La solution a la crise haitienne n'est pas militaire, mais economique.C'est le titre de l'article fleuve de "Haiti en Marche" dans la semaine du 11Juillet 2005. C'est une demarche tres habile de l'auteur pour expliquer sinon justifier ces kidnappings en serie qui deferlent sur Port-au-Prince.
Pendant que l'analyste traite de "mercenaires" les soldats, sous-officiers et officiers des Forces Armees d'Haiti, victimes des avatars d'un petit dictateur, il s'est montre d'une grande sensibilite et de comprehension envers ces enfants soldats de Cite-soleil et du Bel-Air.
Si l'auteur reconnait volontiers que la classe moyenne est totalement effacee et que l'elite est desemparee, il doit etre aussi en mesure de reconnaitre que le Mouvement Lavalas en est le principal responsable.
Pour votre edification, lisez "Le Mouvement Lavalas.-Sa philosophie" par Harry E. Jean-Philippe
Le Mouvement Lavalas.- Sa philosophie:
Essai d?analyse et d?appreciation
Harry E. Jean-Philippe
Celui qui s?apprete a etudier le Mouvement Lavalas rencontre un obstacle majeur. C?est la difficulte de le circonscrire, exactement. Plus que par une complexite de caractere ideologique et politique, il se signale par une diversite d?ordre phenomenologique, produit de l?extraordinaire variete d?organismes qui lui ont donne naissance: groupes spontanes, divers, comites de ?base?, comites de quartier, assemblees ecclesiales, cercles de nature et d?inspiration variees, mouvements locaux, mouvements regionaux ou nationaux ...
En fait, on se trouve en presence d?une floraison importante de libres associations, plus ou moins dissidentes, nees en general independamment l?une de l?autre, plus rapprochees par des exigences voisines ou convergentes que par un programme commun.



C?est la raison pour laquelle il m?est quasi-impossible de presenter Lavalas comme un mouvement politique ; il m?est beaucoup plus convenable de le designer comme une strategie electorale. En tant que telle, elle s?est revelee la meilleure parmi les differentes strategies mises en place a l?issue des elections generales de 1990. Car la Presidence, la majorite au Parlement et les mairies les plus importantes ont ete remportees par des candidats Lavalas. On peut alors avancer, sans crainte d?etre dementi, que Lavalas est dans son essence meme une strategie electorale utilisee avec succes par la Gauche haitienne pour acceder au Pouvoir. Ce fut, il est vrai, une belle victoire dont le sens et la portee ont ete amplement compris par la nation et le reste du monde.



Bien entendu, certains ont tente d?effacer d?une tour de main cette page combien emouvante de notre histoire contemporaine. Heureusement, cela ne dura que le temps d?un matin. La nation redressa bien vite la situation. La position determinante des Forces Armees d?Haiti favorable a l?option democratique sonna le glas pour les putschistes du Docteur Roger Lafontant; elle ouvrit, du meme coup, la voie au nouveau regime dument elu qui entra en fonction le 7 Fevrier 1991.
Qu?est-ce qui s?est passe depuis? Pourquoi nos enfants mal vetus et mal nourris ont-ils un serpent a la main alors qu?ils s?attendaient a recevoir du poisson? pourquoi nos femmes enceintes ont-elles une pierre dans la bouche alors qu?elles s?attendaient a recevoir du pain? Pourquoi nos ouvriers se sont-ils retrouves dans un chomage cuisant alors qu?ils s?attendaient a un mieux-etre? Pourquoi les negres d?Haiti comme des pigeons migrateurs doivent-ils s?en aller ailleurs?
Arretons-nous un peu et regardons combien et comment ils font leur chemin, les yeux grands ouverts, cherchant ce mirage que tout le monde appelle: le bonheur.
Pourquoi n?y a-t-il pas eu de Printemps? Pourquoi n?y a-t-il pas eu de beau temps? Pourquoi un Coup d?Etat? Pourquoi un embargo de deux ans contre le peuple mal-aime de l?hemisphere? Pourquoi un autre embargo plus severe contre ces pauvres et fiers negres d?Haiti? Pourquoi Governor?s Island? Pourquoi une seconde occupation d?Haiti? Pourquoi mettre sous tutelle la premiere Republique noire et independante du Nouveau Monde?
Les questions sont , helas, nombreuses. Ceux-la qui epousent le mode de pensee
metaphysique ne se donnent pas la peine de les poser. C?est Hegel, philosophe idealiste, objectif, qui nous dit que les metaphysiciens apprehendent les objets et les processus naturels dans leur isolement en dehors de la grande connexion d?ensemble. Pour eux, les choses et leurs reflets dans la pensee, les concepts sont des objets d?etudes isoles, a considerer l?un apres l?autre et l?un sans l?autre, fixes,rigides, donnes une fois pour toutes. Ils ne pensent que par anti-these sans moyen terme. Ils disent: oui, oui, non, non. Ce qui va au-dela ne vaut rien!... Le positif et le negatif s?excluent absolument; la cause et l?effet s?opposent de facon tout a fait rigide.Pour citer encore Hegel, les arbres les empechent de voir la foret.



