Sandra Mervil : M comme mannequin
Posté le 25 janvier 2007
Sandra Mervil est en terminale et vit à Paris depuis deux ans. Elle a 20 ans et fait juste ses débuts dans le mannequinât. Panoramag a découvert pour vous ce nouveau talent : 1m 69 de grâce (pour 48 kilos).
D'un humour déconcertant et superbe dans les jeux de rôle, Sandra incarne à volonté l'enfant réservée, l'adolescente coquine ou la femme fatale. Elle a déjà posé pour plusieurs magasins de bijoux de Paris.
Elle vient des Gonaïves, du quartier de Descahos, et dit aimer « la vie avec tout ce qui l'accompagne, même les moments les plus difficiles. » Elle est extravertie, et aime se rendre utile auprès des autres. Son plus grand défaut : « je suis une retardataire impénitente ! (Rires) »
Haiti Press Network - Sandra, explique-nous comment tu es arrivée en France?
Sandra Mervil - Ben, par avion (rires). En fait, mon père vit ici depuis des années, 19 ans et 6 mois pour être exact. Un truc de dingue, mes parents se sont séparés avant ma naissance. J'ai été élevée par ma grand-mère, côté paternel, et après la 3e [secondaire] mon père m'a proposé de venir en France. Je vis là à Paris depuis deux ans.
HPN - Tu as maintenu le contact avec ta mère ?
SM - Si, si, si. Nous nous parlons tous les week-ends.
HPN - Parle-nous de tes débuts dans le mannequinat ?
SM - Ben moi, j'ai toujours bien aimé tout ce qui est fashion, glamour, j'aime bien prendre soin de moi et je cherche tout le temps à me découvrir dans d'autres styles. Donc en novembre 2005 je me suis présentée dans une agence de mode. Au début c'était un peu difficile mais avec le temps ça va mieux.
HPN - Tu as été accueillie à la première occasion ou t'a-t-il fallu courir plusieurs agences avant de trouver celle qui t'a accepté.
SM - J'ai été accueillie à la première occasion.
HPN - Qu'est-ce que tu as comme expérience jusqu'à présent, dans le mannequinat biens sûr ?
SM - Je suis à mes débuts, j'ai posé, entre autres, pour un magasin de bijoux de Paris. Benjamin qu'il s'appelle.
HPN - Quels sont tes projets à court et à moyen terme?
SM - Ben, cette année je passe mon bac. Je compte étudier l'architecture intérieure. Je veux aussi devenir styliste modéliste, mais là dans l'immédiat je cherche une autre agence de mannequinat.
HPN - Et tu comptes aller jusqu'où dans le domaine ?
SM - Je veux devenir une professionnelle.
HPN - Quelles sont tes modèles?
SM - Monica Belluci, Naomie Campbell, Halle Berry ...
HPN - Tu aimerais voyager ?
SM - Beaucoup, beaucoup, beaucoup !
HPN - Qu'est- ce qui te motive à voyager, qu'est-ce que tu aimerais découvrir ? SM - D'autres pays, apprendre à mieux connaître les gens et différentes cultures, les m?urs et leurs histoires.
HPN - Dans la vie qu'est-ce que tu aimes ? SM - Bonne question? déjà j'aime la vie, j'aime me sentir bien dans ma peau.
HPN - Et de quoi as-tu peur ? Je veux dire le plus peur ? SM - (Sans hésiter) De la mort
HPN - Tu aimerais mourir comment ?
SM - Dans les bras de mon mari (rires).
HPN - Tu souhaiterais vivre combien de temps ? SM - Le temps qu'il faut.
HPN - Pour faire quoi ? SM - Aller jusqu'au bout de moi-même tout en étant capable de me rendre utile tout au long de ma vie.
HPN - Tu fais quoi pour tuer le temps ? SM - Je lis, je dessine, j'écoute de la musique et je fais du sport (je suis une passionnée de foot et de tennis.)
HPN - Est-ce qu'Haïti te manque des fois ? SM - Oui, l'ambiance surtout. Chez nous, même si on n'a pas à manger mais on a toujours la joie de vivre. Ici les gens sont toujours stressés et tout le monde se méfie de tout le monde. Il me manque le soleil d'Haïti et mes amis. J'aimerais tellement pouvoir revenir servir mon pays, aider les enfants à retrouver le sourire, leur donner un peu plus de joie de vivre et surtout aider les femmes à s'investir de plus en plus dans la vie active.
HPN - Quels sont tes souvenirs des Gonaïves, tu es partie peu après le passage de la tempête Jeanne, non ? SM - Non, environ 6 mois avant. Je suis partie en fait, peu après le départ de JBA [Jean-Bertrand Aristide], le 7 avril 2004.
HPN - Et quels sont les images qui te restent de ta ville ? SM - Bof, pas grand chose pour ne pas dire rien.
HPN - Même pas des images des turbulences précédant le départ d'Aristide ? SM - Si tu parles des cauchemars, j'en ai vécu plein et il y a une image que je n'oublierai jamais [son visage se referme]. C'était un lundi matin, j'avais rendez-vous avec le médecin, je sortais de chez moi et à deux doigts de moi, une balle a percé l'omoplate d'une petite fille, ensuite la balle a rebondi sur un mur avant d'aller se loger dans le sein gauche d'une vieille femme? C'était terrible, du jamais vu.
HPN - La fillette qui se trouvait tout près de toi devrait avoir quel âge environ ? SM - Pas plus de 10 ans !
HPN - Tu pensais que ça aurait pu être toi ? SM - Personne n'était à l'abri, tu sais.
HPN - Cette image te hante toujours ? Et sais- tu ce qu'il est advenu de la fillette et de la vieille dame ? SM - Cette image ne s'effacera jamais. Heureusement la fillette a survécu mais quand je laissais le pays, la vieille avait encore le projectile dans son sein.
HPN - Qui avait tiré ? Des bandits ou des policiers ? SM - On ne sait pas toujours si c'est des policiers ou des bandits !
HPN - Tu penses vraiment revenir un jour en Haïti ? SM - J'aimerais bien
HPN - Ca dépendrait de quoi? SM - De la situation politique surtout. De toute façon je n'ai pas trop le choix, c'est possible que mon futur mari vit là-bas (sourire). Je compte rentrer en décembre prochain. J'aimerais revoir mère, ma famille et surtout mes amis.
HPN - Tu es restée en contact avec tes amis d'Haïti? SM - Oh ! Oui bien sûr, l'amitié est sacrée pour moi. On s'écrit, on se parle souvent sur le net et parfois au téléphone.
Interview avec HaitiPressNetwork