La grande ouverture du Irie Lotus Center for the Arts a eu lieu le 25 août dernier avec la participation du chanteur-compositeur Bélo. Depuis, l?espace a accueilli d?autres artistes et groupes musicaux comme N?didgenous, le groupe cubain, Ledema et, le week-end dernier, James Germain, Boulo Valcourt et Azor. Nadège Tippenhauer et Grégory Vorbe vont nous éclairer pour en savoir davantage à propos de ce nouveau centre culturel.


Irie Lotus occupe un grand espace pouvant accueillir 200 personnes assises et un parc de stationne- ment capable d?accommoder 40 véhicules. En plus de la salle principale, il y a aussi divers coins intimes et une grande terrasse. Les couleurs prédominantes sont l?or et le roux. L?Irie Lotus Center for the Arts a été entièrement conçu et décoré par Nadège et Grégory avec le concours d?autres artistes comme Maritou, et la participation des membres de leurs familles. En fait, la maison dans laquelle est aménagé le centre appartient depuis long- temps à la famille Tippenhauer et date d?au moins une cinquantaine d?années.


Tout indique que l?endroit revêt une importance sentimentale pour les propriétaires. D?ailleurs, ils se sont servis de divers objets personnels pour la décoration et, de facon compréhensible, des tableaux de Grégory sont suspendus aux murs. Irie Lotus Center for the Arts reflète donc les personnalités respectives de ses créateurs. L?aménagement du centre qui a exigé deux mois de travail intense, a été accompli à partir d?idées accumulées durant plusieurs années. Nadège et Grégory reconnaissent l?énorme avantage de ne pas avoir à louer un local et aux dires de Nadège Tippenhauer, « yo pa p mete m deyò la a. »


Ainsi ancré dans leur nouvel espace, les deux artistes travaillent pour le développement du milieu culturel haïtien. Bien qu?ils aient commencé avec des spectacles, ils veulent souligner qu?Irie Lotus n?est pas uniquement destiné à être un bar ou une boîte de nuit. Leur vision est plus large. Nadège et Grégory veulent contribuer à la vie culturelle et artistique du pays. Ils entendent procurer aux artistes un espace où ceux-ci peuvent expérimenter et s?exprimer librement. Ils veulent encourager les artistes qui n?ont pas peur de sortir de l?ordinaire et de prendre des risques.
Pour faciliter la tâche à leurs confrè- res musiciens, Nadège et Gregory ont déjà un équipement musical assez élaboré sur place qui inclue un piano à queue et des percussions. La sonorisation également est déjà mise au point.
Au registre des activités prévus pour être offertes par le centre, ils annoncent une série de concerts de musique classique, des soirées de jazz, des ateliers de musique, des cours de tambour, des soirées de textes, des expositions de photos, un rap night, un camp d?été, des concours pour chercher et encou- rager de jeunes talents, des résiden- ces d?artistes? Quelques musi- ciens ont déjà promis leur présence prochaine : Émeline Michel, Joël Widmaier et Michaël Benjamin, pour ne citer que ceux-là.
Tippenhauer et Vorbe soulignent le fait qu?Irie Lotus est un espace multifonctionnel. Six chambres déjà aménagées en font une sorte de mini-hôtel. Ils pourront donc accueillir des colloques, des artistes en résidence, etc. Le centre culturel est aussi ouvert durant la journée pour constituer un point de rencontre où les gens peuvent se rencontrer, bavarder dans une ambiance artistique.
Un projet mûrement réfléchi

Irie Lotus Center for the Arts représente un investissement financier, artistique et personnel. Il faut donc qu?il soit également profitable. En fait, Tippenhauer et Vorbe, le noyau du groupe N?didgenous, espèrent gagner de l?argent avec le centre pour que leur musique puisse rester « pure ». Il y a ceux qui créent dans un but d?abord lucratif et, bien que N?didgenous ne leur adresse pas des critiques, ce n?est pas leur choix à eux. En même temps, ce n?est pas parce qu?ils sont des artistes qu?ils n?ont pas besoin d?argent. Irie Lotus est donc une façon pour eux de relever le défi de combiner l?art et l?entreprise. Il s?agit également de montrer aux gens que l?on peut travailler dans l?art. Tippenhaeur prend l?exemple Hollywoodien : là-bas, il n?y a pas que les acteurs. Il y a aussi les photographes, les agents, les secrétaires de presse, les ingénieurs en son et lumière, etc. L?art n?est pas nécessairement fantaisiste. C?est un boulot, selon Vorbe. On peut faire de l?argent dans le loisir, mais il faut que les gens soient capables de sortir après huit heures du soir.


Les co-propriétaires du Irie Lotus Center for the Arts sont conscients des difficultés représentées par les problèmes d?insécurité dans la zone métropolitaine, mais ils affirment qu?il faut se lancer pour obtenir des résultats. Le centre se trouve à Thomassin 25, en face du poste de police. Nadège et Grégory veulent aussi proposer un système de transport pour certaines des activités organisées par Irie Lotus Center. Ils entendent aller vers les gens pour réaliser ce qui est possible, pensant qu?il faut oser combattre certaines contingences pour avancer.
L?important pour eux est de gérer un projet dans le long terme. Vorbe et Tippenhauer veulent assurer une certaine continuité pour que, dans dix ans, quinze ans, Irie Lotus s'impose comme une présence incontournable dans la vie culturelle du pays. Pour ce faire, ils sont prêts à investir.
Prochainement, Nadège et Grégory comptent organiser une jour- née portes ouvertes pour présenter Irie Lotus Center for the Arts aux journalistes et au public en général. Ils espèrent pouvoir communiquer sous peu leur programmation pour les deux ou trois mois à venir.
Multiculturel
Le centre se veut aussi multiculturel. Il doit refléter les goûts et les personnalités de ceux qui l?ont créé. Ainsi, le titre Irie Lotus Center for the Arts fait référence à deux traditions distinctes. « Irie » est un mot jamaïcain, signifiant bonjour et suggérant l?énergie positive. C?est l?aspect vivant et gai du centre. Le lotus est une fleur qui s?épanouit dans l?eau stagnante et boueuse. Pour les créateurs du centre, elle symbolise Haïti. Mais c?est aussi la position traditionnelle du Bouddha, donc elle a aussi une signification orientale. Le nom reflète donc les parcours personnels de ses créateurs. Pour Nadège, il s?agit « d?accueillir des gens avec tout ce qu?on est, mais de façon professionnelle. »