on se demandait encore ce qu'ils vont manger, ou qu'ils soient contraints de se reposer des chaises au stade Sylvio Cator, entre les entraînements. On va continuer, mais qu'on sache que ce n'est pas dans ces conditions qu'une équipe se prépare et que les autres équipes que nous devrons affronter se préparent depuis des mois car elles n'ont pas attendu que nous soyons prêts pour se mettre au travail.

J'ajouterai que si nous devons travailler dans ces conditions, si personne ne veut réellement nous accompagner, après, personne n'aurait le droit de se plaindre de quoi que ce soit. Et oui, je le dis après qu'on ne vienne pas se plaindre.
EN : Allez-vous alléger votre programme de préparation dans ce cas ?
WE : On s'est mis au travail sur l'essentiel. La seule chose qui me contrarie maintenant c'est que j'apprends qu'il y a des matches en milieu de semaine et on s'était entendu sur le programme de travail. Dans le contexte où nous sommes, je ne veux même pas entendre parler de matches en milieu de semaine, je ne peux libérer les joueurs que le vendredi. Si on devrait me contraindre de les libérer avant, dans le contexte où nous sommes, je me verrais dans l'obligation de rentrer en France et de venir les entraîner lors des périodes de stages car, vu notre situation, ce n'est que lorsqu'on a les joueurs à sa disposition qu'on peut suivre réellement la progression du travail qu'on fait.
EN : Il était question de partir en stage avant le match du 15 juin, c'est toujours dans le programme ?
WE : Ca reste à confirmer, je croirai quelque chose quand je le verrai. Ce que je sais, c'est qu'on doit jouer le 18 mai contre la Jamaïque, on va laisser Haïti le 16 mai. En attendant on travaille sur la mise en condition physique, et pour ça il nous faut être sûr qu'ils vont bien travailler, qu'ils vont bien manger, qu'ils vont bien se reposer. quand je les libère, je ne sais pas s'ils vont bien manger, s'ils ne vont pas dormir à trois heures du matin pour venir s'entraîner à 7 heures, bref je ne peux les libérer que le vendredi et là encore... Donc, l'unique façon qu'on a de contrôler tous les paramètres, c'est de quitter le pays avec les joueurs car on demande aux joueurs d'aller au ranch mais il n'y a même pas d'électricité là-bas.
EN : Quelles sont vos espérances en restant malgré tout ?
WE : Une qualification, j'y crois dur comme fer. Je vais travailler pour ça, je vais donner le maximum avec les joueurs. Le jour où je cesserai de croire en cette possibilité, alors je partirai.
Propos recueillis par Enock Néré nenock@yahoo.com Source: Le Nouvelliste en Haiti - Nouvelles d'Haiti: actualités politique, nationale, économique, société, culture, sport - Haiti news: Politics, economy, society, culture and entertainment, sports.