Les questions sont-je le repete- nombreuses! L?admirateur du grand philosophe classique allemand acceptera volontiers que, dans la nature,les choses se passent, en derniere analyse, dialectiquement et non metaphysiquement.En consequence, il m?est impossible de donner une reponse unique a cette serie de questions. Toutefois, on peut dire qu?en general, une certaine critique de la societe haitienne, d?accentuation gauchiste, anti-imperialiste, opposee a la richesse apparue au grand jour au lendemain du 7 Fevrier 1986 a ete radicalisee par l?election du pretre Jean-Bertrand Aristide a la Presidence de la Republique.
Quels sont les grands courants d?idees qui ont servi de sources d?inspiration au pretre-president et au mouvement auquel il se rattache? Cette question est capitale pour qui veut comprendre et apporter une fin heureuse a la tragedie haitienne?
Il est dommage que cette question-la constitue le moindre des soucis de nos decideurs internationaux qui s?accrochent souvent a enfoncer leur solution dans un petit Etat libre et jaloux de son Independance vieille de 200 ans. Tant que nous nous refusons obstinement a comprendre la nature et le caractere de ce qui est communement appele ?Mouvement Lavalas? - et c?est contre cette comprehension que regimbent les lobbyistes et propagandistes - Haiti, mon ile cherie, ne pourra s?attendre qu?au pire.



Notre demarche consistera donc a penetrer la question pour en tirer les elements susceptibles de conduire a une meilleure approche de la problematique haitienne. Malgre les difficultes reelles existantes telle l?absence d?une elaboration theorique de Lavalas, la pauvrete de la bibliographie sur cet important et original phenomene politique local, nous tenterons quand meme une analyse - qui ne pretend pas nullement a l?exhaustivite - et une appreciation qui n?a pas la pretention d?etre definitive. Nous sommes parfaitement conscient de son caractere provisoire.Dans certains cas meme, nous savons combien nos affirmations sont precaires. Ce qui suit ne veut etre qu?une ebauche, une simple position critique qui n?a nullement l?intention d?apporter une conclusion a un debat qui restera probablement ouvert longtemps encore.




Tout d?abord, peut-on considerer ce qui est initialement une strategie electorale comme un mouvement politique obeissant a une philosophie clairement definie et partagee par les membres adherents? Aussi bizarre que cela puisse paraitre, la reponse est positive. Non seulement il est permis mais c?est encore un devoir d?en tirer toutes les consequences meme les plus hardies.



Il est indeniable que le President de la Republique, heureux de sa performance aux elections de 90, a ouvertement manifeste le vif desir de transformer l?Operation electorale en Organisation politique. Ce fut la, a mon humble avis, l?une des toutes premieres maladresses du Chef de l?Etat. Il a, en effet, pris des positions et pose des actes qui obeissent, de toute evidence, a une cetaine vision plus ou moins coherente des choses. En d?autres termes, une ideologie Lavalas faisait et continue a faire son petit bonhomme de chemin a travers la nation. C?est cette vision globale degagee dans les faits, gestes, discours et silences du President que nous nous proposons d?appeler communement ?philosophie Lavalas?.



Si le mouvement si divers, si multiforme ne se laisse pas circonscrire facilement, moins encore se laisse-t-il enfermer dans une vision globale. Il est donc imprudent de vouloir le faire entrer dans un cadre fixe qui, soumis aux faits, se revelerait trop etroit; il serait egalement imprudent de proceder a l?interieur de cette realite a des distinctions trop formelles parce qu?elles pourraient se trouver ici et la contredites par la realite.



