Déjà à l’origine de son échec en 1997, les pièces manquantes de ses grands-parents ont été "l’arme fatale" dont les membres du bloc CPP se sont servis pour pousser le candidat vers la sortie
La Chambre des Députés a rejeté lundi par 51 voix pour, 35 contre et 9 abstentions la désignation d’Ericq Pierre au poste de Premier ministre, lors d’une séance au cours de laquelle les conclusions favorables du rapport de la commission spéciale de ratification ont déclenché de vives discussions politiques entre groupes parlementaires rivaux.
Désigné par le Président René Préval le 27 avril dernier, M. Pierre, 63 ans, a essuyé son deuxième échec en onze ans à la Chambre basse officiellement en raison de l’absence de documents d’Etat civil fiables prouvant l’authenticité de ses origines haïtiennes.
En 1997, sous le premier mandat de Préval (1996-2001), l’agronome et représentant d’Haïti à la Banque interaméricaine de développement (BID) avait déjà vu sa candidature buter sur l’impossibilité de retrouver les actes de naissance de ses grands-parents dans un pays dont le système d’Etat civil est chaotique.
A l’issue de plusieurs heures de débats souvent houleux, la Concertation des parlementaires progressistes (CPP) a confirmé son statut de première force politique au sein de l’assemblée en réunissant les 51 voix ayant permis d’écarter la candidature d’Ericq Pierre. Paradoxalement, nombre des membres de ce bloc sont issus de la plate-forme Lespwa sous la bannière de laquelle le Président René Préval avait été élu une deuxième fois en 2006.
Malgré l’argumentaire des membres de la commission de ratification, lancés dans une défense acharnée du dossier, et les mises en garde répétées de représentants d’autres groupes parlementaires contre une nouvelle impasse politique en Haïti, les anti-Pierre sont allés jusqu’au bout d’un scénario qu’on redoutait dans l’opinion publique depuis plusieurs jours.
Ce vote, problématique à plus d’un titre, a renversé la décision du Sénat qui avait approuvé le 7 mai dernier la nomination de M. Ericq Pierre sans toutefois le soutien des Sénateurs de Lespwa.
Le processus politique revient donc à la case-départ, le chef de l’Etat devant engager de nouvelles consultations politiques avec les présidents des deux Chambres en vue de la désignation d’un autre Premier ministre. Aucun parti ne détient la majorité au Parlement.
Quant au chef du gouvernement sortant, Jacques-Edouard Alexis, il continuera dans l’intervalle à liquider les affaires courantes. Il avait été destitué par le Sénat, il y a un mois, le 12 avril dernier, en raison de l’incapacité de son équipe à juguler la grave crise de la flambée des prix alimentaires point de départ de violentes protestations sociales ayant ébranlé le sommet du pouvoir.
Source: Radio Kiskeya