Au début du mois dernier, une jeune femme a découpé en morceaux son petit ami. Bouclée par la Police nationale d'Haïti, elle passe aux aveux. Elle raconte avec sang-froid et sans remord tous les détails de ce meurtre prémédité sous les feux des caméras de certaines chaînes de télévision de la capitale qui, elles, ont choisi de diffuser les images au cours de leurs émissions de nouvelles.
Rien de grave dans une République où des chaînes de télévision par ondes peuvent s'enorgueillir de tout diffuser sans traitement préalable : « Gade'l jan'l ye », « Tande ak wè se de ». Les associations de défense des droits de la femme se sont tues estimant qu'elles n'ont pas à défendre le droit à la vie puisqu'il ne s'agit pas de réclamer la tête d'un agresseur mâle. Les associations de droits humains, pour leur part, encore initiées à la lecture des faits et actes qui constituent des atteintes graves à la santé mentale des populations, n'ont, par conséquent, rien pipé.

Le week-end dernier, la Police nationale d'Haïti a mis la main au collet d'un des présumés kidnappeurs/assassins de la jeune Natacha Farah Kerbie Dessources, le dénommé Pierre Léger. Exactement le même scénario, puisque les chaînes de télévision réinventent la roue des sciences de la communication et permettent à la population de « Tande ak wè se de » de « Gade'l jan'l ye ». Le présumé assassin Léger, dans un langage qui blesse la pudeur, qui retourne le couteau dans la plaie des parents de Natacha, a largement expliqué le calvaire de la victime, un mélange d'orgies et d'atrocités. Un mélange d'orgies, d'atrocités, de barbarie diffusé à grande échelle sans aucun commentaire réprobateur d'une quelconque personnalité morale de la société !

Les sciences de la communication se retrouvent au carrefour de la psychologie, de la sociologie, de la linguistique... et - à travers les moyens de communication de masse - (suppléent et même) se substituent à certaines structures cognitives de la société. Voilà pourquoi, dans toutes les sociétés civilisées, l'Etat, à travers un système communicationnel bien établi, légalement constitué, gère les ondes publiques, l'audiovisuel, avec rigueur, sérieux et responsabilité. Que l'Etat soit interventionniste ou abstentionniste, il reste le régulateur du système, gérant dans l'intérêt national ce patrimoine commun que constituent les ondes publiques.
Peut-on désormais mesurer avec exactitude les effets pervers de ces «shows» malsains, «criminogènes» sur la santé mentale des enfants, des jeunes du pays ?
Faut-il que les psychosociologues, les spécialistes en communication assistent impuissants à ces dérives, à ces déraisons des médias ?
A quoi sert l'Université, particulièrement la faculté des Sciences humaines, si elle ne peut conduire des recherches appliquées pour orienter, dans le bon sens, la société ?
Y a-t-il un ministère chargé de gérer le secteur «Communication» du pays ?
Source: Le Nouvelliste