L'Atelier Toto B qui regroupe une quinzaine de jeunes femmes autour du théâtre et de la musique a célébré le 1er novembre, jour des guédés. Elles ne sont pourtant ni pratiquantes, ni croyantes, ni initiées vaudoues.


Le rituel guédé, disent-elles, reflète le riche imaginaire et l'expression sensuelle du peuple haïtien. L'Atelier Toto B aborde la fête guédé dans un angle purement esthétique, artistique et social. Rester indifférent à cette belle tradition serait, pour la plupart de ces actrices, comme méconnaître les vraies matrices de la création artistique. " Nous pensons que le ministère de la Culture et de la Communication (MCC) devrait encourager le débat et favoriser une meilleure découverte du culte, de la mythologie et du folklore guédés au-delà des divergences religieuses. Nous déplorons aussi la profanation médiocre de ce rituel par les opérateurs culturels qui lui donnent l'allure du carnaval avec des DJ et des podiums publicitaires", affirme Dieuvela Etienne, directrice de l'Atelier.


Chaque 1er novembre, une foule de gens (touristes, résidents, chercheurs, étudiants) affluent au grand cimetière de Port-au-Prince dans la perspective d'assister à des exhibitions guédées qui se réduisent considérablement d'année en année. "Si maintenant, des groupes culturels veulent y intervenir pour la sauvegarde de cette tradition inscrite d'emblée dans notre patrimoine national, pour nous autres, il ne faudrait pas écarter le sacré qui fait toute sa force ; il faudrait de préférence penser à poser une alternative entre cérémonie et représentation mais toujours dans l'appareillage du sacré", ajoutent Manoucheca Kétan, Béatrice Calixte et Laure Abelard.


Par ailleurs, célébrer cette période, pour l'Atelier ToTo B, devient une occasion de protester contre le meurtre, la débauche sexuelle et la violence sous toutes ses formes. Car, dans ce monde, il n'y pas que les armes qui tuent ; il y a la faim, la crasse et l'exclusion qui conduisent, chaque année, des milliers d'anonymes au cimetière.
Dans les fêtes « gede », le sexe et la mort sont mis en évidence. Les femmes de l'Atelier Toto B en tirent la symbolique de la procréation et de l'anéantissement qui reviennent tout comme le jour et la nuit. C'est pour cela qu'elles ont dédié ce 1er novembre 2006 à la mémoire de tous les fils et filles de ce terroir qui ont péri sous les coups de la violence d'autrui, comme Ginoue Mondésir, ou encore de la violence naturelle comme les victimes du cyclone Jeanne.
Symbi Elo