La multiplicite des motifs, des themes et des objectifs qui lui sont propres revele une pluralite et, frequemment une variete de positions ideologiques contradictoires, qui ne peut etre ni ignoree, ni sous-estimee. Elle legitime l?hypothese selon laquelle ce qui est appele communement ?Mouvement Lavalas? ne serait pas un phenomene unique, mais une realite composite; un ensemble de dissidences tres variees, et n?ayant pas encore de base commune. Toutefois, nous croyons que la majorite , sinon la totalite de ces dissidences, peut facilement se reconnaitre a travers la philosophie Lavalas dont les valeurs constitutives sont : une contestation evidente de l?eglise catholique traditionnelle, un socialisme utopique, un nationalisme beat et un populisme demagogique.



Avant d?aller plus loin, peut-etre vaut-il la peine de preciser aux lecteurs qui pourraient se formaliser de certaines declarations que nous considerons un mouvement politique et non des personnes dont nous respectons les convictions.Nous desirons uniquement aider a la comprehension des problemes essentiels de l?homme haitien a l?aube du 21ieme siecle.
A-Contestation de l?eglise catholique traditionnelle
Ces dissidents - pretres ou laics - ont ete amenes, de tres tot, a reconsiderer avec un esprit critique le role de l?eglise dans la societe contemporaine et, en particulier, a reexaminer leur propre position a l?interieur de l?eglise, tout cela en effectuant un renversement radical des structures actuelles du pouvoir de la classe dominante, qu?elles soient politiques,economiques ou academiques.
Conscients de la difference radicale existant entre nature theologique et realite historique de l?eglise, ils ont considere l?institution ecclesiastique comme un organisme du Pouvoir, et donc par la force des choses, un instrument d?oppression.Ils ont ainsi ete tentes de reconnaitre l?impossibilite d?une renovation effective avant que l?eglise elle-meme ne soit liberee des liens instututionnels avec les structures temporelles.



Ils se sont donc mis a denoncer l?eglise catholique traditionnelle en soi, sa nature, la qualite de sa vie interieure, les rapports existant entre ses membres. Ils ont preconise un nouveau rapport entre le pretre et la communaute. La nouveaute du rapport consiste en ceci: le pretre n?est plus considere, et ne se considere plus, au premier chef, comme l?emanation de l?eveque dans la communaute qui lui est confiee mais il est considere, et il se considere lui-meme, avant tout, comme membre de la communaute et son porte-voix . Le pretre depend de sa communaute et non de l?eveque. Le rapport de dependance de l?eveque est remplace par la solidarite communautaire du pretre avec son peuple.



Une autre idee majeure de la contestation est la preeminence accordee au peuple de Dieu sur la constitution hierarchique de l?eglise et, en particulier l?episcopat. Cette priorite donnee au peuple de Dieu est consideree comme un veritable renversement ecclesiologique. C?est ce qu?a ecrit, en tout cas, E. Balducci qui a suivi l?evolution de la contestation dans l?eglise catholique italienne (Niente e finito, in testimonianze -nov-dec 1968).
Les laics ont un poids ecclesiologique, pour le moins , non inferieur a celui de la hierarchie. Pour ces chretiens issus de la contestation, le primat qui doit etre affirme n?est pas, avant tout, celui du Pontife Romain mais celui du peuple chretien.
Ils ont donc ouvertement pris parti pour la liberation de l?eglise. Ils ont nourri l?espoir ou le reve d?arriver, au nom de l?Evangile, a une liberation authentique du peuple de Dieu, a le degager de tous les lourds conditionnements, de quelque nature qu?ils soient, de la conjoncture economique a la sacralite, qui rendent impossible ou trop difficile la vie du ?peuple de Dieu?.
Le theme de la pauvrete de l?eglise est aussi un autre pivot non moins important de la contestation. En effet, l?eglise catholique traditionnelle a toujours ete sensible au theme de la pauvrete. Cependant, les chretiens de la contestation s?attendent a ce que l?eglise prononce aujourd?hui le ?malheur a vous, riches? simultanement au ?Bienheureux les pauvres? et avec une egale insistance.



