L'affiche du film
«Vocation», de Valéry Numa, est un film à voir. Entre nous. Entre amis. Surtout entre journalistes. Quelques rasades de rhum aidant. C'est trop beau, trop corsé. Vaste tableau sur la condition du journaliste, le choix d'une profession en Haïti. Le film est monté de toutes pièces dans l'ambiance glauque de la vie d'un jeune homme en terminale, Philippe (Réginal Poulard). Ce bachelier est ballotté entre deux choix: la médecine et/ou le journalisme.
Pour faire plaisir au toubib dictateur, son père, Dr Duranvil (Bernard Léon), il s'inscrit à la fac de médecine, et suit parallèlement des cours de journalisme. Mais le jour où ce dernier découvre sa combine, il le met à la porte. Abandonné par son père, plaqué par sa copine Jessica (Rose-Adèle Joachim), il serre poings et mâchoires, tout en continuant son cursus. Au bout de quelque temps, il sera embauché dans l'une des plus grandes stations de radio de la place.
Le fil du scénario
Ce long-métrage, bourré d'idées, de Valéry Numa, va dans tous les sens. Les péripéties qui, dans une accolade fraternelle, devraient tenir le fil du scénario, le relâchent. A tous les coups. Dans un gouffre de solitude écrasante où tout semble être filmé avec l'oeil du journaliste et pensé quelque peu à la Maigret (du mauvais Maigret).
« Vocation » ne fait pas de cadeau. Pas de surprise. Rien qu'à entendre le titre, on sait déjà tout de la fin. Vite fait et salut la compagnie.
Rose-Adèle Joachim, figure (mythique ?) de la photo, n'est d'aucun secours au casting. D'ailleurs, avec sa voix de fausse femme fatale, dépeinte à tort ou à raison comme dépressive, pleurnicharde, nombriliste, elle ne voit son copain qu'en blouson. Le spectateur ne sait même pas ce qu'elle fabrique dans le film et, qui pis est, elle donne des frissons dans le dos. Donc, pas glamour du tout. Par contre, une des scènes d'amour, assez chaude, au milieu du film, transpire "une vérité vraie". Ce que Jean Cocteau appelle " le vérisme". Mais si cette parenthèse filmique était à la fin ou en bonus, elle aurait fait plus d'étincelles, la sortant, du coup, de sa gaine fantomatique. Peut-être.
Des ficelles un peu grosses
Sans style, ni tempo, dans (sa) «Vocation», la mise en scène maniérée et ronflante de Valéry Numa nous entraîne au seuil de l'épuisement de l'éthique de ses personnages. Ici, le naturel n'est ni qualité de la forme, ni sensation du temps de ce qui ne cesse de passer comme effets d'un art du récit. Son cinéma, si l'on peut en dire autant, n'a pas une constante définie. En déduction, même dans un tel sujet, l'on ne remarque pas un seul indice de continuité. A la limite, notre journaliste ne restitue pas à son personnage central la place qui lui est due auprès des autres. Le meilleur ami de Philippe au Collège, Richard (Peterson François Junior), jouerait mieux ce rôle. Car, ce dernier fait preuve d'un jeu facile et toujours égal.


Philippe, à bien regarder, triche dans son rôle, lequel est aux antipodes de ce qu'il représente à l'écran où il se la joue plutôt play-boy que ce journaliste d'enquête pur sang. Aussi, pour crédibiliser le personnage, les procédés de la dramaturgie demeurent-ils stériles et torturés, laissant apercevoir, au fond, les méandres d'un esprit malade et dubitatif.
L'esthétique de "Vocation" est séduisante, mais les ficelles sont un peu grosses. De bonnes idées, et rien d'enthousiasmant. Tantôt intéressant, par l'actualité toujours cruciale du sujet, tantôt ennuyeux. Ce film, au final, n'emballe pas. Une extraordinaire caricature du journaliste. Séquences niaises au possible. Un scénario alambiqué, à peine bon pour un dessin animé médiocre et une bande sonore très sympa. Quel beau ballet !
Marvin Victor
marvinvictor@enouvelliste.com