Paru sur Haitiwebs le 21 juin 2007; titre: La tragédie de Adeline Laborde Toussaint
Il n'y a que Dieu et les imbéciles qui ne changent pas, entend-on souvent dire quand il faut mettre quelqu'un en face d'un reniement. Cependant, aussi juste que puisse être cette réponse, peut-elle ou devrait-elle s'appliquer à un médecin, spécialiste de son Etat, responsable d'une rubrique sur la santé dans l'un des deux seuls quotidiens du pays, en faisant référence à un article qu'il a publié ?
S'il est vrai qu'une autre Haïti est possible, il est à se demander combien de temps mettra-t-elle pour voir le jour, avec de tels comportements de la part de ses élites ? Ceci dit, nous invitons les lecteurs à visiter avec nous deux articles du Dr Philippe Desmangles parus dans les éditions successives du Nouvelliste des lundis 18 et 25 juin 2004.
A quand l'Ordre des médecins ?
Dans le Nouvelliste du lundi 18 Juin 2007, réagissant sur ce qu'il appelle l'affaire MEDIMAX, Dr Philippe Desmangles après avoir souligné « l'application que les journalistes prenaient à bien nommer les médecins impliqués » fit la remarque suivante : « il fut un temps on aurait simplement dit d'un médecin de la place, et le nom du centre hospitalier occulté. Il y a donc un changement des mentalités et j'invite tous mes confères à y penser (sic). » Il ajoute : « Les temps sont donc révolus où le médecin était considéré comme une sorte de Dieu qui pouvait se permettre toute sorte de liberté avec la santé de son patient (sic). »

Continuant sur la même lancée, il note au passage que les relations malade-médecin doivent changer, en précisant : « en fin de compte, le problème de l'affaire MEDIMAX se résume à cela et c'est le premier grief que dénoncent les parents du malade : les médecins ne parlaient pas. (sic) », Dr Desmangles termine son texte en se demandant : « Que conclure ? A quand l'Ordre des Médecins ? (sic) ».
En lisant cet article du Dr Desmangles sur l'affaire MEDIMAX on est porté à comprendre :
1. Que la presse a bien fait son travail pour avoir fait preuve de transparence, et pour avoir assumé le droit du public à l'information, car pour répéter l'auteur de l'article, il fut un temps où la presse n'aurait pas osé nommer les médecins quoique impliqués dans le dossier, encore moins citer le nom du centre hospitalier. N'est-ce pas Dr Desmangles ?
2. Que faute de pouvoir arriver à des conclusions certaines, il fallait admettre qu'il était temps d'avoir en Haïti un Ordre des Médecins. Nous nous permettons de supposer que c'est afin d'éviter la répétition des situations qui ont prévalu dans l'affaire MEDIMAX que l'auteur a fait un tel souhait.
Alors là! nous nous sommes trompés de la manière la plus grossière
« Haro sur les médecins »
Il fallait attendre la parution du prochain article du Dr Desmangles dans l'édition du 25 juin dans la même rubrique Santé / Mon Dit, sous le titre : ''Haro sur les médecins'' pour se rendre compte que Dr Desmangles n'avait aucun respect pour ses lecteurs, et avec quelle désinvolture il pouvait défendre une chose et son contraire. Dans ce deuxième article, il reproche à la journaliste d'avoir pris parti pour le droit du public à l'information, d'avoir cru avec raison que le temps où le médecin était considéré comme une sorte de Dieu était révolu, qu'elle pouvait choisir de ne pas occulter le nom d'un centre hospitalier qui a vu mourir une femme enceinte, dans des conditions qui ont porté le ministère de la Santé publique à diligenter une enquête.
Le thermomètre ne fait pas monter la fièvre

Venons-en à ce deuxième article. Nous allons nous tenir à l'affaire MEDIMAX pour éviter de faire comme Dr Desmangles, un amalgame entre d'une part un dossier qui met en question la manière dont certains médecins haïtiens exercent leur profession en Haïti et le mode de fonctionnement de certains de nos centre hospitaliers pourvoyeurs de services et de soins de santé au système national d'assurance des agents de la Fonction Publique qui ont donné lieu au décès d'une femme enceinte de sept (7) mois et hospitalisée, d'autre part le fait qu'une journaliste ait rendu publique les résultats d'une étude faite par le Département de santé internationale (DSI) de l'Université de Montréal sur la qualité de la formation dispensée par la Faculté de médecine. Etude commanditée par le Rectorat de l'Université d'Etat d'Haïti. S'agissant de la divulgation de ce rapport, Dr Desmangles estime que la presse a étalé son ombre fétide sur la faculté. Puis sa monture s'emballe, se rue dans les brancards et il ne peut s'empêcher de parler de vendetta. La boucle est bouclée. Caveant consules, dirait l'autre. On se croirait en présence d'un texte d'une autre époque, d'un passé révolu, où il fallait accuser la presse de rage afin de pouvoir la museler ou tout simplement la réduire au silence. Dieu merci! il l'a écrit lui-même une semaine plus tôt : « les temps ont changé ». Pourquoi en vouloir à la presse ? Ce n'est pas le thermomètre qui fait monter la fièvre. N'est-ce pas vrai Dr Desmangles ?