Cela une fois etabli, ne nous arretons pas davantage sur cet aspect particulier de la philosophie Lavalas qui nous couta -du moins en partie- la destruction de l?ancienne cathedrale de Port-au-Prince, du quartier general des eveques catholiques d?Haiti et de la Nonciature Apostolique. Il a aussi quelque chose a voir avec les humiliations essuyees par un pretre zairois travaillant pour la Nonciature. La recherche systematique par une foule aguerrie, pendant 24 heures, de l?Archeveque de Port-au- Prince, Monseigneur Francois Wolf Ligonde, a travers les quatre coins de la capitale pour le punir pour ses declarations defavorables au President elu reste, sans conteste, un fait choquant pour les chretiens sensibles aux enseignements de l?eglise catholique traditionnelle.



L?on me permettra, enfin, de citer, sans ambages, ces paroles ecrites par A. Zavoli, l?animateur du Cercle Maritain de Rimini (Italie) dans un article paru dans le #104 de Testimonianze cite par G. Periconi: ? Je tiens a preciser que je me mefie et que nous nous defions des ?Theologies de la Revolution?... Je me refere a des exemples illustres (et louables pour le courage; mais pas moins inconvenants pour cela) comme celui de Freres du Monde qui, epoussetant de nouveau un integrisme qu?ils croyaient mort et enterre s?essoufflent a tirer la Revolution de l?Evangile, et rendent ainsi un mauvais service tant a la Revolution qu?a l?Evangile?.
B-Socialisme utopique
Les philosophes des Lumieres dans la France du XVIII ieme siecle sont consideres, a juste titre, comme les vrais fondateurs du socialisme moderne ou scientifique. Ils furent, en effet, les premiers a concevoir et a propager l?idee selon laquelle la raison pensante doit etre la seule et unique mesure a appliquer a toutes choses. Grace a leur genie, religion, conception de la nature, societe, organisation de l?Etat, tout fut soumis a la critique la plus impitoyable. Faire table rase du passe pour etablir le regne de la verite et de la justice eternelles devient alors une noble cause. L?Egalite fondee sur la nature et les droits inalienables de l?homme constitue leur cheval de bataille.
Pour les peuples d?Europe qui confronterent alors le feodalisme et autres conditions infra-humaines, l?etablissement d?un Etat raisonnable ou d?une societe raisonnable devint donc , a la lumiere de ces principes, une necessite. Mais Etat raisonnable! Societe raisonnable! Cela veut dire quoi?
Chacun le definit a sa facon en fonction de son entendement subjectif, de ses conditions de vie, du degre de ses connaissances et de la formation de sa pensee. Saint-Simon le definit de cette facon-ci; Robert Owen le definit de cette facon-la. Et Fourrier le definit encore de telle autre facon et ainsi de suite...Qu?il soit dit, en passant, que je ne connais pas un seul socialiste utopique qui soit parvenu, dans toute l?histoire des hommes, a faire le bonheur de son peuple.



La Revolution francaise de 1789, inspiree des principes des illustres philosophes en est la plus belle illustration en ce sens que la raison eternelle s?est rabattue a l?entendement idealise du citoyen de la classe moyenne dont son evolution faisait justement alors un bourgeois. ? Lorsque la Revolution francaise eut realise cette societe de raison et cet Etat de raison, dit Engels, les nouvelles institutions, si rationnelles qu?elles fussent par rapport aux conditions anterieures n?apparurent pas du tout comme absolument raisonnables. L?Etat de Raison avait fait complete faillite, le Contrat Social de Rousseau , poursuit Engels, avait trouve sa realisation dans l?ere de la Terreur, et pour y echapper, la bourgeoisie, qui avait perdu la foi dans sa propre capacite politique, s?etait refugiee d?abord dans la corruption du Directoire et finalement, sous la protection du despotisme napoleonien; la paix eternelle qui avait ete promise etait convertie en une guerre de conquetes sans fin ... bref, comparees aux pompeuses promesses des philosophes des Lumieres, les institutions sociales revelerent des caricatures amerement decevantes.



