BID/48e ASSEMBLÉE ANNUELLE / Le gouvernement haïtien s’engage à relever le défi de la réduction de la pauvreté

« L’éducation pour tous comme base de l’égalité des chances pour réduire la pauvreté sur le long terme, l’allègement du quotidien des plus défavorisés pour réduire la pauvreté critique sur le court terme, l’amélioration du climat des affaires pour attirer les investissements, la création des emplois et la réduction de la pauvreté sur les court, moyen et long terme », tels sont les princi- paux défis auxquels le gouvernement Préval/Alexis doit faire face. Ils ont été présentés par le ministre de l’Économie et des Finances, M. Daniel Dorsainvil, également gouverneur de la Bid en Haïti, hier mercredi 21 mars 2007 lors de son discours à la 48e assemblée annuelle. Les défis, poursuit le grand argentier de la République, se réfèrent aussi à la consolidation des institutions démocratiques, à la lutte contre la corruption, à la protection de l’environnement, à la restauration de la sécurité des vies et des biens, à la lutte contre le trafic des stupéfiants et le trafic des personnes. Pour retrouver définitivement sa place dans le concert des nations démocratiques et continuer dans la voie de la modernité, indique-t-il, Haïti doit surmonter tous ces défis et rétablir la paix sociale. Et le chemin à parcourir est long et parsemé d’embûches. « Il va sans dire que notre politique budgétaire, de même que toute l’assistance que nous sollicitons et tous nos programmes de développement, sont conçus pour avoir une incidence importante sur la réduction de la pauvreté », a fait remarquer le chef de la délégation haïtienne à la 48e assemblée annuelle de la Bid, à Panama City.


« Des résultats prometteurs »
La République d’Haïti se remet d’une longue période d’instabilité, a fait remarquer le ministre de l’Économie et des Finances. Les progrès ne sont sans doute pas aussi tangibles et rapides que l’auraient souhaité le peuple, le gouvernement et même nos amis de la communauté internationale, s’empresse-t-il de nuancer tout en précisant que, petit à petit, les institutions se consolident, le dialogue s’approfondit et les conditions de sécurité s’améliorent. Il en veut pour preuve notamment la réalisation d’élections démocratiques à tous les niveaux : présidentielles, législatives, municipales et territoriales. Ce qui laisse croire au gouverneur de la Bid en Haïti que les résultats préliminaires des réformes entamées depuis trois ans et que le gouvernement entend poursuivre apparaissent assez prometteurs. Il a mentionné les actions visant la stabilisation de l’économie dont les mesures de contrôle budgétaire et de politique monétaire adoptées au cours des trois dernières années. Ces actions se traduisent en une baisse du taux d’inflation qui est passé de 38 % en 2003 à moins de 10 % en janvier 2007, une augmentation sensible des réserves nettes de change de la Banque centrale qui sont passées de 17 millions de dollars américains en 2003 à environ 200 millions en 2007. Parallèlement, après une contraction de 0,4 % en 2004, le PIB a cru de 1,8 % en 2005 et la croissance enregistrée pour 2006 totalise 2,3 %. Pour 2007, le gouvernement cible un taux de croissance de 4 %.

Les efforts d’assainissement des finances publiques se poursuivent et les mesures pour augmenter les recettes se renforcent, d’après le ministre de l’Économie et des Finances. Les recettes douanières et fiscales, indique-t-il, ont augmenté de 32 % au cours des cinq premiers mois de l’exercice fiscal 2006/2007 et les mesures mises en place tant à la Direction générale des impôts qu’à l’Administration générale des douanes rassurent que le gouvernement continue sur cette lancée malgré une baisse des recettes générées par la taxation du pétrole, imputable à la chute des cours internationaux. Le gouvernement, a confirmé M. Dorsainvil, renonce au financement par la Banque centrale du déficit budgétaire et continuera d’exercer un contrôle strict des dépenses discrétionnaires. Il s’engage donc à maintenir le cap de la stabilisation de l’économie qui est un passage obligé pour atteindre un niveau de croissance durable. L’équipe gouvernementale à moyen terme visent un taux de croissance moyen annuel de 4 %, un taux moyen d’inflation en – dessous de 7 %, un solde global de l’adminis- tration (hors financement externe) en – deçà de 2 % du PIB et des réserves internationales de plus de deux mois et demi d’importations.


