Le Public, abondance et générosité
Philip Tirard
Mis en ligne le 06/09/2006
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La treizième saison se présente sous le slogan «élargissons nos horizons».
Vingt spectacles, des coproductions et des décentralisations.
C'est dans leur grande salle nouvellement climatisée que Patricia Ide et Michel Kacenelenbogen accueillaient vendredi matin les nombreux invités de la conférence de presse de rentrée du Théâtre le Public. «Que se passerait-il si nous cessions de raconter la vie?», s'interrogeaient les deux directeurs et fondateurs, à l'orée de leur treizième saison. Eux ne sont pas près d'arrêter, en tout cas, qui réaffirment leur credo: «Notre priorité reste la rencontre entre les artistes et les spectateurs».
Ces derniers sont conviés cette année à choisir dans un des plus copieux menus jamais proposés par la maison de la rue Braemt. Vingt titres figurent à l'affiche, totalisant 600 représentations dans les trois salles de Saint-Josse et 130 en tournée. «Et il y aurait eu matière à faire 80 spectacles, tant les projets abondent!», renchérissait Michel Kacenelenbogen.
Quelques Belges
Il est encore un fait maintenant établi: au Public quantité rime avec qualité. Pour variée et abondante, l'offre présente de sérieuses garanties de professionnalisme et d'intérêt artistique. On y crée des nouveaux textes d'auteurs belges: «L'Indicible» de Jean-Marie Piemme et «Mais qu'est-ce qu'on a fait pour en arriver là?», spectacle à sketches écrits par Bruno Belvaux, Olivier Coyette, Véronique Dumont, Thomas Gunzig et Marc Moulin, sans oublier le «petit cabaret belgeke» de Claude Semal ou «Au doigt et à l'oeil...», création collective sur les rapports parents-enfants où s'impliquent notamment Hélène Gailly, Michelangelo Marchese et Guy Theunissen.


Belge jusqu'au chagrin, le Flamand Hugo Claus fait un spectaculaire retour en force sur les scènes francophones depuis deux ans. Sous le regard d'Alexis Goslain, Olivier Massart sera l'interprète de «Gilles ou la nuit», adaptation par Jean-Claude Carrière d'un texte sulfureux sur la sinistre figure de Gilles de Rais, créé en 1988 à la Monnaie par Jan Decleir.
Belge d'adoption, Eric-Emmanuel Schmitt apparaît deux fois à l'affiche. Créé au Festival de Spa il y a quelques semaines, son «Visiteur» nous revient dans une nouvelle mise en scène de Gildas Bourdet et une interprétation impeccable d'Alexandre von Sivers et Benoît Verhaert. La reprise de «Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran» permettra à un plus large public de découvrir ce très beau «seul en scène» de Michel Kacenelenbogen.


Ce dernier mettra en scène trois spectacles cette saison. Il puisera dans les souvenirs de son grand-père tailleur pour «L'Atelier» de Jean-Claude Grumberg, l'annuelle coproduction avec le Théâtre de l'Eveil. Il dirigera ensuite Magali Pinglaut dans le monologue «Bord de mer» d'après le superbe roman de Véronique Olmi. Revenant à Ingmar Bergman, il a choisi Alain Leempoel et Muriel Jacobs pour plonger dans la psychologie du couple autopsiée dans «Scènes de la vie conjugale». Du couple il en est encore question dans «Trahisons» de Pinter que met en scène Luc Fonteyn.
Des voyages
Les classiques ne sont pas oubliés. Nathalie Mauger - qui signa naguère le tout premier spectacle du Public - présente «André del Sarto», une oeuvre moins connue d'Alfred de Musset. La figure de ce peintre, grand représentant du classicisme florentin de la haute Renaissance, y est le prétexte à une réflexion sur le statut de l'art et sur la perte de soi. Comme plusieurs autres, ce spectacle est coproduit par le Théâtre de la Place et le Théâtre de Namur et se donnera dans la nouvelle salle de Wolubilis.


Il ouvre sur des prolongements internationaux, la Comédie de Saint-Etienne entrant également dans le montage. C'est tout le sens de l'axe de collaboration entre le Public et Namur qui génère pas moins de huit projets communs. On y trouve notamment «Le Voyage à La Haye» de Jean-Luc Lagarce (1957-1995), récit testamentaire sur une vie de théâtre, interprété par Frédéric Dussenne. Mais aussi des accueils de prestige de l'étranger comme «La Dispute» de Marivaux par Marc Paquien, «El Don Juan» de Tirso de Molina mis en scène par Omar Porras ou le «Cirque invisible» de Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thierrée.
Patricia Ide et Michel Kacenelenbogen aiment aussi donner une visibilité à des spectacles qu'ils ont vus et aimés. Les spectateurs pourront ainsi partager leurs coups de coeur pour «La Princesse Maleine» de Maeterlinck mise en scène par Jasmina Douieb, «L'un et l'autre», comédie surréaliste d'Olivier Thomas, ou «Bruits et autres textes» de Karl Valentin par le Théâtre
d'Haïti. Quand abondance rime avec générosité...
Théâtre le Public, 64-70 rue Braemt, 1210 Bruxelles. Tél. 0800.944.44.
Web
www.theatrelepublic.be.
© La Libre Belgique 2006