La critique a toujours ete le champ de predilection du socialisme qui a conquis le monde par la vertu de sa propre force. En effet, critiquer le mode de production capitaliste est aise; l?expliquer pour etre a meme d?apaiser les conflits suscites par les antagonismes sociaux, tel est le defi auquel font face les utopistes de tous les temps et de tous les pays. Il leur a ete plus facile de traiter le capitalisme de ?peche mortel?, responsable de toutes les plaies du monde. Ils l?ont purement et simplement rejete comme mauvais. ils se sont alors conscres a theoriser dans l?abstrait et a concevoir des projets qui conviennent tres peu au monde dans lequel nous vivons. A cet egard, l?annee 1989 a ete particulierement fatale pour ces systemes sociaux imaginaires qui sont tombes, un matin, comme des chateaux de cartes.



En effet, des evenements d?une importance capitale se sont produits a travers le monde depuis lors. La tombee du mur de Berlin ou la reunification de l?Allemagne, la destruction de l?empire sovietique, l?Independance politique des pays de l?Europe de l?Est, NAFTA, l?attaque terroriste sur le Pentagone, la reduction en cendres des tours jumelles, situees en plein coeur de la capitale economique du monde et la guerre americaine contre le Terrorisme constituent, parmi d?autres, le fondement d?un nouvel ordre mondial. Malheureusement, les yeux de la gauche haitienne sont restes hermetiquement clos a ces changements qui affectent la vie de tous les peuples de la terre.



Si la gauche haitienne s?est montree lamentablement depourvue de capacite politique, de sagacite, d?energie et de sens de la perspective historique, la gauche latino-americaine a, pour sa part, donne de nombreuses preuves de toutes ces qualites. La lecture du livre de Jorge G. Castaneda, actuel chancelier mexicain, ?Utopia desarmed: The Latin American Left after the Cold War? est tres edifiante.




Les gauchistes, dans la plupart des pays latino-americains, ont abandonne leur vieille chimere qui consistait a poursuivre vainement l?impossible. Ils ont renonce a la confrontation pour embrasser une politique de consensus. Eux qui, hier encore, voulaient etre des transformateurs de societe s?obstinent aujourd?hui a devenir des reformateurs. Ont-ils perdu le sens de leur engagement politique en adoptant une nouvelle methode, moins sanguinaire, plus pacifique, moins illusionnaire, plus pragmatique? En d?autres termes, ont-ils vendu leur ame en jetant leurs armes? C?est une erreur de le croire! Car ils n?ont pas cesse de poursuivre leur ideal de Justice sociale et de Democratie au nom des centaines de millions d?habitants qui ont droit a la vie et a l?esperance. Ils ont simplement liquide leur illusion qui consistait a detruire la societe existante pour la refaire; ils veulent maintenant reformer (ce qui est possible) au lieu de transformer (ce qui est hypothetique).



C?est Luis Ignacio Da Silva (Lula pour les intimes), figure charismatique du Parti Bresilien des Travailleurs, actuel President du Bresil qui trouva les mots justes pour decrire la nouvelle attitude de la gauche latino-americaine en disant: ? On n?a nullement besoin d?un pur socialisme pour avoir de quoi manger et un emploi?. Pour ma part, je me rejouis pleinement de ce virage qui constitue , a n?en point douter, un tournant decisif dans le devenir de ces peuples.



Mais revenons-en a la gauche haitienne! Ou en sont-ils, ces prophetes enthousiastes avant le Coup d?Etat du 30 Septembre 1991 et ces imposteurs interesses dans la debacle? En exil, dans leur egarement, ils ont passe le clair de leur temps a monnayer le lobbyisme et a bercer l?oiseau rapace pour reconquerir le Pouvoir ... Ils ont jete aux poubelles nos pages d?histoire les plus belles pour contempler -o ciel ! - un pouvoir temporel combien illusoire. Dans leur consternation, ces fils denatures de Charlemagne Peralte n?ont pas hesite a
murmurer dans leur mouchoir ces paroles :
?Armes jadis honnies,
aujourd?hui, vous etes benies;
Je vous en supplie .
On peut toujours arguer que Jean-Bertrand Aristide n?a pas eu le temps necessaire pour entreprendre quoi que ce soit avant le Coup d?Etat de 1991. Je suis pret a endorser cette anti-these dans la mesure ou l?on me dit combien de temps il faut a un utopiste pour batir son chateau de reve. En dernier lieu, ce ne fut pas par hasard que le PANPRA (Parti socialiste haitien) se garda de s?allier avec le Mouvement Lavalas, en 1990, alors qu?il le fit volontiers avec le MIDH (Extreme Droite) de l?economiste Marc Bazin. Il y eut, au moins, une raison a cela.



