Zones franches à Ouanaminthe en Haut-Marie-Bahoux : Arrêtez ces zones de non-droit, ces ateliers de misère, cette forme d?esclavage moderne !
L'histoire nous enseigne bien des choses. L'une de ses leçons peut être tirée des paroles du grand libérateur afro-américain, Frederick Douglas: «Sans la lutte, le progrès est impossible... Le pouvoir ne concède rien sans exigence revendicatrice; jamais il n'a donné, jamais il ne donnera... Déterminez seulement ce à quoi les gens se soumettront tranquillement et vous aurez trouvé la mesure exacte de l'injustice et du mal... Les limites des tyrans sont fixées par l'endurance de ceux et celles qu'ils oppriment.»
L'histoire nous enseigne aussi qu'aucune oppression, aussi forte soit-elle, ne saurait arrêter les hommes et les femmes de réclamer le respect de leur humanité et de lutter en conséquence.
Ouanaminthais, la lutte doit s?organiser pour maintenir les petits paysans menacés par le marché mondial. Je suis Ouanaminthais, fils de paysan et je ne saurais en aucun cas avaler cette pilule de Lavalas, qui prédestine la mort de tous les paysans ouanaminthais et hypothèque la vie de plusieurs femmes et jeunes de cette région. Lavalas semble, dans ce contexte nouveau du néolibéralisme et de la globalisation de l'économie mondiale, vouloir nous transformer en une grande zone franche pour produire des marchandises au coût des salaires du tiers monde et consommer ensuite, au prix du premier monde, ce que nous produisons. Nous disons NON.

En dépossédant les paysans de leurs terres les plus fertiles, de leur seul facteur de production et de richesse sociale, la politique du gouvernement semble être très claire : avec le déclin de l'agriculture de subsistance, les jeunes femmes et les paysans ouanaminthais seront poussés vers les zones franches industrielles. Avec des salaires en dessous du minimum vital, la misère sordide et le harcèlement sexuel seront également leur lot. Des heures de travail interminables mettant à rude épreuve les liens familiaux et entravant les possibilités de scolarisation des jeunes. EST-CELA INVESTIR DANS L?HUMAIN, Mr. Aristide ?
Avec ce modèle de travail, les législations sur le travail y sont suspendues ou inexistantes, les conditions s'apparentent à du semi-esclavage, le travail est très pénible, et souvent très dangereux. Nos femmes seront victimes de violences physiques, harcèlement sexuel ou viols, qui ne seront jamais condamnés par notre état.

Ce qui est pire :L?état haïtien n'a pas jugé utile de nous expliquer le contenu du projet de loi. Ouanaminthais, nous devons dire non et faire savoir aux autorités que nous désapprouvons le projet du gouvernement de déposséder de leurs terres tous les propriétaires terriens sans moyens au profit de l'Etat qui se proclame propriétaire des terres. La terre est notre mère nourricière. Nous autres paysans, quand nous avons lutté pour apporter Lavalas au pouvoir, nous avons mené une lutte pour une reforme agraire digne de ce nom, qui nous rendrait possesseurs des terres. Maintenant, nous sommes contraints de mener la lutte contre nos propres fils qui ont voté des lois pour nous déposséder des terres et les vendre aux riches. C?est dommage parce que toutes ces ventes se feront au détriment des droits des paysans de notre pays.

Les zones franches sont "une vaste escroquerie économique et sociale". Considérées comme des moyens efficaces d'intégrer les pays en développement à la mondialisation des marchés et d'accélérer la globalisation de l'économie, les zones franches bénéficient du soutien idéologique et financier des organisations internationales (FMI, Banque mondiale et système onusien). Partout les mérites de la formule sont vantés dans les mêmes termes: attirer les investissements étrangers, créer des emplois, développer l'industrie nationale et les infrastructures, favoriser les transferts de technologies et procurer des devises (n?est-ce pas Marc-Henry ?). Tout ce qu'il faut pour séduire les gouvernements des pays en voie de développement qui s'empressent de brader leur main-d'oeuvre, se livrent au dumping fiscal ou font assaut d'antisyndicalisme pour tenter de séduire des capitalistes partis faire leur marché autour du monde à la recherche de parkings industriels à prix cassés.

