La violence sexuelle s'affirme comme un facteur de taille dans la propagation du sida. Nourrie par les croyances populaires qui veulent, dans certains pays, que des relations sexuelles avec une vierge «vous lave» du sida, elle est aussi favorisée par les violences endémiques ou épisodiques, voire les conflits causés par les dérèglements sociopolitiques. Le phénomène est tel aujourd'hui, qu'il entrave les efforts accomplis dans la lutte contre le sida, dans les Caraïbes comme en Afrique.

«Le Kenya aurait pu faire mieux dans ses efforts si le viol n'était pas une pratique courante», regrette ainsi Mabel NGoe-Ule-Takona, membre d'Action Aid au Kenya, au sortir d'un débat organisé le 4 août dans le cadre de la XVIIe Conférence mondiale sur le sida. «Ceux qui pratiquent la violence sexuelle ou le viol tout court n'ont guère le souci de se protéger, a fortiori de protéger leurs victimes». Avec les violences nées des élections contestées en début d'année, la situation a empiré. Avec des pratiques si «écoeurantes que des médias kenyans ont convenu de la nécessité de réaliser des émissions de sensibilisation». Le retour à la paix a permis un meilleur contrôle de la situation, mais «elle varie d'une région à une autre», souligne Mabel NGoe-Ule-Takona.

En Haïti, on a aussi connu cette période sombre où le viol n'était même pas considéré comme crime. Il a fallu une mobilisation des organisations féminines pour introduire des changements fondamentaux dans certains textes de loi. Au niveau du centre Gheskio, une institution haïtienne, la prise en charge des femmes a permis de se rendre compte du niveau des urgences dans cette population. «On organise des cliniques mobiles pour atteindre les zones qui ne disposent pas d'un centre de dépistage et de traitement. On consent beaucoup d'effort pour atteindre les femmes enceintes. Mais la plupart, quand elles sont testées séropositives, refusent de se faire placer sous traitement», confie Rodney Destin, un médecin du centre.

Et pourtant Haïti a fait des progrès en matière de prise en charge des malades du sida, avec quelque 15 500 personnes sous Arv. Ce qui a récemment poussé le Fonds mondial à décaisser 89 millions de dollars pour assurer la continuité du Programme national de lutte qui a démarré en 2003. Selon le docteur Émile Hérard Charles, directeur exécutif de la Fondation Sogebank, principal gestionnaire des dons du Fonds mondial pour Haïti, ce nouveau don est dû à la gestion rationnelle des 101 millions 754 892 dollars déjà accordés.
Source: Le Nouvelliste