BRÉSIL - Un braquage digne du scénario du film «Ladykillers»
Les Brésiliens, qui ont tendance à voir dans leur pays toutes les qualités du monde ? n'y dit-on pas que «Dieu est brésilien» ? ? ont un nouveau motif d'orgueil. Fortaleza, la capitale de l'Etat de Ceara, au nord-est du pays, a été, ce week-end, le théâtre d'un des plus importants cambriolages de l'histoire. Suivant un scénario digne d'Hollywood ? en fait, pratiquement celui de Ladykillers, dont les frères Coen ont tourné une reprise l'année dernière ? une bande de casseurs a dérobé plus de 150 millions de réis (52 millions d'euros), battant tous les records du Brésil, et presque du monde. Seuls les auteurs du cambriolage du centre de dépôt de Knightsbridge, dans le centre de Londres, ont réussi à faire mieux le 12 juillet 1987, en empochant quelque 40 millions de livres (72 millions de dollars).


Le coffre de la banque semblait pourtant inviolable : la salle forte, d'une superficie de 500 mètres carrés, reposait sur un sol en béton d'une épaisseur de 1,10 mètre, consolidé par un maillage métallique. Elle était dotée de détecteurs de mouvements et de caméras de surveillance, qui ne se sont pas activés. Alertés par les fonctionnaires de la banque, à l'ouverture de la salle forte, lundi matin, les policiers ont découvert un trou dans le sol, donnant sur un tunnel à 4 mètres de profondeur. Longue de 80 mètres, large de 70 centimètres, la percée les a menés à une maison située à deux rues de la banque, en plein centre de Fortaleza.


«Du travail de professionnels», a déclaré au quotidien local O Povo Godofredo Bittencourt, le patron du département d'enquête sur les crimes organisés (Deic) de Sao Paulo, appelé à la rescousse par les autorités de Fortaleza. Le tunnel, tapissé de planches de bois isolées par un film plastique, était équipé d'ampoules électriques et de ventilateurs. Un tuyau connecté à un climatiseur acheminait par ailleurs de l'air frais tout le long de la galerie. La tâche a dû être longue : selon la Banque centrale, le butin, composé exclusivement de coupures de 50 réis, pèse environ 3,5 tonnes.


A l'autre extrémité du tunnel, la police fédérale est tombée sur un arsenal d'outils, perceuses, marteaux, scies, fils électriques, ainsi qu'un plan détaillé de la banque et des quantités importantes de nourriture et de boissons fraîches. Les casseurs ne vivaient pourtant pas reclus : le leader du groupe, qui se faisait appeler Paulo, avait loué cette maison fin avril sans se cacher du voisinage. Repeignant sa façade en vert, il avait accroché avec ses compères l'enseigne de l'entreprise «Gramas Sinteticas» qu'elle était censée abriter, spécialisée dans la fabrication d'herbe synthétique. Une activité qui, pour les voisins, suffisait à expliquer la sortie, tous les jours, d'une camionnette pleine de terre. D'ailleurs, tous les riverains, du bar adjacent à la sandwicherie du coin, s'accordent à décrire les occupants de la maisonnée comme «très sympathiques» en leur reconnaissant un «accent d'ailleurs», possiblement de Rio de Janeiro.


La police fédérale compte désormais sur la difficulté à écouler un tel butin pour mettre la main sur l'équipe de choc. Mis bout à bout, les 3 millions de billets de 50 réis, ornés d'un jaguar, couvriraient une distance de 19,5 kilomètres. Les enquêteurs estiment que l'essentiel de l'argent est toujours dans l'Etat de Ceara, dont toutes les routes sont quadrillées, et les véhicules, fouillés. Le risque, reconnaissent-ils, est que l'argent soit dans le coffre de voitures conduites par des femmes avec enfants, rarement interpellées lors des contrôles.


Les descriptions, ainsi que le prélèvement d'empreintes digitales, ont permis à la police d'élaborer au moins huit portraits-robots. Pour les experts, ce hold-up spectaculaire porte la marque d'une des deux principales organisations criminelles du pays, le Comando Vermelho de Rio de Janeiro et le Primeiro Comando da Capital de Sao Paulo. Les cerveaux des deux groupes, majoritairement en prison, planifient et pilotent, depuis leur cellule, attaques de banques ou enlèvement de personnes susceptibles de rapporter une rançon.
Le cambriolage de ce week-end exige une grande expérience et des moyens financiers considérables, au moins 150 000 réis (50 000 euros) selon la police. Sans parler de probables connexions au sein de la banque : les casseurs savaient exactement où se trouvait la salle forte et ont réussi à ce qu'aucune alarme ne soit déclenchée durant tout le week-end.
Le journal O Povo s'amuse d'une autre coïncidence : 150 millions de réis, c'est exactement la somme demandée par l'Etat de Ceara au gouvernement fédéral pour poursuivre la construction de Metrofor, le système de transport public de Fortaleza. Il ne devait en recevoir que la moitié, rigueur budgétaire oblige...
Source: Le Figaro