En depit de sa realite composite et, peut-etre a cause de sa realite composite, Lavalas representait et represente encore, pour un nombre important d?Haitiens quelque chose d?indefinissable qui inspire la peur ... D?ailleurs, Jean-Bertrand Aristide, bien elu en 90, n?a jamais hesite a mettre la legitimite constitutionnelle de son mandat au service de la peur pour intimider l?opposition . Mal elu en l?an 2000, il doit recourir a la violence et a la manipulation des foules pour son maintien au pouvoir. A Port-au-Prince, depuis quelque temps deja, c?est la Peur au Pouvoir; c?est la Peur qui s?installe dans les esprits et dans les rues. Evans Paul dit K-Plume, ancien maire elu de Port-au-Prince sous la banniere Lavalas, personnage digne de respect pour son courage, a eprouve , lui aussi, la peur des foules en colere descendant dans les rues avec des slogans hostiles a la bouche. Docteur Turneb Delpe, ancien Senateur elu, troisieme personnage d?une certaine trinite Lavalas a une certaine periode, pourrait en dire autant.



Les discours et silences du Chef de l?Etat, les actes de violence perpetres dans les rues a l?occasion des manifestations de soutien a son gouvernement, les actes d?intimidation contre des citoyens paisibles (parlementaires, juges, journalistes, hommes d?affaires, hommes politiques, etudiants, etc..), l?incendie criminel du local des partis de l?opposition et l?assassinat a la machette de Brignol Lindor, un jeune cadre de l?arriere-pays n?ont pas ete entrepris dans le cadre d?une campagne de promotion pour la Paix . Nul n?etait besoin d?etre clerc pour pressentir que l?on s?acheminait peu a peu vers quelque chose qui n?a rien a voir avec la Democratie telle que l?on connait dans les pays occidentaux .
C-Nationalisme beat
Qui ne les prendrait pas pour des nationalistes? Ils ont un repertoire si riche en vocabulaire quand il s?agit pour eux de denoncer les mefaits de l?Occupation de 1915, l?imperialisme americain ou la cruaute des classes possedantes considerees, a juste titre, comme enfants legitimes de l? Occupation de 1915. Du meme coup, on ne peut s?empecher de constater que le Mouvement Lavalas, retabli dans les circonstances que l?on sait, par le President Americain, Bill Clinton, est dans une certaine mesure enfant naturel de l?Occupation de 1994. Sont-ils encore des nationalistes? Je crois qu?ils le sont encore ... autant que les militaires et civils qui manifestaient une certaine bravade a defendre le pays contre une invasion etrangere en 94.



Il faut le reconnaitre : l?haitien est tres nationaliste s?il est vrai que le nationalisme est un sentiment de loyaute et de devouement a l?endroit du pays d?origine dont on exalte les valeurs. Cependant, je redoute ce nationalisme beat ou la realite la plus lamentable correspond a la phraseologie la plus grandiloquente. J? ai peur de ce nationalisme beat qui n?hesite pas a mettre en danger la souverainete de la nation. J?ai en horreur ce nationalisme beat qui n?eprouve aucun frisson quand nos maigres assettes sont devorees a belles dents par des etrangers qui n?ont ni part, ni droit, ni souvenir dans l?ile. J? ai en horreur ce nationalisme beat bien trop faible pour faire vibrer a l?unisson toute une communaute ou tous les coeurs battraient pour le salut commun, pour la grandeur de la patrie. J?ai en horreur ce nationalisme beat qui, comme l?eclair, illumine ce dont il detruit.
D-Populisme demagogique


