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Old 11-28-01, 04:36 PM
Sicrad
 
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Post CONJONCTURE DE CRISE : LES MOUVEMENTS SOCIAUX TOUJOURS EN QUÊTE D'ALTERNATIVE

Un an après l'élection de Jean Bertrand Aristide a la présidence d'Haïti pour un second mandat, la situation du pays continue d'êtrecatastrophique. Les responsables lavalas reconnaissent que "2001 n'est pas bon", contrairement a la promesse électorale de l'actuel Chef de
l'État. Ils expliquent cet état de fait par le blocage de l'aide internationale, soit plus de 500 millions de Dollars, et les entraves créées par des forces politiques sur le terrain.
Cependant, lors d'une rencontre d'échanges qui s'est tenue a la fin d'octobre dernier à Port-au-Prince, des représentants d'ONGs et d'associations de divers secteurs, qui ont analysé la conjoncture socio-politique et économique, ont estimé qu'un projet alternatif se révèle plus que jamais indispensable en Haïti. C'est à cette seule condition qu'une réponse puisse être trouvée au projet dominant dont l'application produit des résultats totalement négatifs, ont-ils ajouté.
Au nombre des personnalités qui ont alimenté ces réflexions, figurent, entre autres, Camille Chalmers de la Plate-forme Haïtienne de Plaidoyer pour un Développement Alternatif (PAPDA) et Serge Bordenave de la Plate-forme des Organismes Haïtiens de Défense des Doits Humains (POHDH).
Le pouvoir lavalas n'a pas cesse de susciter des critiques parmi les secteurs associatifs, alors que le parti semble traversé par des contradictions fondées sur des intérêts personnels. En même temps, un processus de négociations avec les partis d'opposition regroupés au sein de la Convergence Démocratique, continue de piétiner.
Situation économique désastreuse
La tendance à la décroissance et à la désarticulation s'est renforcée ces derniers mois au niveau de l'économie haïtienne. Selon Camille Chalmers, on prévoit un taux de croissance négative pour l'exercice en cours, marquant une aggravation de la réduction de croissance depuis l'année 2000 (1,12%). Cette situation est particulièrement due à une baisse de la production agricole passant de 2% en 1998-1999 a 1,5% cette année.
Dans le secteur de la sous-traitance, indique Chalmers, on enregistre un ralentissement au niveau de la création d'emplois. Cette année, seulement 3200 emplois supplémentaires ont été créés dans ce secteur contre 3600 en l'an 2000.
Les conditions de vie se sont dramatiquement aggravées avec l'effondrement spectaculaire des salaires réels, perdant plus de 1000% de leur valeur, a soutenu Camille Chalmers. Le salaire minimum journalier, fixé depuis 1994 à 36 Gourdes, est reste figé alors que les prix grimpent de manière effrénée. Aujourd'hui le taux de change de la Gourde par rapport au Dollar atteint les 28 Gourdes.
Un certain dynamisme a cependant été observé au niveau des secteurs du bâtiment - croissance de 4,5% - la production de mangues, tubercules et bananes, ainsi que l'exportation de produits artisanaux. Ces secteurs porteurs n'ont pourtant bénéficié d'aucun appui étatique.
Aucune modification n'a été apportée au modèle économique dominant, même si on constate un certain ralentissement quant à l'application de certaines mesures. La réduction du budget de 15 milliards à 10 milliards de Gourdes n'a entraîné ni une réorientation, ni une diminution du poids des dépenses de fonctionnement (60% du budget national), dominé par des débours somptuaires, tandis que l'investissement public a été réduit.
En outre, loin de ce qu'avait promis Aristide lors de son investiture, aucun signal clair n'a été transmis par rapport à des scandales a répétition, qui rappellent que l'administration publique demeure gangrenée par la corruption. Cette semaine encore on a appris le détournement d'environ 3 millions de Gourdes à la Direction Générale des Impôts (DGI). Cette fois, les responsables indiquent que des fonctionnaires ont été mis sous les verrous.
Mépris des droits humains
Serge Bordenave de la POHDH dresse un tableau très sombre de la situation socio-politique du pays, qui ne laisse augurer aucune amélioration dans le domaine du respect des droits humains. La paralysie des institutions crée un vide propice a l'action de quelques individus et ou le clientélisme politique s'épanouit, ajoute-t-il.
