La peur semble n'avoir aucune influence sur les femmes entrepreneures haïtiennes qui ouvrent leur 3e Salon "Femmes en production" jeudi à la Union School. A travers cette foire, elles ne comptent pas vendre seulement leurs produits mais elles veulent également se ressourcer à l'avènement du nouvel an.
«Réunir les femmes productrices, leur clientèle et les institutions de financement en un même endroit, où ils peuvent se consulter, constitue l'activité de réseautage et de ressourcement par excellence. C'est aussi des lieux d'apprentissage dynamique et stimulant». Tels sont les propos de Marie Laurence Josselyn Lassègue, ministre de la Condition féminine et des Droits de la Femme à l'occasion de l'ouverture du 3e Salon de la production féminine jeudi et qui se poursuivra les 21, 22 et 23 décembre.
Produits et articles, majoritairement locaux, restauration, dégustation et services de communication sont au rendez-vous où les femmes exposent leur savoir-faire et leurs crations durant les trois jours. Entre l'insécurité, l'inaccès au crédit et leurs mauvaises conditions de travail ces femmes lancent leur foire baptisée Femmes en production.

«Je ne m'attends pas à une grande affluence de la part des participants cette année à Femmes en production en raison de la peur qui s'installe dans la capitale haïtienne», a déclaré Yvania Pierre Désimots, responsable d'un atelier de production et de vente d'articles en céramique. Elle explique sa présence par le fait qu'elle se sent bien auprès des femmes entrepreneures comme elles et j'aurai la possibilité de me faire voir à travers les expositions. « Elles sont de rudes travailleuses et comme moi elles ont besoin de se ressourcer », a fait remarquer, l'air optimiste, la jeune femme âgée d'une trentaine d'années. Elle n'écarte pas toutefois l'idée d'un possible renversement de ses projections.

Cependant la participation a été satisfaisante pour la journée de lancement, selon des exposantes. «C'est toujours comme ça pour les premières journées. Les gens attendent toujours les dernières pour affluer», font remarquer plusieurs d'elles en début d'après-midi. Ces dernières affirment avoir vendu plusieurs de leurs articles exposés . Ce qui permet à ces nombreuses exposantes d'espérer mieux qu'elles attendaient.
La foire de la fondation pour le Développement de l'Entreprenariat féminin intégré (DEFI) en partenariat avec la firme de communication Noisy Marketing réunit plus de 120 femmes entrepreneures pour la plupart venues des villes de province et regroupées dans le Réseau des femmes d'affaires haïtiennes (REFAH).
Les actes de kidnapping perpétrés dans les parages de Saint-Marc et de Mirebalais ont malheureusement porté les femmes du département de l'Artibonite et du Centre à se terrer chez elles. Une situation qui a motivé Maguy Durcé, ministre du Commerce et de l'Industrie, à se faire la porte-parole de ces dernières. «Il serait juste d'organiser un espace d'expositions pour les entrepreneures des deux départements retenus par cette cruelle violence», a-t-elle proposé.
A côté des deux femmes ministres, le maire de la commune de Pétion-Ville, Maurice Prosper, des membres du Corps diplomatique et du secteur bancaire ont pris part à la cérémonie d'ouverture de cet événement.
Mme Lassègue a vanté les efforts des femmes à multiplier les espaces de valorisation de leur travail. «Il y a moins de semaines qu'une cinquantaine de femmes ont présenté, dans les jardins de la Banque interaméricaine, toute une gamme de cadeaux fabriqués de leurs propres mains à travers une exposition titrée «Les fééries de la Noël»», a-t-elle souligné.
La réussite, seule boussole
« L'ordre du jour se résume donc dans l'action », a martelé la coordonnatrice de Femmes en production, Murielle Noisy qui estime que chacun des efforts de ses collaboratrices a déjà porté ses fruits.
Elle a fait remarquer que la promotion de la production locale permettra d'accompagner les femmes dans leurs projets de création d'entreprises et surtout ceux qui visent à inciter la femme à produire davantage.
«Je sens poindre à l'horizon, un monde nouveau, où les femmes occupent leur pleine place et entière dans la société», a déclaré Murielle Noisy, qui annonce qu'en lançant la troisième édition de Femmes en production rien ne les arrêtera en route.
"Donner le monde aux femmes", une chanson composée et interprêtée par le jeune artiste Roosevelt Jean a su insuffler un gain de bonheur et de gaiété dans les coeurs présents à ce rendez-vous pour lequel Mme Durcé a plaidé une plus large participation aux prochaines éditions.
Lima Soirélus
lsoirelus@lenouvelliste.com