Une rétrospective Jean-Michel Basquiat présentée à Milan
Milan
Une centaine de peintures et dessins de l'artiste américain Jean-Michel Basquiat, mort à 27 ans après avoir connu un succès foudroyant, sont exposés depuis mercredi à Milan dans la plus grande rétrospective jamais organisée en Europe sur l'oeuvre du peintre maudit.
«Basquiat a eu une carrière fulgurante, concentrée sur huit années, et il a laissé derrière lui une créativité à son sommet. C'était un affamé de la vie et des mots, la racine de son art pour lui qui était né artiste de la rue», a résumé Gianni Mercurio, conservateur de l'exposition, lors de son vernissage.
C'est en traînant sur les trottoirs de Manhattan que l'adolescent new-yorkais né en 1960 forge son talent, plaquant sur les murs ses graffitis et ses dessins tantôt subversifs, tantôt désespérés, mais déjà empreints d'un message politique, le tout dans un style très personnel qui ne tarde pas à attirer l'attention de critiques d'art et de galeristes.
La célébrité l'atteint très vite, il rencontre Andy Warhol et devient son meilleur ami, ses toiles s'arrachent, il est subitement riche, mais ses démons demeurent, amplifiés par la drogue dont il est de plus en plus dépendant. Il n'a même pas 28 ans lorsqu'il meurt d'une overdose en 1988.
«C'est drôle de parler d'art contemporain pour un artiste qui est mort il y a presque vingt ans, mais le fait est que Basquiat continue d'avoir une très grande influence sur l'art d'aujourd'hui», souligne Gianni Mercurio.
Pour le critique d'art Demetrio Paparoni, «l'art contemporain a trouvé son Van Gogh, Basquiat avait toutes les caractéristiques de l'artiste maudit, il est mort jeune et son art était extrêmement politisé, avec sa mise en avant de la négritude».
Le travail de Basquiat, né d'un père d'origine haïtienne et d'une mère portoricaine, est peuplé de visages d'hommes et de femmes d'origine africaine aux traits déformés, fendus d'un hurlement ou mangés par des yeux énormes et muets, qui semblent interroger sans fin le visiteur sur les tourments de l'identité noire.
Tout en utilisant des couleurs vives et gaies, l'artiste tord et torture ses sujets jusqu'à les faire ressembler à des planches d'anatomie, une source d'inspiration qu'il a découverte à l'âge de 8 ans dans un manuel que lui offre sa mère alors qu'il est hospitalisé après s'être fait renverser par une voiture.
Murs, toile, carton, mais aussi lattes de bois grossièrement agencées et parfois agrémentées de tiges de métal: tout ce qui tombe sous la main de Jean-Michel Basquiat est bon pour être recouvert de sa peinture nerveuse, de ses collages grattés, de ses mots sibyllins.
«Les visiteurs me disent tous qu'ils ont été touchées par une oeuvre en particulier dans l'exposition. Mais ce n'est jamais la même! Les contradictions apportées par Basquiat, et par-dessus tout sa mélancolie liée à ses manques existentiels, font de lui cet artiste aussi fascinant. On ressent la même chose en regardant ses oeuvres qu'en écoutant Kind of Blue de Miles Davis», confie à l'AFP Gianni Mercurio.
Au coeur de l'exposition, un autoportrait arrête le regard: celui d'un Jean-Michel Basquiat dont le corps est réduit à une courte silhouette sombre surmontée d'une tête ébouriffée de dreadlocks. Derrière lui, un tableau entièrement noir est accroché sur le mur.
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The Jean-Michel Basquiat Show, à la Triennale de Milan jusqu'au 28 janvier.