Dans ce contexte, la situation des droits humains s'est nettement dégradée, affirme Serge Bordenave. Les anciennes victimes du putsch militaire de septembre 1991, partisans du pouvoir en place, se transforment en nouveaux oppresseurs. Des menaces persistent sur la liberté d'expression. L'impunité tend à s'ériger en système.
Depuis le mois de septembre, la police est incapable d'appréhender des partisans du régime contre lesquels des mandats d'arrêt ont été émis.
Parmi ces individus, figurent René Civil et Paul Raymond, cités comme témoins dans le cadre de l'enquête sur le double meurtre du directeur de Radio Haïti Inter Jean Dominique et du gardien de la station, Jean-Claude Louissaint, le 3 avril 2000.
La conduite de l'instruction judiciaire autour de ces assassinats demeure une épreuve de taille pour le pouvoir lavalas. Les blocages identifiés dans l'affaire de Jean Dominique ont soulevé des protestations de nombreuses institutions tant en Haiti qu'a travers le monde. Du début de l'enquête à aujourd'hui, deux suspects ont été assassinés et la demande de levée de l'immunité du sénateur Dany Toussaint, principal inculpé dans le dossier, traîne devant le sénat depuis 3 mois.
Les plus récentes critiques viennent de l'organisation internationale de défense des journalistes Reporters Sans Frontieres (RSF), et elles ont été sévères. Le 23 novembre, a l'issue de deux jours de consultation a Port-au-Prince, le Secrétaire Général de RSF, Robert Menard, a fustigé le comportement du sénat, de l'appareil judiciaire et de la police dans le dossier. "Sans, et je pèse mes mots, les voyous qui entourent M. Toussaint, sans la complicité de la police, sans les pressions d'une partie de la magistrature sur le Juge Gassant, dans n'importe quel pays qui est un Etat de droit, l'enquête aurait abouti", a lancé Robert Ménard.
Il a annoncé que RSF se constituera partie civile dans cette affaire aux cotés des proches de Jean Dominique va demander aux bailleurs de fonds internationaux de conditionner le déblocage des fonds en faveur d'Haïti a l'aboutissement du dossier en cours.
Ménard a personnellement mis en cause la responsabilité d'Aristide dans le blocage du dossier, car il se situe "en haut de la pyramide". Voilà pourquoi, si le dossier n'aboutit pas, Aristide risque de voir son nom figurer le 3 mai prochain, jour international de la liberté de la presse, sur la liste des "prédateurs de la liberté de la presse", a menacé le Secrétaire Général de RSF.
Les interventions publiques de Robert Ménard ont, bien entendu, soulevé des protestations du gouvernement et du sénat. Mais l'Association des Journalistes Haitiens (AJH) a salué l'engagement dont a fait montre RSF dans l'affaire Jean Dominique. L'AJH a aussi dénoncé les menaces et agressions continues contre les professionnels de la presse, particulièrement dans le sud du pays, où la correspondante de radio Francine Léonard a récemment été maltraitée par un partisan du pouvoir.
Ce dernier a été arrêté puis libéré, la justice concluant qu'il n'y avait pas lieu de le garder en prison.
Envisager la construction d'un projet alternatif
L'impasse socio-politique et économique que connaît le pays ne peut-être surmonté que grâce à la reconstruction d'un véritable secteur populaire, ont soutenu les représentants d'ONGs et d'associations de divers secteurs qui se sont rencontrés à Port-au-Prince a la fin du mois d'octobre dernier. Ils ont également soulevé la nécessité d'un projet alternatif pouvant faire face au projet dominant et renverser la tendance actuelle. Le projet alternatif devra s'articuler avec un modèle de développement autocentré, fondé sur la culture et l'histoire du pays et propre à mettre en valeur les ressources locales et
satisfaire les besoins sociaux.
Selon les acteurs sociaux, les énormes dépenses politiques et somptuaires consenties par l'État, montrent que le pays a la capacité de construire un projet national autonome, même si le soutien de pays amis sera toujours important.
D'autre part, il importe de lancer une grande mobilisation autour des objectifs de reconstruction nationale, combattre la corruption au niveau de l'État, la société en générale et créer les conditions d'un pacte pour le progrès social, ont estimé les représentants des secteurs associatifs.
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