Il faut leur reconnaitre un certain genie pour avoir exploite les faiblesses de nos masses et celles de nos elites. En effet, les masses ont toujours ete abandonnees par les couches dominantes qui n?ont manifeste aucun sens de responsabilite envers la communaute. Sous le drapeau, elles n?ont qu?une seule devise : faire encore et toujours le maximum d?argent possible. Elles n?ont pas supporte , de facon significative, les activites sportives, culturelles et academiques dans la communaute. Le foot-ball, par exemple, est livre a la bonne volonte de certains dirigeants de clubs qui se sont comportes, en bien des occasions, en de veritables mecenes. Il y a une carence enorme d?activites ou de jeux radiophoniques patronnes par le grand commerce. Il n?y a pas de fonds a caractere philanthropique alloues par le secteur prive pour l?education et la formation technique et professionnelle de la jeunesse. On n?entend pas souvent dans la presse locale des annonces publicitaires, a l?occasion des fetes nationales ou des jours feries, invitant les gagne-petits a se ravitailler en produits de premiere necessite a prix modere. On ne les voit pas, non plus , lancer et prendre part activement a des campagnes de motivation pour la renovation de l?environnement. La plupart des riches ne se donnent meme pas le souci de s?acquitter de leurs taxes. C?est vraiment une elite repugnante etalant une misere materielle et morale qui inspire pitie et mepris.



En outre, pendant la decade de 1984 a 1994, certains hommes de notre faune politique se sont reveles cruels, cyniques et faux. Il est si facile de leur jeter la pierre. D?ailleurs, pendant les trois premieres annees qui ont suivi le Coup d?Etat (92 a 94), la propagande opiniatre n?a laisse echapper la moindre occasion pour les pointer du doigt. Il arrivait, parfois, que cette machine formait, deformait et transformait la realite pour la rendre conforme aux besoins de ?la cause?. C?est le cas, a mon humble avis, des viols a motivation politique que l?on reportait, a grandes pompes, dans la presse nord-americaine. Quoi qu?il en soit, ces elites insensibles a la misere des masses auront pendant longtemps encore bien du mal a se presenter comme cadres de reference et d?inspiration aux jeunes de nos bidon-villes.



C?est justement parmi ces mases desheritees, illettrees, livrees a leur sort que nos demagogues allaient trouver le public le plus etendu et le plus attentif. Ils sont alles dans les pauvres quartiers des villes avec un programme fait de justice sociale aberrante et d?egalitarisme primitif. ils n?ont eprouve aucune difficulte a vendre leur projet parmi ces jeunes gens qui, une fois gagnes a leur cause, ne vont pas hesiter a executer leurs mots d?ordre destructeurs. Arrives au pouvoir, ils n?ont pu donner mieux a ces jeunes sinon une arme a feu et un poste
de militant-beton dans les rues ou ils sont utilises comme force de pressions contre tous et chacun selon les caprices de la conjoncture.
Je ne vais pas dresser la liste des maisons de commerce et autres etablissements qui perirent dans les flammes sous le gouvernement du premier President elu au suffrage universel direct de la Republique. L?on me permettra, toutefois, de mentionner ceci: moi aussi, je fremis un beau matin devant cette foule aguerrie qui s?avancait au rythme d?une musique endiablee pour incendier le local de la Centrale Autonome des Travailleurs Haitiens (C. A. T. H.) du syndicaliste, Jean - Auguste Mesyeux .
Peut-on se payer le luxe d?ignorer ou de sous-estimer ces ecarts inacceptables sinon impardonnables dans un contexte democratique? Je laisse le soin de repondre a la jeunesse vaillante et savante de mon pays, ultime espoir de ma terre natale.
Il est malheureux que des decideurs internationaux aient trop souvent tendance a poser la problematique haitienne avec une legerete deconcertante frisant meme la vulgarite. Ils n?ont pas pris le temps de s?interroger sur les causes profondes de l?echec du Mouvement Lavalas en Haiti. Il arrive fort souvent que le lobbyisme joue un role determinant dans l?orientation des grandes decisions relatives a ?ce singulier petit pays?. Toujours subjectif, cynique, avide d?une victoire simpliste, a la va vite, le lobbyisme se debarrasse trop facilement des armes de la dialectique pour recourir a la dialectique des armes . C?est dans ce contexte precis qu?il faut situer l?intervention americaine sous le couvert des Nations-Unies, en Haiti, en 1994.



Ce n?est pas le lobbyisme bien remunere qui renversera l?equation politique a l?honneur depuis 200 ans dans la societe haitienne. Dans la meilleure des hypotheses, il n?aura fait que renforcer l?image de marque d?un Jean - Bertrand Aristide a la fois dieu, messie, sauveur et prophete aupres de certains fanatiques . Mais le tissu social , politique, economique et ecologique d?Haiti en payera le prix ... aussi longtemps que s?avance cette machine infernale qui devore nos assettes a belles dents sous le rire moqueur et agacant du colon .



