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news PRATIQUES SOCIALES / Aux frontières de la misère, se prostituer pour survivre !

Par Alix Laroche
Nombreuses sont les prostituées qui occupent les trottoirs de différentes artères de la région métropolitaine. Au Champ de Mars, à Pétion-Ville, à la Place des Nations unies (Bicentenaire), au Boulevard Jean-Jacques Dessalines, notamment aux rues Joseph Janvier, Saint-Honoré et Traversière, elles offrent du plaisir à ceux qui veulent bien en acheter. On en rencontre aussi dans certaines de nos villes de province, plutôt dans des bordels communément appelés « cafés ». Les prix de la passe varient d'une zone à une autre, d'une prostituée à une autre.
Dans certains ouvrages de référence de la langue française, on définit la prostitution comme le « fait, pour un individu de l'un ou de l'autre sexe, de consentir à avoir des relations sexuelles avec des partenaires différents, dans un but lucratif et d'en faire son métier ».
Germaine, 23 ans, est orpheline de père et de mère depuis environ 5 ans. Ses parents sont morts dans un tragique accident sur la route nationale # 1. Elle assume entièrement la responsabilité de Vigie, sa fillette de 6 ans privée de père dès la naissance. Livrée à elle-même, Germaine, qui a poursuivi des études secondaires jusqu'en classe de seconde, est contrainte de se prostituer pour pourvoir aux besoins de sa fille et aux siens.
Germaine vit à Port-au-Prince, cependant elle mène son commerce de chair dans un bordel à Aquin où nous l'avons rencontrée un soir. Notre curiosité professionnelle nous a poussé à l'aborder.
Sans gêne aucune, Germaine nous avoue qu'elle s'est transformée en fille de joie rien que pour gagner son pain quotidien. « La vie est tellement dure en Haïti, surtout pour la femme chef de famille », se lamente-elle. À la question de savoir si elle se sent confortable dans sa peau de prostituée, Germaine répond non. N'ayant pas d'autres choix, dit-elle, elle continue cependant d'avoir des relations économico-sexuelles, sans amour ni plaisir, en faisant fi d'un ensemble de principes moraux établis par la société.
Selon un psychologue enseignant à la faculté des Sciences humaines, la prostitution a pris une ampleur tragique en Haïti avec la dégradation des conditions de vie. « Le marché de la prostitution qui existait dans le temps n'est plus le même », affirme le psychologue qui recommande de ne pas banaliser ce phénomène qui traduit la profondeur de la misère socioéconomique.
Il dit distinguer plusieurs formes de prostitution en Haïti, dont celle des mineurs, celle des trottoirs, celle des bordels et, la plus grave, celle cachée qui se pratique au sein des familles plus ou moins nécessiteuses et qui ferment les yeux sur les pratiques sexuelles de leurs filles échangeant leurs faveurs contre des biens matériels ou contre les frais d'une scolarité. Cette dernière forme de prostitution rejoint, selon le psychologue, celle pratiquée, à une échelle moindre, dans les administrations publique et privée, pour une promotion ou, tout simplement, pour garder un emploi.
La prostitution diminue la personne humaine
De l'avis de Martha Maximilus, psychologue elle aussi, «les prostituées sont des femmes qu'on suppose marquées à vie. La prostitution les transforme et les rend impropres à toute autre vie. C'est un état et non un métier », soutient Mme Maximilus.
Pour Martha Maximilus, la prostitution pourrait éventuellement être « un mode de rétribution tolérable pour une femme s'il s'agissait d'un rapport économico-sexuel équitable passé entre deux personnes qui s'accordent sur les termes d'un contrat ». Cependant, souligne-telle, dans un système social fondé sur la domination masculine, le « contrat » passé entre la prostituée et son client est une pure arnaque. « Être prostituée ne signifie pas forcément échanger des services sexuels contre de l'argent avec de multiples clients. La prostitution, ce n'est pas uniquement du sexe tarifé », rappelle-t-elle.
Source: Le Matin
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TiCam
La vie n’est pas une crainte mais plutôt une espérance.
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