Ménard brise le silence après la publication
du rapport préliminairede la CEA.
Il figure en effet parmi les tenants de l'ancien régime à bénéficier pour le moment de l'hospitalité du gouvernement du Canada : à titre de réfugié politique, de résident permanent, ou de citoyen canadien ? On l'ignore. En tout cas, peu loquace depuis son départ du pays et de l'administration lavalassienne, le bouillant ancien ministre sort aujourd'hui de ses gonds pour dénoncer certaines conclusions du rapport de la Commission d' Enquêtes Administratives se rapportan à sa personne. À la page 70 du dit rapport, le nom de l'ex-titulaire du Ministère de l'intérieur est en effet cité dans la rubrique relative aux "co-auteurs et complices"des malversations au sein desquelles
pataugerait la Fondation de l'ex-président Aristide.
-«Je suis membre de la Fondation Aristide mais "co-auteur" de quoi» ?

Il ne s'en cache pas, l'ex-ministre avoue avoir été l'un des "membres fondateurs" de la Fondation Aristide pour la Démocratie. C'est d'ailleurs un statut qu'il assume pleinement en précisant, à qui veut l'entendre bien sûr, qu'"un membre fondateur ne démissionne jamais d'une organisation qu'il a fondée". Mais, à voir son nom figurer dans la liste des co-auteurs des transactions peu orthodoxes émanant de cette fondation fait tempêter Henri Claude Ménard. À entendre le tonitruant ex-fonctionnai- re, il y a trois scénarios possibles : "ou bien les informations transmises à l'UCREF à mon sujet sont erronées, ou bien on a affaire à un travail bâclé, ou bien on est en présence d'un brouillon qui a été fait à la hâte", fin de citation. Autrement dit, Mé- nard aurait eu un rôle purement protocolaire à qui aucune gestion n'a été confiée au sein de la Fondation qui porte le nom de son ancien patron et idole Jean-Bertrand Aristide : " Je n'ai participé à aucune gestion journalière, hebdomadaire, mensuelle ou annuelle, sectorielle ou globale à la Fondation Aristide. Je suis co-auteur de quoi ? J'ai tout simplement été membre-fondateur, c'est tout. Je n'ai commis aucune infraction en participation directe ouavec d'autres individus liés à la Fondation".


-Sa gestion en tant que ministre de l'Intérieur :
Cependant, à titre d'ancien-ministre de l'Intérieur, le désaveu de Henri Claude Ménard n'est pas aussi formel. Lui qui a eu maille à partir, on se le rappelle, avec Jean-Marie Chérestal son ex- premier ministre, admet qu'il était responsable de la gestion des fonds qui étaient alloués à son ministère. Pour défier l'autorité de Chéres- tal, on n'oublie pas non plus son intervention auprès du Bureau de l'Immigration en vue de recueillir directement la recette du jour. Une désobéissance ou un excès de zèle qui avait fait les choux gras de la presse locale à l'époque. Voilà comment il répond à la question relative à sa gestion en tant que ministre : "J'ai été ministre de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales, j'ai toujours fait de mon mieux pour faire mon travail. Maintenant s'il y a des gens qui ont le mandat de juger, de vérifier, ils le feront et à ce moment-là je réagirai ".
-Il dit apprécier le travail de Paul Denis au sein de la CEA
Mais il faut dire que si l'ancien ministre met quiconque au défi de prouver sa res- ponsabilité ou son implication directe dans la corruption généralisée qui semble écla- bousser la gestion lavalassienne des affaires de l'état, il n'est pas pour autant hostile aux travaux de la commission pilotée par Paul Denis. Réagissant aux conclusions du rapport de la Commission d'Enquêtes Administratives qui travaille sous la houlette de l'ex-sénateur, il déclare :" C'est un bon début et c'est toujours bon de faire la radio- graphie d'un gouvernement qui avait la responsabilité de gérer lepays. C'est toujours bon et ça a toujours manqué en Haiti. Donc, qu'on commence à le faire maintenant, c'est très bon, je l'applaudis et je l'apprécie. Maintenant, quand on arrivera sur ma gestion au Ministère de l'Intérieur, je réagirai selon ce qu'on dira".
-Ménard : un anti-lavalas déclaré qui a désormais du mal à se positionner

Henri Claude Ménard qui affirme avoir tourné le dos au navire avalassien depuis 2003 refuse pour l'instant d'apporter son soutien à un quelconque bloc politique im- pliqué actuellement dans la course électorale. "J'avais pris mes distances que ce soit avec Aristide, avec lavalas et consorts", tient à préciser l'ancien ministre qui n'est toutefois pas en mesure de préciser le nom de la mouvance ou le nouveau camp au- quel il appartient à l'heure actuelle. Ce subalterne Ménard qui n'avait jamais sa langue dans sa poche et qui tirait à boulets rouges sur son supérieur hiérarchique Chérestal, en vue, disait-on en coulisses, de devenir le dauphin de Jean-Bertrand Aristide, pré- fère aujourd'hui faire usage de la langue de bois pour se positionner:" je suis toujours dans la même tendance où j'étais avant, où je suis maintenant, où je serai toujours : la tendance de servir mon pays. Je suis un citoyen qui se laisse toujours interpellé par les problèmes de son pays".

Des propos qui laissent un goût de "déjà entendu" mais qui confirment également que l'intéressé est loin de penser pour le moment à une retraite politique.