Les champions de la Caraïbe 2007

Comme dans toute équipe de football, il faut distinguer trois catégories de joueurs : le gardien, les défenseurs, les milieux de terrain, les attaquants. Mais le jeu a évolué de manière telle qu?en même temps qu?il est réclamé des acteurs de la polyvalence, cette capacité de tout faire, il leur faut aussi aiguiser leur spécialité. Ainsi, si l?on veut être très pointu dans l?analyse footballistique, il faudrait faire deux lots de défenseurs : les latéraux et les centraux, deux lots de milieux de terrain : les défensifs et les offensifs, ou encore les milieux axiaux et les excentrés, enfin les attaquants, parmi lesquels peuvent être rangés certains milieux offensifs. Trop de précautions pourraient nuire à la saisie de l?analyse. Simplifions donc ce qui est en fait assez compliqué pour les non initiés. Concernant les nouveaux champions de la Caraïbe, nous nous en tiendrons à la catégorisation classique : gardien, défenseurs, milieu, attaquant, encore que les milieux offensifs, Boucicaut et Brunel, qui ont aussi eu une réelle fonction d?attaquant, pour les raisons de simplicité évoquées, seront présentés comme attaquants en compagnie d?Éliphène Cadet.

Gardiens
Yvener Normil n?a joué qu?un match, celui perdu contre Trinidad au cours duquel il a encaissé trois buts. Ses qualités naturelles de puissance ne sont pas mises en doute mais il a paru fébrile sur les buts encaissés. Doit travailler ses prises de balle et sa détente horizontale au sol. Il aura pour concurrent le jeune Peter Occénat qui a impressionné le public panaméen durant le tournoi des juniors. Note : 4/10

Gabard Fénelon est le calme et le sens de la politesse personnifié. Peut-être freiné dans son ascension par l?absence de véritable spécialiste dans sa préparation spécifique, il a connu quelques moments de flou durant sa carrière au Racing et en sélection mais n?a jamais été inquiété comme titulaire de l?équipe au palmiste. Bien protégé par une bonne organisation défensive, il a usé de sa bonne forme pour n?encaisser aucun but jusqu?à la demi-finale contre Guadeloupe. En finale, il ne put rien sur le coup franc victorieux de Nigel Daniel mais entre la 70e minute et le dernier coup de sifflet, Fénelon a sauvé son équipe de plusieurs situations délicates. N?a encaissé que deux buts sur l?ensemble du tournoi. Note : 8/10
Défenseurs
Parnel Guerrier, barré par Brunny et Mayard, attend sagement son heure. Lui aussi a eu une pige au match de poule face à Trinidad où on a pu apprécier ses qualités physiques. Encore tendre pour de si rudes batailles, il n?a pas été servi par la chance puisqu?il fut, surpris par une passe en retrait suicidaire, à l?origine du deuxième but trinidadien. Il a le temps de prendre de la bouteille au sein de l?équipe olympique. Note : 4/10

Stéphane Guillaume, aussi fin dans son corps que dans son jeu très diversifié de latéral droit, a été un spectacle sur l?aile droite de l?équipe haïtienne où son entente tantôt avec Brunel, tantôt avec Boucicaut et Chéry fit merveille. Que manque-t-il à ce jeune homme pour se placer dans la galerie des joueurs de classe internationale ? Un peu plus d?efficacité dans les duels au sol et aériens, peut-être un peu plus de force. Sinon, la classe à l?état pur et un esprit toujours positif. On se surprend de temps à autres, dans la récapitulation des rencontres, à se rendre compte qu?il n?a pas marqué ou fait marquer de but tant sa fine silhouette a souvent attiré la curiosité des caméras. Note : 7/10

Josué Mayard est le seul qui n?ait pas été formé en Haïti. On s?en rend compte en dehors et sur le terrain. Sa discipline, son physique, sa vaillance valent mieux que sa technique. Rien d?étonnant donc qu?on n?a pas enregistré de duel direct perdu sur l?ensemble de son ?uvre trinidadienne ! Sa relance courte ou longue est sa grande faiblesse et la mésentente avec Guerrier qui a occasionné le troisième but trinidadien en match de poule est sa seule véritable mauvaise note. Il fut néanmoins le seul, avec Vuibert, à avoir joué toutes les rencontres. Il eut, par ailleurs, la malchance de voir l?arbitre lui refuser un but tout à fait valable marqué de la tête sur un corner en demi-finale. Note : 6/10