La verite:Le Mouvement Lavalas du pretre defroque qui domina la vie politique haitienne pendant les 14 dernieres annees n?a pas pu conduire la nation vers la Terre Promise. Enferme dans une megalomanie paralysante, le leader Lavalas se considere lui-meme comme la norme de toutes choses en Haiti . Il est aussi interessant de constater que Jean-Bertrand Aristide reste et demeure le chef inamovible du Parti sans aucune autre forme de debats, de considerations ou de circonstances. Il a du mal a identifier ses erreurs , les reconnaitre voire les corriger.




En fait, pendant toute sa carriere politique, il n?y a rien dans sa ligne d?action qui temoigne d?une evolution certaine de sa pensee. On ne voit pas refleter dans sa vie publique la maturite que l?on acquiert generalement au cours des ages . Les annees d?exil et les frottements avec les grands hommes d?Etats etrangers semblent n?avoir aucun impact important sur sa pensee : Aristide 90 et Aristide 2000 ressemblent l?un l?autre comme deux gouttes d?eau prouvant ainsi l?incapacite de l?homme de se surpasser lui-meme. S?il y a une evolution intellectuelle et mentale dans sa vie, elle est plutot lineaire, non verticale.



Qu?on le veuille ou non, le baron de Pretoria reste et demeure l?homme qui a laisse passer la chance ... le President des occasions manquees et des illusions perdues. L?atterrissage a Port-au-Prince d?un engin militaire americain avec , a son bord, le President elu, renverse et retabli par la force des armes, n?a pas eu la vertu de creer tel un coup de baguette magique un Etat de Droit a la place de l?Etat de Police qui a toujours prevalu dans notre societe.
Napoleon Bonaparte, grand stratege militaire francais, eut a dire : ? Dans la bataille entre l?Epee et l?Esprit, l? Esprit a toujours ete vainqueur?. A la lumiere de cette boutade, on savait que le Mouvement Lavalas allait echouer dans sa tentative opiniatre a reduire l?opposition au neant. Mieux : Aristide a du quitter le Pouvoir et le pays, le 29 fevrier 2004, a l?issue d?une insurrection populaire .
Les acteurs haitiens et etrangers , presents au Palais National et a Tabarre, dans la nuit du 28 au 29 Fevrier 2004 , ont tous le droit a leur propre version des faits . La question a savoir de quel cote est la verite semble trop ardue et de peu d?importance .
Mais l?on sait qu?en Janvier 1991, l?Armee d?Haiti et la nation ont fait reculer les putschistes de Roger Lafontant pour le plus grand bonheur du President elu, Jean-Bertrand Aristide qui prit officiellement fonction un mois plus tard . L?on sait aussi qu?en Fevrier 2004, des rebelles armes et la nation se sont retrouves encore une fois cote a cote pour chasser du Pouvoir ce meme Jean-Bertrand Aristide qui ne comptait alors que sur la violence, la propagande et le lobbyisme pour son maintien au Pouvoir.
Le palmares du Mouvement Lavalas est un des plus sombres qui renferme, entre autres le kidnapping, l?armement des enfants de rue (phenomenes nouveaux en Haiti) et deux (2) occupations militaires du pays .
Aujourd?hui , Haiti est encore sous les bottes etrangeres . Cette occupation de compassion nourrit de tres grandes ambitions. En 1915, les Americains debarquerent dans l?ile; ils y resterent pendant 20 longues annees sans rien accomplir qui fut a la mesure de leurs ambitions. En 1994, ils retournerent, sous le couvert des Nations-Unies, pour implanter, de facon irreversible, la Democratie en Haiti . Le resultat, on le sait, est une deception sans mesure .
Une troisieme experience est en cours . Elle donnera, a coup sur, les memes resultats pour les memes raisons . Car s?il est vrai que le style de commandement purement autoritaire des armees est indispensable pour remporter la victoire sur le champ de bataille , il ne saurait convenir a la mobilisation d?un peuple pour des realisations pacifiques.
Harry E. Jean-Philippe