Une refonte du cadre institutionnel de gestion de la migration de main-d'oeuvre est envisagée par le groupe interministériel et intersectoriel qui a planché sur cette question. Certaines recommandations sont plus audacieuses. Il est même proposé que les dossiers de la migration de main-d'oeuvre et de la migration en général soient confiés à un ministère des Affaires insulaires et migratoires qui remplacerait l'actuel ministère des Haïtiens vivant à l'étranger (MHAVE).
Malgré les appels incessants des autorités haïtiennes concernées par la question de la migration incontrôlée de la main-d'oeuvre en Haïti, aucune structure étatique n'arrive à endiguer le flux migratoire. Au début du mois de juillet, 121 voyageurs clandestins venus de Punta Maisi, un camp de la province de Guantanamo, ont été rapatriés. Parmi ces forcenés du destin, des adolescents entre 15 et 17 ans ont fait le périlleux voyage. En majorité, ils sont originaires du département du Nord-Ouest.
Au centre d'hébergement de Lilavois où ces rapatriés ont été accueillis, certains enfants racontent qu'ils ont été poussés par leurs parents. C'est le cas d'un jeune Tortugais de 17 ans et d'une adolescente de 16 ans qui se sont amourachés à Punta Maisi. D'aucuns se demandent si c'est la condition socio-économique qui affecte le Nord-Ouest qui a rendu ces parents outrageusement démissionnaires.
Les enfants disent qu'ils prennent la mer pour aller chercher du travail afin d'aider leurs parents. Tous viennent de familles nombreuses. Le père du jeune Tortugais a 18 enfants (de mères différentes) et celui de la Port-de-Paisienne en a 15.
Recommandations
Un rapport préparé en septembre 2006 par le groupe interministériel et intersectoriel pour le renforcement des capacités de gestion de la migration de la main-d'oeuvre souligne que l'émigration continuera et augmentera en raison des différences d'opportunités d'emploi et des standards de vie entre les pays. Elle s'accélèrera en raison de la croissance au niveau de l'éducation et du plus grand accès à l'information sur les conditions de vie et les opportunités d'emploi à l'étranger. Ajoutez à cela, la migration est faacilitée par des réseaux établis entre les pays, et qui sont liés à la famille, à la culture et à l'histoire.
Les causes et facteurs qui poussent les migrants à émigrer, poursuit le rapport, sont d'ordre démographique, géopolitique et économique. Ils sont aussi politique, écologique et naturel.

Un ensemble de recommandations ont été faites dans ce rapport. L'objectif d'ensemble est ainsi formulé : « Etant donné ces conditions générales de la migration de main-d'oeuvre, le premier objectif que doit se fixer l'Etat haïtien est de se construire les moyens et capacités pour mettre en oeuvre - négocier avec ses partenaires, pour ce qui dépend d'eux - une politique qui puisse aboutir : à la régulation des flux migratoires à partir d'Haïti ; à la facilitation de la main-d'oeuvre temporaire et circulaire, qui répond à l'offre et la demande de maind'oeuvre dans la région ; à l'encouragement de la rétention et du retour temporaire des professionnels ; à la régularisation, en tout ou en partie, de ceux des migrants haïtiens déjà installés dans les pays récepteurs, après y être entrés de façon irrégulière ; à la protection des droits et intérêts des migrants, et à une gestion responsable, respectueuse des droits des personnes, des retours au pays et des rapatriements. »

Dans le cadre des recommandations, le rapport mentionne des objectifs spécifiques. Par exemple, « Une refonte du cadre institutionnel de gestion de la migration de main-d'oeuvre.
A court terme, l'actuel Office national de la migration (ONM) se voit institutionnellement renforcé, tout en demeurant sous la tutelle du ministère des Affaires sociales, mais investi de certaines des attributions aujourd'hui prises en main par le ministère de l'Intérieur, notamment la Direction de l'immigration et de l'émigration. L'ONM dans cette optique, se verrait incorporer une direction ou un service de la migration de main-d'oeuvre.
A moyen et long terme, que soit institué, comme une structure techniquement déconcentrée du ministère de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales, une Direction générale de la migration (DGM). Les attributions d'ensemble de cette DGM sont définies dans les matériaux pour l'élaboration d'un avant-projet de loi qui figure en annexe du présent document. Il convient de souligner là aussi qu'une des composantes serait une direction de la migration de main-d'oeuvre.

Une autre option, plus radicale et audacieuse, mais peut-être également plus rigoureuse, serait que l'ensemble des fonctions ayant à voir avec le dossier de la migration de main-d'oeuvre et de la migration en général, soit confié à un ministère des Affaires insulaires et migratoires, qui remplacerait l'actuel ministère des Haïtiens vivant à l'étranger (MHAVE) et à qui reviendrait aussi - en ce qui concerne la République dominicaine - quelques-unes des actuelles attributions du ministère des Affaires étrangères. Une variante de cette option serait que soit instituée, toujours en lieu et place du MHAVE, une secrétairerie d'Etat des Affaires insulaires et Migratoires. »
Source: Le Nouvelliste