Pierre Richard Bruny justifie à nos yeux la décision d?un jury de désigner un défenseur meilleur joueur d?un tournoi. Ni le Guadeloupéen Lamourde, ni les Trinidadiens Glasgow, Jemmot ou Theobald, ni les Cubains Marquez et Colome n?ont pu se hisser au niveau de jeu qui a été le sien. Bruny aurait pu être inquiété par ses jeunes compatriotes Vuibert, Fucien, Fénelon, excellents tout au long du tournoi. Boucicaut aurait pu se mêler de brouiller les cartes aussi mais il fut souvent remplacé pour cause de fatigue. Athlétique, impérial dans les airs, intelligent dans son placement, précis dans la relance, le capitaine a mis tout le monde en confiance. Nous lui remettons la palme avec d?autant plus de plaisir qu?il est au soir d?une carrière qu?il a menée avec sobriété et un grand respect pour son métier. 9/10

Frantz Gilles est un cas dans le football haïtien. Jamais, il n?a pu trouver une place dans le c?ur des fans de Port-au-Prince qui lui reprochent (avec raison) la pauvre qualité de ses centres. Carlo Marcelin avait fini par lui enlever sa confiance et c?est in extremis que Garcia a fait sa connaissance et lui a fait confiance comme, avant lui, tous les entraîneurs étrangers, Argentins et un Américano- uruguayen (en tout 4). À Trinidad, il fut même par moment brillant mais c?est encore son placement et la simplicité de son jeu qui enrichirent la défense haïtienne. À un certain moment, l?entraîneur fut tenté de privilégier la vivacité de Raymond à ses dépens mais il se ravisa, avec raison, osons-nous dire. Note 6/10
Milieux de terrain
Alain Vuibert, médian défensif, est un lion. Il rappelle au même âge, et cela ne peut être qu?un compliment, Jean-Jacques Pierre avec lequel il partage l?abattage, la puissance physique, le goût du duel. Contrairement à son aîné, qui a fait la navette du milieu à la défense avant de se sédentariser arrière central, Vuibert risque de faire de vieux os au milieu où sa relative taille moyenne ne peut constituer un handicap. Il joua les 450 minutes du tournoi toujours bondissant, présent sur tous les points chauds, éteignant les milieux offensifs adverses et livrant des ballons propres à ses partenaires. Son tacle pour dévier en corner un centre martiniquais destiné à un attaquant démarqué fut un modèle du genre. À 22 ans, il a gagné ses galons de titulaire indiscutable et semble parti pour une brillante carrière. Note : 8/10

Monès Chéry est le monsieur discrétion de cette équipe. Son aisance technique ne lui a jamais porté à verser dans la facilité. Au contraire, son jeu est dépouillé et sa timidité naturelle ralentit peut-être son total épanouissement qui le verra prendre plus de responsabilités, notamment dans les tirs à longue distance, domaine dans lequel il est bien doué. Très bon régisseur, Monès a gravi un échelon dans le domaine si compliqué de la passe de rupture ou, précisément, la dernière passe qu?il a distillées avec un rare bonheur tout au long du tournoi. Pour des raisons tactiques, il partagea sa place avec Peter Germain.

Peter Germain, auteur de la meilleure prestation individuelle du premier match, celui de la Martinique, a bien tenu son rang de joueur hybride, mi-médian défensif, mi-organisateur de jeu. On a toujours craint que sa lenteur de course, et parfois gestuelle, ne nuise à son rendement international. Très motivé, il fit violence sui lui-même pour bouger plus vite un corps de 1,88 mètre et répondre aux exigences physiques des matchs à répétition. Jusqu?à présent, son intelligence tactique et la grande confiance dans son propre jeu lui permettent de compenser les lacunes physiques. Sa non titularisation en finale, là encore pour des raisons tactiques, ternit un peu une ?uvre dans l?ensemble satisfaisante. Note : 5/10

Gilles Dacius est entré en sélection sur la pointe des pieds. Il est l?une des surprises de Garcia. Réserviste, chaque fois qu?il a été appelé, il a fait son devoir. Dommage pour lui que ses bonnes intentions devinées à chacune de ses entrées n?ont pas pu s?exprimer sur un temps plus long. Âgé de 21 ans, il a le temps de faire carrière. Le public n?oubliera pas qu?il a eu la bonne idée de faire la bise à trois belles Digicel girls trinidadiennes qui garnissaient l?estrade de la remise du trophée. Il occupa le poste de latéral droit pour suppléer à Guillaume qui faisait partie des sept qu?il fallait mettre au repos à l?occasion de la troisième journée. Note : 4/10

