« Je crois à la communion des saints », dit sobrement l?antique symbole des Apôtres récité à la messe dominicale. Dans la profession de foi du Pape Paul VI (30 juin 1968), on lit ce développement : « Nous croyons à la communion de tous les fidèles du Christ, de ceux qui sont pèlerins sur la terre, des défunts qui achèvent leur purification, des bienheureux du ciel, tous ensemble formant une seule Église, et nous croyons que, dans cette communion, l?amour miséricordieux de Dieu et de ses saints est toujours à l?écoute de notre prière. »


Le calendrier de l?Église est jalonné de la mémoire des saints dont les mérites ont été publiquement reconnus ; dans les messes célébrées en ces circonstances est exprimé le motif de l?action de grâce de leurs frères dans la foi. « Père très saint, [?] dans leur vie, tu nous procures un modèle, dans la communion avec eux, une famille, et dans leur intercession, un appui, afin que, soutenus par cette foule immense de témoins, nous courions jusqu?au bout l?épreuve qui nous est proposée et recevions avec eux l?impérissable couronne de gloire, par le Christ ». Une fois l?an, la « foule immense des témoins » est rassemblée dans une même solennité, la Toussaint.
Le gîte de l?étape
La condition de pèlerin est souvent évoquée dans le langage liturgique. « Lorsque prendra fin notre pèlerinage sur la terre, accueille-nous dans la demeure où nous vivrons près de toi pour toujours. » Quiconque connaît sur la route les difficultés, les retours en arrière, les chutes, les fatigues sait aussi que son avenir est de « demeurer » en paix dans la communion avec son Seigneur, qui a parcouru lui aussi en ce monde le chemin de la croix. C?est lui qui, avant la Passion, proposa :
Demeurez en moi, comme moi en vous (Jn 15, 4). Et le croyant, qui a bien entendu, répond en confiance :
Reste avec nous (Lc 24,29).
Notre Rédempteur
Notre Père, notre Rédempteur : tel est Ton Nom depuis toujours (Is. 63, 16). L?association des deux vocables Père et Rédempteur est très suggestive. Malheureusement, si le mot « Père » se comprend facilement, parce qu?il évoque une expérience universelle, le mot « Rédempteur » n?a pas dans la Bible le sens que nous lui donnons spontanément en français.
En hébreux, le mot
Go?el désigne le plus proche parent de celui qui traverse une situation de détresse : si vous avez été contraint a vendre votre maison ou vos terres pour payer vos dettes, votre
Go?el payera le créancier à votre place et vous permettra de rentrer en possession de votre bien (Lv 25, 25). Et, si la dette est si lourde que vous avez été réduit à vous vendre vous-même comme esclave a votre créancier, votre
Go?el interviendra auprès du créancier pour vous « revendiquer ». Précisons que vous ne deviendrez pas, par là même, esclave de votre
Go?el, vous retrouverez la liberté.
Dans les deux cas, le mot désigne donc une action libératrice ; il y a bien un aspect financier, mais qui n?est que secondaire. Le mot
Go?el devrait se traduire littéralement le « libérant », le « rachetant » (cas de la maison), le « revendiquant » (cas de l?esclave). Chaque fois que nous rencontrons le mot « rédemption », nous pouvons le remplacer valablement par le mot « libération ».
Enfin, en cas de meurtre, le
Go?el est tenu de venger la victime, on l?appellera le « vengeur » (Nb 35,12). Tous ces titres ont été appliques a Dieu par les prophètes :
Go?el, Rédempteur, vengeur, ce qui veut dire que l?on ose affirmer que Dieu est notre plus proche parent. Le malheur de ses enfants ne le laisse pas indifférent, au contraire, il défend leurs droits contre tut ce qui leur fait du mal, il intervient pour les libérer.