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Une nouvelle stratégie pour l?Amérique latine
11 Déc, 2006
image du sujet Après près de 20 séries de négociations depuis Avril 2004 pour parvenir à un accord sur la création d?une zone de libre-échange entre l?UE et les différents pays de l?Amérique Latine, doit-on parler d?échec, et comment la nouvelle stratégie du 9 Décembre 2005 tente d?y répondre?
Publié dans Eyes on Europe, printemps 2006
Interview de Marie-Anne Coninsx, Head of Unit relations UE-Amérique latine à la DG Relex de la Commission européenne, par Olivier Plumandon
OP: Après près de 20 séries de négociations depuis Avril 2004 pour parvenir à un accord sur la création d?une zone de libre-échange entre l?UE et les différents pays de l?Amérique Latine, doit-on parler d?échec, et comment la nouvelle stratégie du 9 Décembre 2005 tente d?y répondre?
M-A C: Les négociations pour la création d?une zone de libre-échange concernent plus particulièrement le MERCOSUR, et non l?Amérique latine dans sa globalité. Je crois ensuite que nous devons comprendre les relations entre l?UE et l?Amérique Latine dans leur ensemble tant politique que commercial, et ne pas restreindre nos analyses uniquement sur les aspects commerciaux des partenariats que nous avons mis en place et tentons d?approfondir.
Tout en exprimant cela, je ne crois pas que le mot "échec" soit approprié, même dans le contexte des discussions commerciales. La nouvelle stratégie dont vous me parlez est un signe majeur prouvant tout l?intérêt que porte l?UE envers cette grande région qu?est l?Amérique Latine. Nous avons déjà créé de nombreux partenariats dans l?ensemble de cette région, cette stratégie tente d?une part de trouver des moyens de les approfondir, et d?autre part d?essayer, aux moyens de recommandations concrètes, de bâtir une véritable alliance entre l?UE et l?Amérique Latine. Notre dernière stratégie envers cette région importante du globe datait de 1995, nous avons décidé de renouveler nos positions grâce aux expériences partagées ces dix dernières années, tout en les adaptant aux défis à relever pour les années à venir.
L?Europe a beaucoup changée, nous avons une monnaie quasi unique et dix nouveaux membres. Les changements ne sont pas moindres du côté sud-américain, on doit relever les mouvements d?intégration régionale, les efforts en direction de la construction de la South American Community of Nations, et les quatorze élections à venir. Il nous fallait aussi de ce point de vue reconstruire une nouvelle stratégie en direction de cette zone.
Nous réalisons également que les citoyens de cette région ont l?impression que l?UE ne s?intéresse pas à leur sort. Nous croyons que c?est une perception fausse, et voulons démontrer que ce n?est pas le cas.
Il y a peu de régions dans le monde avec lesquels nous partageons autant de valeurs et d?ambitions communes. Des deux côtés nous réalisons que nous avons besoin de joindre nos forces. Les défis ne sont plus aujourd?hui locaux ou nationaux, ils sont d?échelle mondiale. Le dernier sommet de Guadalajara en 2004 avait annoncé notre volonté réciproque de travailler ensemble dans un monde multilatéral, et d?en faire un objectif.
Cela ne se réalise néanmoins pas d?un coup, les avancées jusqu?ici réalisées sont plus prometteuses que signes d?échec.
OP: Ne doit-on pas considérer que l?UE fait face à une question majeure, celle de l?ouverture plus sincère de son marché de l?agriculture ? Pourrons-nous parvenir à construire des partenariats à la hauteur de nos attentes sans repenser ce volet?
M-A C: L?une des propositions de notre communication est de renforcer principalement le dialogue politique entre les deux régions, il ne faut pas voir une fois encore ces relations que du point de vue du commerce. Aussi, si l?on regarde les accords d?association, ceux-ci se composent de trois volets : dialogue politique, coopération, commerce. Tout le monde semble se focaliser sur la partie commerce, qui est très importante, je le conçoit, néanmoins lors de mes dernières réunions je n?ai pas entendu parler d?agriculture ou d?accès aux marchés. Seules les questions concernant les moyens de renforcer nos dialogues ont été abordées. Et je pense là aussi aux questions à dimension sociale. Nous savons bien que l?un des plus grands problèmes pour cette région réside dans les inégalités sociales. Le Brésil et le Mexique sont des pays riches alors que 30 à 40% de leur population demeure aujourd?hui très pauvre. Nous traitons ce problème comme quelque chose de fondamental. Nous voulons renforcer le dialogue en direction de ces problèmes et tentons de partager nos expériences.
La majeure partie des pays d?Amérique latine sont en faveur de la Cour Pénale Internationale (CPI), contrairement aux États-Unis par exemple. Ils sont aujourd?hui prêt à travailler avec nous pour reconnaître son rôle. Il en va de même pour l?ensemble des questions environnementales, comme Kyoto et les défis du changement climatique. Il faut évoquer aussi leur participation progressive aux missions de maintien de la paix, des troupes chiliennes sont en ce moment en mission dans les Balkans, des troupes brésiliennes sont en Haïti. Là sont aussi les défis à la hauteur de nos ambitions, notre priorité européenne c?est le dialogue politique, ensuite interviennent les négociations commerciales.
