Depuis son arrivée au poste de sélectionneur en septembre 2004, l'Argentin José Pekerman martèle son credo : consolider les fondations coulées par son populaire prédécesseur, Marcelo Bielsa. Pour ce faire, il a beaucoup travaillé, essayé nombre de dispositifs, nombre de joueurs, ce qui ne saurait occulter l'incertitude qui règne aujourd'hui dans le camp
albiceleste. Par moments, les doubles champions du monde proposent un jeu attractif, basé sur un large éventail de variantes et sur des qualités individuelles dans les duels. Mais à côté de cela, comme mercredi, lors de la défaite contre la Croatie, l'Argentine souffre d'un inquiétant manque de coordination entre les lignes et d'une flagrante fragilité défensive. Sans compter que les doublures ne semblent pas vraiment à la hauteur des titulaires.
A moins de cent jours du début de la Coupe du Monde de la FIFA,
FIFAworldcup.com dresse le bilan de santé d'une équipe amenée à tenir les premiers rôles en Allemagne mais toujours en quête d'identité.
Des chiffres qui font mal
Depuis son entrée en fonctions, Pekerman est confronté à l'irrégularité chronique de ses protégés. Aujourd'hui, l'Argentine est ainsi capable de s'imposer nettement face au Brésil, comme lors des éliminatoires, mais de s'incliner sans appel contre des adversaires moins cotés comme le Paraguay, l'Uruguay ou la Croatie. "Il vaut mieux que ce genre de choses arrivent maintenant plutôt que pendant la Coupe du Monde", tempère l'ancien gourou des sélections de jeunes. "Il ne faut pas tirer de conclusions", surenchérit Hernán Crespo. Peut-être, mais les chiffres sont là, sans concession : de juin 2005 à ce jour, l'Argentine a enregistré six victoires, deux nuls et... six défaites, qui ont toutes en commun d'avoir été concédées à l'extérieur.
Une défense friable
S'il y a eu embouteillage sur le seuil de l'infirmerie argentine ces derniers mois, il n'en a pas été de même aux portes du onze titulaire. Autrement dit : derrière les cadres, il n'y a pas grand monde. Le cas le plus flagrant est celui de Roberto Ayala, qui n'a pas de remplaçant naturel au poste de défenseur central. Illustration par les faits : lorsque Pekerman a sorti le Valencien en amical face à l'Angleterre, son équipe a concédé deux buts de la tête dans les dernières minutes de la rencontre. Mercredi, privée de son ancien capitaine, forfait sur blessure, la formation
albiceleste a semblé complètement perdue et extrêmement vulnérable, s'inclinant de nouveau sur un but de la tête.
Mais les soucis argentins ne se cantonnent pas au seul volet médical. Alors que l'on croyait le dossier "gardien" réglé il y a quelques mois, les récentes prestations de Roberto Abbondanzieri ont réveillé certains démons. Pour le journal
Olé, le portier de Boca Juniors "a commencé le match par une bourde qui a entraîné le premier but croate, avant de connaître plusieurs hésitations révélatrices d'un manque de confiance". "Il a douté sur chacune de ses sorties, parfois grossièrement", confirmait
Clarín.
Pour stigmatiser ces points noirs, les deux quotidiens ont réalisé des sondages sur leurs versions en ligne. Résultats : sur
Clarín, 82 % des 14 000 votants se disent préoccupés par le rendement actuel de l'équipe ; sur
Olé, 64 % des lecteurs estiment qu'Abbondanzieri n'a pas sa place dans les cages
albicelestes.
De l'espoir quand même
Cependant, il serait trop radical de jeter le bébé avec l'eau du bain. Et le bébé en l'occurrence, c'est Lionel Messi, 18 ans, qui s'est affirmé comme une réelle option offensive en l'espace de quelques mois. Face à la Croatie, le Barcelonais a confirmé qu'il pouvait, depuis son aile, combler les insuffisances physiques et le rendement aléatoire de Juan Román Riquelme. Pour ne rien gâcher,
la Pulga (la puce) a marqué son premier but avec les A, ce qui aura sûrement redonné un semblant de sourire aux supporters
En outre, Pekerman sera certainement satisfait et soulagé de voir plusieurs de ses "grands" blessés retrouver les terrains. C'est le cas de Javier Mascherano, sur le point de reprendre du service avec les Corinthians, de Gabriel Heinze, dont le retour avec Manchester United est prévu dans un mois, et de Roberto Ayala, prêt à renforcer l'arrière-garde de Valence. Le sélectionneur compte plus que jamais sur ces trois tauliers pour raviver la fibre guerrière nécessaire au compartiment défensif.
Enfin, les plus superstitieux sont convaincus que le manque de confiance affiché par certains est de bon augure pour le mois de juin. "Pour Corée/Japon, on était favoris et on sait tous ce qui s'est passé", tel est le leitmotiv martelé au sein du groupe argentin. Pour le moment en tout cas, le doute persiste et il ne reste plus que trois mois pour le dissiper.