James Marcelin - le miraculé de ce titre - en ce sens qu?il a dû sa sélection à une fièvre virale qui a terrassé Watson Coriolan, a bien profité de l?aubaine. L?appelé de dernière heure a servi Garcia dans les moments difficiles où il fallait colmater des brèches. Grand, 1,86 mètre, il se déplace un peu plus vite que Germain dont il a pris la place en finale. Si l?équipe avait perdu de son fini technique, elle avait en revanche gagné dans la récupération. Mais sa faute de main amena le coup franc qui trinidadien qui a crucifié Fénelon. Note : 5/10
Attaquants
Ednerson Raymond, l?enfant de l?Estère, était parti pour être titulaire indiscutable au poste d?arrière gauche. Quand Luis Armelio Garcia de jouer surtout sur la sécurité, il pensa utiliser la vivacité de Raymond un peu plus en avant de l?équipe, en tant que milieu offensif gauche. Alors qu?il termina meilleur homme du match de la Barbade, il retrouva le bance de touche barré par Gilles en défense et par Boucicaut à gauche de l?attaque. Mais tout le monde a apprécié son gnac. Deux bons jours l?attendent. Note : 5/10

Brunel Fucien est considéré par certains comme le meilleur homme du tournoi. Passeur et buteur redoutable, grand accélérateur, sa carrière fut contrariée par une vilaine fracture de la cheville en 2003. Il fut soigné en Argentine et revint au pays l?année dernière, juste le temps de retrouver la forme qui semblait l?abandonner définitivement au début du deuxième tour Digicel. Son énorme talent trouva dans sa foi et son sérieux de précieux atouts. Bien qu?il lui reste encore une bonne marge de progression, son sens du but, ses accélérations, son abnégation, ses quatre buts furent déterminantes dans la victoire haïtienne. Note : 8/10

Alexandre Boucicaut, le lutin de Fort national, a réussi un tournoi au-delà des espérances des observateurs. C?est que, ceux-là qui ne le connaîssent pas, n?arrivent pas à soupçonner que sous des dehors d?artiste, se cache chez ce petit bout d?homme un grand ambitieux, aussi bon compétiteur que Fucien. Pas spécialement buteur, ses trois buts ont valeur d?exploit. Sa feinte mémorable sur une passe apparemment anodine de Gilles qui amena le second but haïtien en finale restera l?une des actions les plus spectaculaires de la compétition. Il parut cependant souffrir physiquement, ce qui explique les remplacements en cours de match dont il fut l?objet. Note : 7/10

Rudy Lormera a vécu longtemps en Argentine où il a appris le professionnalisme sans cependant jamais confirmer sur le plan du jeu proprement dit. Son esprit sportif très affirmé fait de lui un camarade de sélection idéal. Il partagea la substitution de Cadet avec le jeune Jean-Baptiste, marqua quand même deux buts mais fut incapable de résoudre les problèmes posés par les défenseurs trinidadiens lors de la première opposition. Note : 5/10
FritzsonJean-Baptiste, le benjamin du groupe, perdit sa place de titulaire à cause du retour en forme de Cadet et le choix tactique du coach d?utiliser un seul attaquant. Il eut le temps de marquer 5 buts durant les préliminaires et un autre en demi-finale face à la Guadeloupe. Sa disponibilité permanente, le travail de sape effectué sur les défenseurs et son jeu de tête font de lui le plus grand espoir offensif haïtien. Note :
4/10
Éliphène Cadet, quel talent ! Grand, 1, 84 mètre, toujours technique, puissant à ses heures. Seul en pointe, il souffrit de ne pas recevoir, comme il convenait, le support de Boucicaut et Fucien au début de la compétition. En demi-finale, le système fut mieux maîtrisé par les uns et par les autres et son rendement s?en améliora. L?un de ses ballons heurta un poteau de la Guadeloupe mais il marqua le but le plus important de cette demi-finale, le premier. Il pesa sur les défenses, affina ses prises de balle, servit de pivot à tous tout heureux de trouver un attaquant sur lequel s?appuyer en profondeur. Comme le sens de la passe est devenu l?une de ses armes les plus redoutables, Éliphène est sur le point de se transformer en un attaquant de niveau international. Note : 8/10.

Luis Armelio Garcia, l?entraîneur, né de parents haïtiens à Cuba en 1967, d?une pige en Martinique, est passé sur le banc haïtien. En à peine un mois de travail, ce jeune entraîneur cubain qui avait provoqué le scepticisme, a façonné une équipe volontaire, tactique, à géométrie variable, capable de passer d?un système à un autre sans désemparer. Toutefois, sa plus grande réussite aura été de mettre l?équipe dans un état psychologique tel qu?on a découvert une bande de conquérants à l?appétit gargantuesque. Il paraît capable de conduire cette équipe encore plus loin.