Par Kesner Pharel
Un meilleur contrôle de la situation sécuritaire enregistré dans le pays tout au cours de l'année 2007 a incité plusieurs Haïtiens de la diaspora à débarquer en grand nombre cet été en Haïti. Ils sont, en fait, à l’occasion de cette saison estivale, des milliers de compatriotes venant de l’extérieur à sillonner le pays, en dépit des conditions assez difficiles sur les routes, pour faire du tourisme et profiter de l’occasion pour jouir des multiples activités estivales (bals, festivals) organisées dans différents départements du pays à côté d’une population assoiffée de loisirs. Les informations, qui pourraient nous permettre d’évaluer l’impact de ces activités sur l’économie locale et nationale, ne sont pas disponibles, mais il ne fait aucun doute qu’il y a eu une plus grande circulation d’argent dans les différentes villes et dans plusieurs villages, avec l’arrivée massive de visiteurs de la diaspora.

Reconnue comme une « période de pointe » dans l’économie nationale, la période estivale est marquée généralement par une augmentation de l’offre de devises sur le marché local des changes, augmentation due en partie aux dépenses effectuées par les acteurs de la diaspora durant leur séjour dans le pays. Certains observateurs estiment toutefois que des dépenses plus substantielles auraient pu être réalisées au cas où les acteurs économiques locaux se seraient mieux organisés pour offrir beaucoup plus d’opportunités aux visiteurs de la diaspora. En effet, trop souvent ces derniers affichent la volonté d’effectuer des dépenses, mais trouvent rarement les occasions de le faire. Ils sont très souvent handicapés par le mauvais état des infrastructures routières du pays. Les principaux axes routiers (routes nationales # 1 et # 2) se trouvent dans un piteux état. Quant au réseau routier secondaire, il est presque inexistant et contraint les visiteurs à ne pas s’aventurer dans certaines zones.

Au cours des dernières années, l’industrie aérienne domestique a connu une évolution positive avec des compagnies telles que Caribintair, Tortugair, Nationair,… offrant plusieurs vols quotidiens à destination des différents chefs lieu de départements comme Cap-Haïtien, Port-de-Paix, Cayes, Jérémie et Jacmel. La fréquence des vols tend à croître de façon considérable durant la période estivale et les fêtes de fin d’année. Une telle évolution a permis à un bon nombre de voyageurs d’atteindre leur destination finale sans avoir à recourir aux tracasseries connues dans les gares routières et sur les routes nationales. L’extension de l’insécurité en ces lieux durant les dernières années avait d’ailleurs grandement découragé plusieurs membres de la diaspora à venir au pays.

En dépit des efforts réalisés par des acteurs dans l’industrie aérienne domestique, il faut reconnaître que de sérieux défis persistent. L’état des aéroports laisse beaucoup à désirer tant au niveau des pistes d’atterrissage que dans les buildings où se réalisent les opérations d’embarquement et de débarquement. La sécurité des passagers est même à risque dans certains de ces aéroports où des normes élémentaires ne sont pas toujours respectées. Voilà donc ce qui devrait représenter pour les responsables économiques l’occasion de réaliser des investissements publics et privés dans certaines villes et donner lieu ainsi à une plus grande création d’emplois.

Grandement attachés à leur pays, des Haïtiens de la diaspora s’exposent et parfois même avec des membres de leurs familles ou des amis pour venir passer un bon moment sur la terre qui les a vu naître. Le risque n’est pas simplement au niveau des transports terrestre ou aérien, mais également dans le domaine de la santé, car ils se retrouvent parfois dans des zones rurales où des soins de santé élémentaires ne sont pas disponibles en cas d’un quelconque accident.

Un tel état de fait devrait interpeller les leaders politiques et économiques qui ont grandement besoin des membres de la diaspora pour le développement du pays. En fait, le renforcement des infrastructures routières, aéroportuaires et même portuaires, ne peut qu’encourager le déplacement des visiteurs à travers le pays et faciliter ainsi une meilleure circulation monétaire dans les villes secondaires et dans les villages, en plus de la création d’emplois en dehors de la grande zone métropolitaine de Port-au-Prince et de la réduction de la pauvreté dans les régions concernées. Les leaders politiques pourraient encourager également une plus grande participation des membres de la diaspora à investir au pays, particulièrement dans le cadre de la vente d’actions dans des entreprises publiques comme la TELECO ou la Banque nationale de crédit (BNC). De telles opportunités les inciteraient à réaliser d’autres investissements privés comme dans l’immobilier et dans le secteur touristique. Des leaders locaux du secteur des affaires, de leur côté, auraient intérêt à s’engager dans des « joint venture » avec des membres de la diaspora pour avoir accès à des capitaux additionnels à un coût moindre ainsi qu’à un savoir-faire plus avancé de façon à rendre la gestion de leur entreprise beaucoup plus sophistiquée, un facteur essentiel dans le cadre de la compétitivité des entreprises et de l’économie nationale. Un « win-win situation ».


Source: Le Matin