Une gestion transparente et équitable des ressources 
Relever le défi de la réduction de la pauvreté suppose une gestion transparente et équitable des ressources sur lesquelles le gouvernement compte et qui sont assez modestes comparées aux besoins du pays, reconnaît le grand argentier de la République. Il a souligné que même si Haïti a atteint le point de décision dans le cadre du Programme de réduction de la dette des pays pauvres très endettés (PPTE) et au niveau de la Banque interaméricaine de développement, elle est éligible à l’Initiative d’allègement de la dette multilatérale (IADM) ; mais, cet allègement ne sera effectif qu’au plus tôt dans deux ans. M. Dorsainvil en a profité pour informer brièvement les partenaires d’Haïti sur l’état d’exécution des engagements pris avec le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, en vue d’atteindre le point d’achèvement du PPTE et qui auront un impact sur la coopération haïtienne avec la BID. La préparation et la mise en œuvre du DSRP définitif, le respect des conditionnalités liées à la mise en œuvre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC), l’établissement d’un mécanisme de suivi des dépenses destinées aux pauvres, l’adoption d’une nouvelle loi sur la passation des marchés, la promulgation d’une loi sur la déclaration du patrimoine, tous ces engagements sont à un stade d’exécution satisfaisant et les instances concernées du gouvernement en assurent un suivi régulier, a confirmé le ministre de l’Économie et des Finances. Il affirme que le gouvernement prend les dispositions pour que les actions prévues dans le DSRP définitif soient mises en œuvre pendant au moins un an, à travers un processus participatif, afin d’atteindre le point d’achèvement. M. Dorsainvil se dit heureux que la résolution finale ait fait l’objet d’un très large consensus et que, pour la première fois, Haïti bénéficiera d’un allègement relativement important de sa dette multilatérale, rejoignant ainsi les quatre autres pays pauvres de la Bid qui avaient déjà bénéficié d’une réduction de leurs dettes dans le cadre de l’Initiative PPTE. L’allègement, précise-t-il, ne mettra pas fin aux problèmes de rareté de ressources et contribuera même à réduire le volume de flux nets qu’Haïti recevait auparavant de la Bid.


Une amélioration de la capacité d’exécution
« Nous sommes bien imbus du fait que l’amélioration de notre performance dans l’exécution des projets est une condition incontournable pour avoir accès à plus de ressources à l’avenir, que ce soit sous forme de dons ou de prêts », a admis le ministre Dorsainvil. Nous sommes confiants qu’il permettra à la Banque d’affecter à Haïti ses cadres les plus expérimentés, les plus motivés et les plus porteurs de changement, a-t-il ajouté. En ce qui concerne le Cadre de la viabilité de la dette (CVD), les allocations basées sur la performance ainsi que sur l’Evaluation des politiques et institutions nationales (EPIN), il ne cache pas sa préoccupation que, compte tenu des mauvaises performances d’Haïti par le passé, les critères retenus ne permettent pas de tenir suffisamment compte ni de l’ampleur des besoins ni des progrès qu’Haïti aura réalisé dans la consolidation des institutions, la lutte contre la corruption et dans la bonne exécution des projets. Haïti voudrait figurer d’ores et déjà parmi les premiers bénéficiaires des nombreuses Initiatives chères au président Moreno et dont les opportunités pour la majorité constituent le fer de lance, sans oublier les initiatives sur l’énergie durable et le changement climatique, sur l’eau potable et sur l’assainissement. M. Dorsainvil a salué de façon particulière le Programme spécial établi avec les ressources du capital ordinaire et qui vise à libérer des fonds non remboursables pour contribuer à la création d’emplois, au développement social et à la réduction de la pauvreté, en appui à l’accomplissement des Objectifs du millénaire de développement.

« Au cours des prochaines semaines, nous ferons encore plus souvent appel à la capacité d’adaptation et d’ajustement de la Bid – qui, nous l’espérons sera renforcée par le processus de réalignement en cours – pour nous appuyer dans la mise en œuvre des mesures que nous prendrons pour engager toutes les balances non décaissées dans un délai ne dépassant pas dix-huit mois », prévient M. Dorsainvil qui a félicité l’administration de la Bid pour ses efforts de flexibilité dont elle fait preuve dans les procédures de décaissement.
Source: Le Matin