Cette entrée en matière donne le ton et permet au lecteur de voir venir la suite. Dans le deuxième paragraphe il poursuit : « si le leitmotiv qui revient sans cesse est la formation de l'Ordre des Médecins, un comité d'éthique pour journaliste ne serait pas un luxe ». N'est-ce pas Dr Desmangles qui souhaitait l'existence en Haïti d'un Ordre des médecins ? Il serait tout à fait recommandé que toutes les professions disposent d'un comité d'éthique ou d'une instance de contrôle qui puisse rappeler à l'ordre ceux qui se croient être des dieux, comme il l'avait si bien dit, et ceux qui pensent n'avoir de compte à rendre à personne, quelle que soit leur profession.
Le plaisir de faire mal
Dr Desmangles, à lire votre deuxième article, on est à se demander si vous aviez pris connaissance de celui du 18 juin 2007 paru dans le même journal avec votre nom écrit en fin de texte ? La lecture de « Haro sur les médecins »( 25 juin 2007) nous porte à nous demander quelle mouche a dû vous piquer ? Qu'est ce qui a pu motiver une telle abjuration de votre part ? Laissons aux lecteurs le soin de s'en rendre compte d'eux-mêmes.

En effet, pour ceux qui ont lu l'article du 18 juin 2007 (l'Affaire MEDIMAX), Dr Desmangles, semble une semaine plus tard, avoir une toute autre lecture des faits, qui cette fois-ci, le porte à défendre « une jeune consoeur médecin diplômée et spécialiste dans trois (3) mois » sic. C'est son droit. Mais il y a une manière de le faire. Quand il écrit : « ce n'est pas une étudiante comme veulent le faire croire les justiciers de la presse... (sic)», Dr Desmangles est définitivement méchant. La confirmation de cette précision sur le statut du Dr Plancher vient du ministre de la Santé publique lui-même qui a publiquement déclaré qu'il s'agissait d'une étudiante et qu'à ce titre, elle n'avait pas qualité pour prendre charge de la patiente. Vous ne le saviez sûrement pas. N'est ce pas Dr Desmangles ?

Pour ce qui est du 3e paragraphe, cela devient pitoyable. C'est à ne rien comprendre. Avec ce deuxième article, Dr Desmangles veut nous faire savoir que ce n'est pas demain la veille du jour où un médecin haïtien pourra avoir assez de courage pour traiter publiquement, de façon objective, désintéressée et en toute indépendance d'esprit un dossier qui risque d'épingler un ou des confrères au passage, surtout quand il s'agit d'un plaidoyer pour le droit à la vie, pour le respect du droit des patients, pour un minimum d'éthique de la part de professionnels qui se croient tout permis au nom de l'absence d'une instance de contrôle et de la fameuse loi du silence.

Sinon, comment comprendre que Dr Desmangles puisse inviter ses lecteurs, à la fin de l'article, à aller se faire traiter à une station de radio sous le fallacieux prétexte que celle-ci pouvait « faire croire à tout moribond à l'article de la mort que sa guérison est proche ». N'est-ce pas vous, Dr Desmangles qui, dans l'article du 18 juin titré « l'affaire Medimax », avait écrit : « Les parents se sont trouvés devant un mur et le manque de disponibilité qu'ils dénoncent fut d'autant plus cruel (sic) » ?
Dites-nous, Dr Desmangles, ce qui vous est arrivé entre ces deux articles ? Est-ce tout simplement du sadisme, en admettant que vous avez agi pour le plaisir de faire mal, ou le comportement d'un franc-tireur motivé par des raisons on ne peut plus fétides, pour employer un terme cher à vous ?
Marc-André M. Boussiquot
Enseignant et traducteur
Routes de Frères, frères 32 # 21