À Port-au-Prince comme en province, les studios de beauté et les salons de coiffure prolifèrent. Mais bon nombre d'esthéticiennes et de coiffeuses parviennent difficilement à vivre de leur profession qui nécessite un investissement en temps et en argent parfois considérable.
Les femmes s'inquiètent généralement de leur apparence et vont souvent au studio pour une nouvelle coupe de cheveux, un lavage, une manucure, un facial… ou tout simplement pour le plaisir de se faire belles. Cette préoccupation fait l'affaire des propriétaires des nombreux salons de coiffure et studios de beauté qui pullulent à Port-au-Prince. Pendant les périodes de festivals, de remise de diplômes et les fêtes de fin d'année qui voient traditionnellement nombre de jeunes fiancés se marier, coiffeuses et esthéticiennes en profitent pour se refaire « une beauté économique ».

Fait peu étonnant, les appellations de leurs établissements ont souvent rapport avec la beauté : Belle créole, Femme chic, studio Danse beauté, Baccara studio de beauté, etc. D'autres portent tout simplement le nom de leur propriétaire, comme Rebecca, Mondy, Maggy, nom inscrit sur un fond de dessin représentant une tête de femme bien coiffée. À l'intérieur, de très grands miroirs, des séchoirs de toutes sortes, des fers à lisser, des vitrines montrant des produits cosmétiques confirment la vocation de ces lieux.

Si les studios sont généralement peu fréquentés la semaine, les week-ends et les périodes de fête transforment ces petits coins douillets en véritables moulins. « Dans moins d'une heure, je dois exécuter une partie dans un concert, s'exclame une jeune femme en entrant en coup de vent à « La Perle Rare », un salon de coiffure de la capitale. J'ai peur d'être en retard.» Les esthéticiennes occupées avec d'autres clientes l'ignorent superbement. La jeune dame s'assoit et attend, impatiente.

Ces petites entreprises, qui ont pour mérite de créer des emplois pour des centaines de jeunes, nécessitent toutefois de gros investissements, réalisés souvent par des Haïtiens de la diaspora. Avec le prix élevé de l'ameublement, des accessoires et des produits cosmétiques, sans parler de la location de l'espace commercial et du coût du personnel d'entretien, les propriétaires ont besoin en moyenne d'au moins 250 000 gourdes pour se lancer en affaires. Certains sont parfois même obligés de s'associer pour avoir pignon sur rue. Les tarifs, évidemment, varient en fonction de la qualité des prestations offertes par les esthéticiennes et les coiffeuses, de la complexité des services demandés et de la réputation de l'établissement. La paie, elle, est à l'avenant. Certains propriétaires paient par quinzaine ou à la fin du mois. D'autres rémunèrent leurs employés en fonction du nombre de clients reçus. Ce dernier mode de paiement est moins avantageux car, en l'absence de clients, le professionnel ne reçoit rien.

« En semaine, il n'y pas grandchose, à part quelques rares personnes qui viennent sur rendezvous, contrairement aux weekends et aux périodes de fête, se plaint une jeune esthéticienne. C'est un chômage déguisé pour quelqu'un comme moi qui ai des obligations. »
Les studios ambulants
Mais plusieurs professionnelles, qu'elles soient esthéticiennes ou coiffeuses, préfèrent oeuvrer à leur propre compte. En toute indépendance, elles offrent leurs services à domicile. Sur recommandation, des clients les appellent ou passent les voir pour une réservation. Certaines pratiquent même le porte-à-porte, sillonnant les marchés de la capitale, affublées de leur kit. On les voit quotidiennement travailler en plein marché, certaines remettant même leur carte de visite à la fin de leur prestation.
« Je n'ai pas besoin d'un studio pour travailler, se réjouit une esthéticienne en train de s'occuper des cheveux d'un client en plein milieu du marché Hyppolite. D'ailleurs, je gagne mieux ma vie en travaillant dans les rues plutôt qu'en studio. » L'air satisfaite, elle dit néanmoins caresser l'idée d'ouvrir un jour son propre salon.
En fait, ces spécialistes en matière de beauté sont disponibles partout où on trouve les clients capables de payer leurs services. Que ce soit dans un studio, en plein marché ou dans une maison privée, ces femmes vaillantes n'ont pas de frontière.
Source: Le Matin