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news L'éléphant blanc

C'est «l'éléphant dans la pièce», comme on dit ici, la question que tout le monde se pose mais que personne n'ose vraiment déballer sur la place publique : Barack Obama peut-il être battu en novembre par les préjugés raciaux ?
La primaire de Virginie Occidentale, où il a été distancé de 41 points mardi dernier, a envoyé des signaux inquiétants. Un électeur sur cinq a ouvertement reconnu à la sortie des urnes que la race avait joué «un rôle important» dans son choix. Parmi ceux-là, 80% ont préféré Hillary Clinton. Pour la moitié des votants dans cet Etat blanc à 95%, Barack Obama partage les opinions incendiaires de son pasteur Jeremiah Wright, dont il s'est pourtant désolidarisé.
Le Washington Post a relaté une série d'incidents racistes que les états-majors de campagne s'efforcent de garder sous silence pour ne pas attiser les braises. Dans l'Indiana, une permanence électorale d'Obama a été incendiée à 2 heures du matin, trois autres ont été visées par des alertes à la bombe. En Pennsylvanie, des posters du candidat ont été brûlés lors du défilé de la Saint Patrick. Un maire a déclaré son soutien à Clinton dans un journal local en ces termes : «Barack Hussein Obama ne fera rien de bon pour notre pays. Son beau-père était un musulman radical. Je veux un président qui salue notre drapeau et pose la main sur la Bible en prêtant serment.»
John McCain exploite à mots couverts ce sentiment en se présentant comme « un vrai Américain ». Hillary Clinton en tire argument pour convaincre les superdélégués du parti démocrate qu'Obama ne peut pas gagner en novembre, puisque « les travailleurs américains, les Américains blancs » sont de son côté. Le chroniqueur du New York Times Bob Herbert traduit en termes crus sa pensée profonde: «Ne comprenez-vous pas ? Il est noir ! Il est noir !» La candidate a fini par reconnaître sur CNN que son commentaire était «probablement» stupide.
«Racisme symbolique»
Le sénateur de l'Illinois a fait le choix politique de minimiser le problème. « Nous avons fait campagne depuis quinze mois dans la quasi-totalité des 50 Etats et nous n'avons été qu'encouragés et impressionnés par la profonde décence, la gentillesse et la générosité des Américains de toutes origines », affirme un communiqué de sa campagne. « Je ne suis pas inquiet parce que je sais que nous serons capables de nous rassembler derrière une cause commune, ajoute le candidat. Il y a trop de choses qui nous unissent en tant que démocrates. »
Obama a des raisons de garder la tête froide. Il a remporté 30 des 51 primaires qui ont eu lieu jusqu'ici, dont cinq dans les douze Etats où la population noire compte pour moins de 10%. Bob Herbert estime que l'analyse de Clinton « fait injure aux Blancs et à la classe ouvrière blanche. » Le ralliement de John Edwards, qui s'était fait son champion jusqu'à son abandon fin janvier, pourrait aider le candidat à renouer les liens avec cette dernière.
Tous les sociologues reconnaissent que le racisme a reculé aux Etats-Unis depuis la fin de la ségrégation. Mais le professeur de Sciences politiques Alan Abramowitz attire l'attention sur une forme plus subtile, le «racisme symbolique», mise en relief par une étude menée en 2004. «Le racisme symbolique revient à croire que les difficultés et la pauvreté des afro-américains découlent largement d'un manque d'effort et d'ambition de leur part plutôt que du racisme ou de la discrimination», explique-t-il.
Frank Rich souligne que le problème qui occupe les démocrates est bien plus profond chez les républicains : pas un de leurs 247 représentants et sénateurs n'est noir. Il parle d'un «apartheid de fait», qui remonterait à la «stratégie sudiste» de Richard Nixon. Elle avait été définie ainsi par son conseiller Kevin Phillips en 1970 : «Plus il y aura de nègres qui voteront, plus les blancs négrophobes quitteront le parti démocrate et deviendront républicains. C'est là que les voix se trouvent.»
Barack Obama n'est que le troisième sénateur noir de l'histoire. Colin Powell et Condi Rice ont été nommés, pas élus. De là à conquérir la présidence, il y a deux écoles : ceux qui voient les Etats-Unis comme un pays fondamentalement conservateur, pas prêt de sitôt à élire un candidat aussi atypique, pour des raisons qui englobent, mais dépassent, les préjugés raciaux ; et ceux qui font confiance à ses talents politiques pour surmonter une résistance somme toute minoritaire, en rassemblant une coalition inédite, une «nouvelle majorité» au-delà des anciens clivages.
Ce débat a inspiré au magazine Esquire sa dernière couverture sur «le cynique et le sénateur Obama.» Il promet de maintenir le suspense jusqu'au dernier jour de la campagne, le 4 novembre.
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TiCam
La vie n’est pas une crainte mais plutôt une espérance.
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