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Le vendredi 19 oct 2007
Le décès de Quilem Registre reste un mystère
Dimanche soir, Quilem Registre n'était pas en mesure de répondre à son cellulaire. Les policiers ont pris la communication, et c'est comme ça que sa conjointe a appris que Quilem Registre n'allait pas bien du tout. Dans la nuit de mercredi à hier, il est mort. Électrocuté par les policiers, dit sa famille. Décédé pour des raisons encore inconnues, dit le Service de police de la Ville de Montréal.
À l'hôpital, la famille s'est relayée à son chevet pendant trois jours. «Par moments, on avait l'impression qu'il réagissait à ce qu'on lui disait, mais, pour l'essentiel, mon frère est tombé d'emblée dans le coma, a raconté hier Jess Registre, sa soeur. Il a fait plusieurs crises cardiaques, puis son corps a flanché. Il ne nous reste plus qu'à espérer que la Sûreté du Québec fasse la lumière là-dessus parce que mon frère, lui, n'est plus là pour témoigner.»
Selon la version policière, Quilem Registre, qui conduisait de façon désordonnée et qui semblait intoxiqué, a été intercepté à 21h34, dimanche, dans le quartier Saint-Michel. Parce qu'il se montrait agressif, les policiers ont utilisé «un dispositif à impulsion pour le maîtriser». Un pistolet électrique.
Conformément aux procédures en place dès qu'il y a utilisation de cette arme, Quilem Registre aurait transféré à l'hôpital. «Pour des raisons qui sont toujours inconnues, disait le service de police en fin de journée mardi, son état de santé s'est détérioré.»
Claude F. Archambault, l'avocat retenu par la famille Registre, ne comprend pas. «Quand il a été intercepté, Quilem Registre était seul, non armé. La police y est allée un peu vite, avec une arme plus forte que nécessaire», a-t-il déclaré.
Quilem Registre, seul garçon d'une famille de cinq enfants, est né en Haïti, puis a grandi au Québec où ses parents ont immigré dans les années 70. Il était le père d'une fille de 13 ans.
Au moment de son arrestation, dimanche, il vivait en maison de transition après avoir purgé à l'établissement Leclerc l'essentiel de sa peine de quatre ans et neuf mois pour vol qualifié et possession de biens criminellement obtenus.
Hier, le Service de police de la Ville de Montréal n'a émis aucun commentaire, pas plus que la Sûreté du Québec à qui l'enquête a été confiée. Pour la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec, le pistolet électrique ne tue pas, au contraire.
«Tout le monde reconnaît les bienfaits de cette arme-là pour neutraliser une personne agressive. C'est clair que ça peut sauver des vies», a déclaré Denis Côté, président de la Fédération des policiers et policières du Québec.
Philippe Archambault, attaché de presse du ministre de la Sécurité publique, a noté hier que «le Bureau du coroner n'a jamais attribué directement la mort d'une personne à l'utilisation du taser gun».
Un rapport sur son utilisation est néanmoins attendu au ministère de la Sécurité publique en décembre.
Les trois décès répertoriés au Canada ces dernières semaines - l'un à Québec, l'un à Vancouver et le plus récent, à Montréal - ont bousculé les choses et ont fait en sorte que le rapport est maintenant attendu au plus vite au bureau du ministre Jacques Dupuis, a indiqué l'attaché de presse.
Par voie de communiqué hier, la section québécoise d'Amnistie internationale a réclamé la suspension immédiate de l'utilisation de ces armes avant qu'une enquête approfondie ne soit menée.
La Ligue des Noirs, de son côté, doute que la lumière soit jamais faite sur le décès de Quilem Registre. Dans un communiqué, l'organisme dit que c'est toujours la même chose dans ce genre de tragédies. D'abord une campagne de salissage contre la victime quand elle a des antécédents judiciaires, puis «c'est toujours la police qui enquête sur la police».
50 000 voltsSelon un rapport du Centre canadien de recherches policières publié l'an dernier, le pistolet électrique permet d'éviter les dérapages au cours d'interventions policières. Cependant, lorsqu'il est braqué contre des suspects intoxiqués ou drogués, son utilisation serait plus risquée.
Capable de libérer une charge de 50 000 volts, le pistolet électrique s'attaque au système nerveux et entraîne une paralysie temporaire de la personne atteinte.
Au ministère de la Sécurité publique, on indique que le pistolet électrique a été utilisé 51 fois en 2006 au Québec. Au Canada, en quatre ans et demi, 16 personnes sont mortes au cours d'interventions dans lesquelles il avait été utilisé.
Selon le cardiologue Gilles O'Hara, chef du secteur d'électrophysiologie à l'Université Laval, les 50 000 volts ont beau être impressionnants, son ampérage, lui, est très bas. «Les risques de complications cardiaques sont donc très faibles, presque nuls.» Cependant, selon ce cardiologue, toute personne visée par cette arme doit être immédiatement emmenée à l'hôpital.
Il reviendra maintenant à l'enquête de préciser le nombre de décharges successives dirigées contre M. Registre.
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