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Old 07-18-07, 11:31 PM
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news LE BAISER / Premier temps

Ai-je reçu assez d'amour en réserve pour parler du baiser ? N'ayant pas loisir de comparer, je me lance tête baissée dans la cavalcade des sentiments exprimés par ce geste.
Parlez-moi de l'enfance et de son baiser innocent. La vie s'avance, arrive l'adolescence. Nous apprenons à faire du mouvement un geste, c'est le baiser entre deux rideaux, le baiser volé par un cousin lors d'un « lago caché ». Sonore, bruyant ce baiser d'une tendresse malicieuse chavire dans un trouble érotique, gourmand de curiosités nouvelles. On le dit d'une sensibilité maladroite.
La mi-carême se fait toujours complice des baisers de nos dix-sept ans. Ce baiser s'éparpille, fanfaronne afin de cacher un sentiment neuf nous portant vers la cible de tous nos désirs. De peur de tomber dans le burlesque, ce baiser est parfois hésitant, souvent brutal et salivant d'émotions troubles. Vingt ans, la saison des baisers étouffants, obsessionnels, désordonnés, déments, baisers de dupes alors que nous les croyons vainqueurs ou vengeurs. Complices du premier amour, on les associe au baiser des dieux. Ce sont les baisers tant de fois réinventés et racontés à nos petits enfants, en comblant les vides de la mémoire quand le temps nous rattrape. Ces baisers amples de générosité et bien vite oubliés. Baisers échangés, donnés ou reçus dans l'embrasure d'une fenêtre au seuil de paroles décisives que nous croyons éternelles mais qui s'effacent avec les neiges de l'hiver.
Honorable baiser, baiser imposé quand il faut ravaler sa peine pour faire bonne contenance. Le baiser d'occasion et de feinte bonhomie, le baiser étranger ou officiel sont aussi malaisés que ce baiser complaisant ou de compromission maquillant d'artifices nos conflits intérieurs. Ces gestes s'accompagnent souvent d'accolades scellant le pacte entre tristes sires. C'est la tartuferie portée à son summum. Lors d'un évènement majeur, nous jouons un rôle social, question de convenance. C'est la balade des baisemains élégants. Le spectacle parle de lui-même. La main portée précautionneusement à hauteur d'yeux et que l'on ne voit guère, l'esprit ailleurs. C'est le prototype du baiser distrait hâtif et courtois, brassant prétentieusement l'air froid de l'indifférence.
La relation amoureuse, prenant de l'âge, charrie le baiser négligent, mécanique, marqué par la flétrissure des saisons traversées. Ce baiser a pourtant meilleur score que le baiser de désamour, de rancune et de lâcheté, celui de Judas, capable de changer une destinée.
Se présente émouvant de brume, le baiser de loin, celui des gares et des aéroports, baiser de pluie au bord du fard, baiser des retrouvailles hypothétiques et illusoires. Le baiser déchirant du dernier baisser de rideau, quand demain n'appartient plus au futur.
Étincelant, bourlingue, le baiser prometteur, déposé afin de nourrir l'imaginaire. Pareil au fifre, il précède, insouciant, le baiser d'amour et de sexualité, celui des amants qui s'offrent, ne perdant rien du présent. Devant ce baiser, la sagesse se retrouve gros Jean comme devant. Toujours talentueux, il nous fait retrouver notre allant même si l'été s'est affadi dans les plates-bandes de l'automne. Ce baiser offre en plein midi la caresse amoureuse de l'aube. En rompant avec l'habituel, il nous propulse dans ces instants lubriques visant la plénitude dans toute sa provocation. Il est coupable, compromettant, gouailleur et volcanique. C'est le baiser enrubanné, alimentant tous les désirs de l'ami précieux. Ce baiser audacieux, imprudent, nous rend plus belle que tous les printemps. Baiser coquin, baratineur, persuasif, se faufilant dans les détails d'un corps à découvrir. Au mépris de tous les dangers, il échafaude patiemment une complicité à la saveur de péché. C'est le baiser sans condition, le baiser de l'amoureusement aimé.
À distance respectueuse se dépose le baiser affectueux mêlé d'honneur et de fierté. Plus intime est le baiser de tolérance et d'amitié, celui de tous les pardons et de la rédemption. Complice est le baiser de fraternité et de compassion, capable de sauver une nation. Que dire du baiser de bon augure, de joie, de liesse, ce baiser rafraîchissant qui arrose les terres désolées, ravinées de batailles perdues. Le baiser honnête, large, spontané, le baiser de dignité apaisant les âmes avides d'amour et de liberté.
Le baiser de toutes les grâces, de l'acceptation de soi et des autres : celui de toutes les différences mêlées, le baiser de l'absolu, qui nous attend patiemment à la croisée de nos vies, le baiser de Dieu.
Source: Le Matin
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TiCam
La vie n’est pas une crainte mais plutôt une espérance.
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