Conference de l?île Maurice: L?esclavage, blessure fondatrice de notre identité Nationale
Le leader du MMM, Paul Bérenger, jette un faisceau de lumière sur une période unique et douloureuse de l?histoire de Maurice et de l?humanité, celle de l?esclavage. ?Il incombe à toutes les communautés de réfléchir sur les séquelles et sur le retard à rattraper par rapport à l?esclavage qui a prévalu jusqu?en 1839 à Maurice?, clame Paul Bérenger. Mais au terme esclavage il préfère apposer celui de l?engagement pour que, dit-il, ?lors de notre devoir de mémoire, nous puissions lire l?histoire d?une façon unitaire et constructive?.
Restituer ainsi le récit d?anciennes blessures identitaires fondatrices de notre nation. Ce passé esclavagiste et engagiste a été soulevé lors du quatrième volet de huit conférences publiques, avant-hier, à la salle des fêtes du Plaza devant un parterre soucieux de contribuer à la fonction thérapeutique de cicatrisation. L?intitulé en était ?L?abolition de l?esclavage : Haïti et l?Isle de France/Ile Maurice?. Pourquoi Haïti ?
Cet état des Grandes Antilles, anciennement Saint-Domingue, est devenu en 1804 la première nation noire indépendante. Et les autres colonies ont bénéficié de ces retombées. ?Haïti, dans l?histoire de l?humanité restera le premier pays au monde où l?esclavage a été aboli par la force des Noirs. La révolte à Saint-Domingue a été systématiquement secouée comme un épouvantail devant les yeux des propriétaires d?esclaves?, rappelle le conférencier.


Toussaint-Louverture, ancien esclave et fin stratège militaire est loin d?être étranger à cette révolte. Ce héros de l?indépendance d?Haïti sera désigné ?le premier grand leader anticolonialiste connu? par Aimé Césaire. Au temps de sa splendeur, Haïti est qualifié d??hercule colonial?. Il est le premier producteur mondial de café et produit, entre autres, le coton, l?indigo, le cacao et le sucre. En cette riche colonie connaît en 1789 une révolte d?esclaves brutalement réprimée. En novembre de cette même année, un certain Dubois, magistrat de Saint-Domingue fut jeté en prison pour avoir proclamé que ?l?esclavage est contraire à la loi naturelle?.


D?autres, avant lui, ont condamné la servitude d?êtres humains, notamment l?intendant Pierre Poivre qui en 1777 a prononcé un foudroyant réquisitoire contre l?esclavage. Bernardin de Saint-Pierre, dans son ?Voyage à l?Isle de France? prend aussi position contre. ?Ce qui ne l?empêchera pas, par ailleurs, de devenir propriétaire d?esclaves !? nous rappelle Paul Bérenger.
Période d?apprentissage prescrite
Ils seront, néanmoins, plus de 30 millions d?êtres humains réduits à l?esclavage. On dénombre, au fil de l?histoire, trois grandes traites négrières. Celle de la région transatlantique où dix millions d?Africains ont été envoyés aux états-Unis, au Brésil et aux Caraïbes, y compris Haïti. Une autre traite négrière interne à l?Afrique où plus de dix millions d?Africains ont été destinés à la main-d??uvre coloniale. La troisième traite qualifiée d?orientale alimentera en esclaves noirs (plus de dix millions), entre le 17e siècle et le début du 20e siècle, le monde musulman. On compte aussi une traite négrière dans l?océan Indien, visiblement de moindre envergure. 200 000 Noirs sont enlevés de la côte Est de l?Afrique pour peupler l?Ile Bourbon, l?Isle de France et les Seychelles.


?Haïti n?est plus qu?un désert jonché de ruines fumantes? après la révolte qui débute dès 1791. Alors que plus de 1 000 Blancs sont assassinés et 200 sucreries et 600 caféières saccagées. Le 4 février 1792, date hautement symbolique, la Convention confirme la liberté des esclaves et étend l?abolition de l?esclavage à toutes les colonies françaises.
L?Isle de France n?a pas connu des heurts de cette trempe-là. ?Bien qu?une révolte éclate et qu?une grève générale a lieu, à part le marronnage, la résistance à l?esclavage prend plutôt la forme de ?go-slow?, des esclaves se déclarant malades ou empoisonnant leurs maîtres. De 1796 à 1803, l?Ile Maurice connaît, alors, sa première vague d?émancipation?, rappelle Paul Bérenger.
Le 6 novembre 1833 une loi prescrit une période d?apprentissage de liberté de six ans pour les esclaves agricoles et de quatre ans pour les esclaves domestiques.
9 000 d?entre eux travailleront jour et nuit pour racheter leur liberté. Une fois les esclaves libres, 25 000 premiers coolies engagés foulent le sol mauricien.
Cette quatrième session n?a pas manqué, samedi, de faire réagir un auditoire soucieux de renouer avec son passé. Un intervenant a bien tenté de mettre le débat sur des rails politiques mais c?est sans compter un Paul Bérenger péremptoire, refusant de troquer son habit d?historien. Le cinquième volet de ses conférences, prévu pour fin janvier, verra un survol de la période 1936-1968, la naissance de l?île Maurice moderne.