Six mois après l'ouragan et à la veille de Mardi Gras, le carnaval bat son plein à la Nouvelle-Orléans. La presse américaine raconte, elle, une ville toujours pas reconstruite, des habitants en colère contre les autorités petites et grandes et une envie de vivre qui reprend le dessus.
« Juste à temps pour Mardi Gras, La Nouvelle-Orléans est de retour dans le business du tourisme, avec beaucoup plus de vigueur qu'on aurait pu s'y attendre six mois après un désastre aussi terrible » écrit
l'envoyé spécial du Los Angeles Times en Louisiane. Le journaliste, qui s'est promené de bars en boîtes de nuit, a trouvé une ville sentimentale et créative, sublime et bavarde, «prête à raconter ce qu'elle a vécu depuis l'ouragan Katrina».
Haïti
Son confrère du New York Times a fait le tour des 80 clubs ? « environ les deux?tiers de ce qu'on comptait avant Katrina » ? où l'on peut écouter de la musique, blues, jazz, funk ou hip hop. Le désarroi et la frustration des habitants rejaillissent au détour des mélodies, dans les paroles de ce jeune rappeur cité par le
quotidien : « On meurt de faim, on vit comme à Haïti sans gouvernement », «J'essaie de vivre, j'ai tout perdu dans Katrina».
Après avoir dénoncé l'incurie de l'administration Bush face à la catastrophe à longueur de colonnes, le Washington Post publie lundi une
enquête sur l'utilisation des dons privés. Les deux tiers des 3,27 milliards de dollars récoltés par des associations caritatives pour aider les victimes du cyclone (c'est plus qu'après le 11-Septembre 2001) ont été dépensés pour faire face à l'urgence, explique le quotidien. Reste moins d'un milliard, écrit l'article, pour aider à la reconstruction, une goutte d'eau par rapport aux besoins d'investissements lourds estimés à 200 milliards de dollars.
Système judiciaire en panne
Loin de flons-flons du carnaval, la presse ne se prive pas de dénoncer les lenteurs des pouvoirs publics, locaux ou fédéraux. Du ramassage des détritus qui n'est pas rentable à la distribution postale défaillante, rien ne fonctionne comme avant, lit-on dans le [Times Picayune-http://www.nola.com/t-p/], principal quotidien de La Nouvelle-Orléans. «50.000 personnes doivent encore se rendre au bureau de poste pour retirer leur courrier», explique un responsable interviewé par le journal.
USA Today, le plus lu des journaux américains, s'en prend au système judiciaire en panne depuis l'ouragan : «Des gens arrêtés avant Katrina attendent toujours leur procès». Quatre mille personnes, dont la moitié en prison, attendent d'être jugées faute de fonds pour payer des avocats commis d'office, selon l'article. «C'est notre propre Guantanamo dans le bayou», s'offusque un avocat louisianais qui a le sens de la formule choc.
par J.R.
LIBERATION.FR