Nous avons par exemple des accords très approfondis avec le Chili et le Mexique, et qui ont démontré qu?en ayant ces accords-ci, il n?y a pas eu une croissance uniquement dans l?intensité du dialogue, mais bien aussi dans les domaines des échanges commerciaux et des investissements européens.
Pour le Mercosur, nous ne voulons pas signer un simple accord de libre-échange entre nos deux zones, nous voulons parvenir à la construction d?une association entre nos deux zones, avec un volet politique, un volet coopération, un volet économique. Pour la coopération c?est par exemple une coopération dans le domaine des nouvelles technologies. Concernant le volet commerce nous avons fait un lien avec Doha, puisque nous sommes actuellement en négociation, et cela signifie aussi que nous parviendrons peut-être, et malgré la difficulté des autres négociations, à signer un accord avant que ce cycle soit terminé, l?un à une influence sur l?autre. Nous aurons prochainement une réunion avec les ministres du Mercosur pour voir si l?on peut progresser, et il se pourrait que cela permette la signature d?un accord.
Les marchés européens sont les plus ouverts du monde. Si nos marchés doivent s?ouvrir davantage, alors nous avons aussi, en tant qu?européens, des revendications. En Amérique latine les marchés sont extrêmement fermés en ce qui concerne les secteurs des services et des investissements. Il faut aussi insister sur la consolidation des législations dans ces domaines. On ne peut pas créer un environnement économique favorable tant qu?il est possible d?un jour à l?autre de nationaliser certains secteurs de l?économie. Nous avons déjà fait énormément en ce qui concerne l?agriculture, nous sommes d?avis pour aller plus loin en réponse aux attentes formulées à Doha, mais tout ne peut se faire que d?un seul côté.
OP: Quel est alors l?axe politique majeur sur lequel vous travaillez pour l?avenir de l?Amérique latine dans l?ampleur de sa diversité?
M-A C: Vous le dites bien, dans sa grande diversité. Lorsqu?on regarde tout premièrement les développements de ces dix dernières années, il y a eu d?énormes progrès dans les domaines des Droits de l?Homme et de la démocratie. Nous voulons alors nous assurer que cette voie qu?ils ont choisie soit approfondie et maintenue. Nous voulons que dans un avenir proche l?on puisse qualifier l?ensemble des pays d?Amérique latine comme des pays respectueux des Droits de l?Homme, de la démocratie et de l?État de Droit. Un des instruments dont nous disposons, est l?observation des élections partout dans le monde. Et nous avons remarqué qu?il y a une demande de ce point de vue particulièrement en Amérique latine.
Une autre partie de notre travail se focalise sur le droit des peuples indigènes, sur la stabilité globale de la région, comme par exemple la stabilité de la région andine qui est l?une des plus fragile, ou encore sur le développement des connexions entre les différents pays bien souvent trop faibles et qui font que le prix du transport, de l?énergie ou des communications demeure extrêmement élevé.
Néanmoins je veux insister sur le fait que notre travail dans le volet coopération est toujours réalisé sur la demande de ces pays. C?est eux qui expriment leurs besoins, nous tentons ensuite de les aider au maximum.
Nous tentons, d?un autre point de vue, de soutenir les efforts régionalistes jusqu?ici réalisés et continuerons à les soutenir, sans pour autant vouloir que cela se fasse de telle ou telle façon. Nous ne sommes pas interventionnistes, nous soutenons les actions construites sur initiative de ces pays qui nous semblent bonnes et favorables à leur développement tant économique que politique, mais aussi social.
OP: Parlant de régionalisme, comment la startégie des États-Unis et celle de l?UE, différentes l?une de l?autre, se rencontrent-elles et se répercutent-elles sur l?évolution politique de l?Amérique latine?
M-A C: Pour ma part, je crois que les pays d?Amérique latine sont assez solides pour décider eux-mêmes de leur avenir. Le Brésil refuse par exemple d?interagir avec les États-Unis sur le plan commercial en tant que pays, il sait faire force pour pouvoir être entendu en tant que Mercosur.
Si les États-Unis agissent dans le sens de leurs intérêts propres, nous nous ne refusons pas pour autant de discuter avec les pays seuls. Nous ne cherchons pas à négocier seulement avec les régions, lorsque nous pensons que c?est une bonne initiative de discuter de manière unilatérale nous le faisons aussi.
Et si dans leurs tendances générales les axes américains et européens diffèrent, cela ne génère pas de conflit en Amérique latine. Tous les six mois, lors de chaque nouvelle présidence, une troïka entre la Commission, le Conseil et les États-Unis, est organisée au sujet de l?Amérique latine. Lors de ces réunions, nous discutons nos façons de concevoir le développement de tel ou tel pays, nous comparons nos évaluations, et tentons de voir si nous ne pouvons pas joindre nos forces. Il y a des divergences d?intérêts, mais je ne crois pas voir de conflit dans nos approches qui pourrait avoir de réelles répercussions sur ces régions.
Notre stratégie repose sur le renforcement de nos liens avec les pays d?Amérique latine pour mieux parvenir ensemble à relever les défis au niveau mondial, mais aussi, sur base volontaire, à mieux relever les défis auxquels ils font face sur leurs propres territoires, et pour lesquels nous estimons que nous pouvons leur apporter par des échanges d?expérience.
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