C?est une illusion trompeuse, de vouloir intégrer le marché mondial à travers les zones franches. L?histoire de plusieurs pays ayant adopté ce système (l?île Maurice exemptée) a prouvé qu'un tel système ne peut contribuer à assainir une situation à bien des égards catastrophique. Croire que les problèmes du développement économique de Haiti peuvent être réglés par le coup de baguette magique des zones franches en faisant l'impasse sur les transformations sociales et économiques et d'un partage moins inéquitable des richesses, c'est faire preuve d'une de ces fausses naïvetés que cultivent certains politiques mais qui n'effleurent pas les états-majors des sociétés multinationales.

Les investissements de ces entreprises qualifiées d'"hirondelles", faisant des investissements légers et mobiles, amortis en un ou deux ans, prêts à déménager pour des avantages supérieurs accordés ailleurs ou en raison de nouvelles orientations stratégiques, et dont les transferts de technologie se limitent à celui d'un savoir-faire (know-how) assez élémentaire (aucun transfert de technologies), n?auront pas d'effet durable sur l?économie nationale.
Leur seul objectif est de se voir reconnaître le droit d'être et d'agir hors la loi et hors la souveraineté de l'Etat d'accueil, qui s'en trouvera réduite d'autant. D'où l'attrait des zones franches pour tous les tenants de la globalisation, enclaves intégrées à la jungle du marché mondial dans des pays par ailleurs laissés à l'abandon.
L?installation d?une zone franche à Ouanaminthe aura une double conséquence : D'une part, Haïti et la République dominicaine vont se faire concurrence pour attirer les capitaux et réexporter chez les voisins une partie des biens fabriqués hors taxes. Au risque de ruiner les productions locales. Haïti, pour le moment, sera la grande perdante.
D'autre part, faute de pouvoir se montrer exigeante, Haiti risque d'être victime des opérateurs les moins fréquentables. En particulier de trafiquants de déchets polluants et de produits dangereux à la recherche de pays offrant des capacités de stockage et de traitement bon marché et peu regardants en ce qui concerne le contrôle des normes de sécurité. Haïti comme pays, voulant investir dans l?éco-tourisme, ne devrait pas hypothéquer son potentiel touristique par une image négative auprès d'opinions publiques sensibilisées.


Lavalas prend un mauvais chemin, un chemin qui ne fait qu?accroître la dichotomie entre l'État et la société haïtienne. De plus en plus, c'est à ses créanciers extérieurs (le FMI et la Banque mondiale en particulier) plutôt qu'à ses propres citoyens que l?État Haïtien rende des comptes. Lavalas doit se poser des questions sur les retombées d?une telle politique : ce conflit entre l'État et la société haïtienne va réduire les chances de consolidation démocratique dans notre pays et, partant, les perspectives d'une meilleure protection des droits de l'Haïtien.. Lavalas doit se poser toujours cette question : à quelle pression cédée ? À celle d'en haut, des forces invisibles de la mondialisation, ou bien à celle d'en bas, des forces sociales qui sont les perdantes du processus de restructuration économique ?


La meilleure façon de parvenir à une croissance reposant sur le développement humain consiste à mieux tirer parti des actifs productifs existants, à investir massivement dans la population, la reconstruction et le relèvement d'infrastructures en piètre état grâce à des programmes de création d'emplois dans des travaux d'intérêt public, et à institutionnaliser une gestion démocratique. Et NON DANS L?APPAUVRISSEMNET DES PAYSANS EN LES DEPOSSEDANT DE LEURS TERRES.
Pour une nouvelle Haïti sachant protéger ses paysans
Marco