Sommet des Non-alignés à Cuba: 140 pays à la recherche d'un nouveau souffle contre Washington
Dimanche 10 septembre 2006, 08h01
Une cinquantaine de chefs d'Etat et de gouvernement, 3.000 délégués et 140 pays représentés: le 14e sommet du Mouvement des Non-alignés (MNA) cherchera à La Havane un nouveau souffle dans l'hostilité aux Etats-Unis, auprès d'un Fidel Castro convalescent mais décidé à asseoir le leadership cubain sur le mouvement.
Venus d'Asie, d'Afrique et d'Amérique latine, les héritiers de la conférence de Bandung de 1955 vont une nouvelle fois "plancher" sur les thèmes traditionnels du mouvement --pauvreté, développement et injustice-- tout en recherchant une difficile unité sur les questions brûlantes du jour: programme nucléaire iranien et situation au Moyen-Orient notamment.
Le sommet se déroulera dans une situation inédite à Cuba depuis l'avènement au pouvoir en 1959 de Fidel Castro: convalescent depuis son opération chirurgicale annoncée le 31 juillet, le chef de l'Etat a passé provisoirement les rênes à son frère Raul, numéro deux du régime.
Mais les frères Castro maintiennent l'incertitude sur leur participation au sommet et nul ne savait encore dimanche qui dirigera la délégation cubaine. Alors que Fidel a fait savoir qu'il était en état de "recevoir prochainement des hôtes distingués", Raul s'est contenté d'assurer que "le pays est prêt", tout en restant muet sur son rôle.
Le secrétaire général de l'Onu Kofi Annan, hôte traditionnel du sommet, viendra s'exprimer vendredi devant les chefs d'Etat et de gouvernement, qui devraient commencer à arriver jeudi, précédés de leurs ministres des Affaires étrangères et des hauts fonctionnaires, qui entameront leurs travaux dès lundi.
Après l'étape de La Havane, nombre de dignitaires enchaîneront sur New York pour l'Assemblée générale annuelle de l'Onu.
D'Asie sont notamment attendus les présidents Mahmoud Ahmadinejad d'Iran, Bachar Al-Assad de Syrie, Pervez Musharraf du Pakistan, ainsi que le Premier ministre indien Manmohan Singh.
D'Amérique latine, les deux ténors du courant "néo-castriste", Hugo Chavez pour le Venezuela et Evo Morales pour la Bolivie, fourniront un appui sans faille à la diplomatie cubaine, soucieuse de "revitaliser" le MNA.
Majoritaires parmi les 116 pays membres, les Africains seront représentés notamment par Abdelaziz Bouteflika pour l'Algérie et Thabo Mbeki pour l'Afrique du sud, tous deux proches de Fidel Castro.
Parmi les 24 pays observateurs, les Etats-Unis ont décidé cette fois d'ignorer une rencontre qu'ils savent d'avance dirigée contre eux.
Selon le projet de déclaration finale, dont l'AFP a pu se procurer un exemplaire, le sommet devrait ainsi dénoncer "l'unipolarisme et les visées de domination hégémonique dans les relations internationales", de même que "les modèles néolibéraux imposés dans le cadre de la mondialisation en cours".
Assuré du soutien cubain, l'Iran, de son côté, "va faire le forcing" pour faire avaliser sa thèse sur le caractère pacifique de son programme nucléaire et courtise déjà à cette fin plusieurs pays africains avant le passage du dossier au Conseil de sécurité, a-t-on indiqué de source diplomatique africaine.
Le Venezuela d'Hugo Chavez recherchera des soutiens pour tenter d'arracher une place de membre non permanent au Conseil de sécurité de l'Onu, tandis
qu'Haïti doit faire son entrée au MNA avec l'île caraïbe de Saint Kitts y Nevis, portant à 118 les pays membres.
Outre la rhétorique traditionnelle contre Washington, Cuba, qui prendra à cette occasion la tête du MNA pour trois ans --Fidel Castro l'avait déjà présidé de 1979 à 1992 après son 6e sommet de La Havane--, compte pour sa part proposer aux Non-alignés un programme d'action concrète dans les domaines de la santé, de l'éducation et de l'énergie.
Né de la conférence afro-asiatique de 1955 à Bandung, en Indonésie, le MNA avait été fondé à Belgrade en 1961, sous les auspices du maréchal Tito, de l'Indien Nehru et du président égyptien Nasser, afin d'ouvrir une "troisième voie" entre les deux blocs de la guerre froide.
Fidel Castro est le dernier survivant de cette génération.