La voie publique, les égouts sans couvercles servent désormais de décharges de matières fécales.
A l'angle des rues Montalais et Pavée, une femme rouspète. Troublée, elle vient de passer tout près d'une bouche d'égout transformée en décharge d'excréments par des « vidangeurs voyous ». « On aura tout vu dans ce pays », crache-t-elle suite à cet acte qui aura des répercussions sur la santé des gens. « Comment voulez qu'à quelques mètres du Palais National, des « bayakou » puissent déverser de la matière fécale ? », s'interroge t-elle dépitée en conduisant son fils à l'école.
Jadis confinée au bord de mer, cette pratique s'étend désormais aux quartiers huppés de la capitale. Les rues ayant des égouts sans couvercles semblent soigneusement répertoriés par ces gens qui n'ont pour tout équipement qu'un saut, trois drums et une brouette.
Pourtant, malgré leur dénuement et le comportement irresponsable de certains, ces vidangeurs sont sollicités par plus d'un million de personnes pour l'évacuation de leurs excreta dans la zone métropolitaine, selon des études réalisées, il y a quelques années, par WASAM.
Dans cette agglomération où vivent aujourd'hui plus de deux millions de personnes, seulement 4 % des ménages disposent de WC. Et les entreprises qui se partagent ce marché se comptent sur les doigts de la main, confie une source proche de la Division d'Hygiène publique, un organe relevant du Ministère de la Santé publique, jadis très efficace dans la lutte contre les épidémies liées aux problèmes d'assainissement.
Selon le code d'hygiène publique de 1919 revu en 1942 sous le gouvernement d'Elie Lescot, la Division d'hygiène publique (DHP) a pour tâche de coordonner et de gérer l'évacuation des excréments humains. En d'autres termes, elle doit disposer de moyens pour aider à l'organisation de ce secteur et aussi éviter que des vidangeurs sans scrupule agissent comme bon leur semble.
« Dépourvue de ressources financières adéquates, de moyens logistiques et coercitifs, la DHP n'est pour l'instant pas capable de remplir valablement sa mission », reconnaît cette source.
L'assainissement est l'affaire de tous. La sensibilisation de la population sur les risques de contamination liés aux mauvaises gestions et pratiques d'évacuation des excreta est primordiale, fait-elle remarquer.
Entre-temps, à court terme, les responsables de la sécurité publique devront passer des consignes aux patrouilles policières pour qu'elles jettent un coup d'oeil sur les vidangeurs voyous opérant dans la zone métropolitaine en attendant l'identification formelle de décharges publiques destinées à cet effet.
Mais au fait, Port-au-Prince, te souviens-tu encore du président Estimé ?
Source: Le Nouvelliste