L'âme de Haïti vient réveiller Bruxelles
Depuis une décennie, Haïti s'approche du gouffre. L'ancienne perle des Caraïbes, usée par les dictatures, s'enferre dans une spirale de pauvreté et d'instabilité. Ce pays pelé, où les paysans ont de moins en moins de terres à cultiver, forme à nos yeux un bien triste paysage.
Mais cette situation difficile ne suffit pas à définir Haïti, qui est le lieu d'un étonnant phénomène : « La contradiction entre la misère humaine et la richesse culturelle », résume Anne Lescot. Son grand-père, Elie Lescot, a été président de Haïti entre 1941 et 1946. Aujourd'hui, elle dirige à Paris le Collectif 2004 Images, qui soutient la culture haïtienne. « Le pays ne vit plus, il survit. L'Etat n'existe plus, estime-t-elle. Pourtant, Haïti est le pays le plus créatif des Caraïbes. A Port-au-Prince, on peut enjamber un tas d'ordures puis, l'instant d'après, découvrir la fulgurante beauté d'un poète. Plus la misère est grande, plus on s'accroche à la création. »


De la lointaine Europe, on compte (vaguement) les morts haïtiens. Mais savez-vous combien d'auteurs sont bel et bien vivants ? Combien de cinéastes ? De peintres ? De sculpteurs ? « Regards sur Haïti », avec trente films, expos et concerts, s'impose comme une urgente séance de rattrapage, à l'Espace Senghor. Cette caravane affrétée par Anne Lescot veut dresser le portrait réaliste, mais pas misérabiliste, d'un pays en marge du monde. « On a de l'espoir quand même, conclut-elle. L'espoir qu'un jour, il y ait une vraie rencontre entre le désir du peuple et ceux qui le dirigent. » C'est un peu de l'âme de ce peuple qui vous attend à Bruxelles.
« Regards sur Haïti » (films, documentaires, expos et concerts), du 26 au 29 octobre, à l'Espace Senghor, 366 chaussée de Wavre, 1040 Bruxelles. 02-230.31.40.