PRODUCTION NATIONALE/ TRANSFORMATION DE FRUITS / Le Sud mise sur notre richesse gastronomique.
Maniche, 25 décembre 2006. Il est neuf heures du matin. La cour de l?Eglise Baptiste prend un air de fête. Des dizaines de riverains attendent l?unique rendez-vous du jour : la foire gastronomique et agricole programmée par l?organisation féminine Tèt sou kou. Pour tuer le temps, les plus jeunes bavardent. On rit et on établit les perspectives pour la prochaine année.
Pendant ce temps, Mme Jean Enock Jean, responsable de l?association, se met en quatre pour bien gérer l?événement. Cette dame, la quarantaine avancée, déborde d?entrain et de zèle. En moins d?un an, son organisation s?est taillé une renommée dans le département, grâce à son dynamisme. Tèt sou kou, forte de quelques dizaines de femmes, pratique l?élevage, l?agriculture et s?est engagée depuis quelques mois dans la transformation de fruits.

En quelques minutes, Mme Jean installe sur la cour six grandes tables recouvertes de nappes blanches, avec l?aide de trois autres dames. Elle court dans toutes les directions, stimulant les uns et les autres. Bientôt, elle est rejointe par cinq autres cons?urs, portant des T-shirts de l?Association nationale des transformateurs de fruits (Anatraf). Le lien entre Tèt sou kou et Anatraf, plate-forme engagée dans la promotion de l?agro-industrie, est pratique, et cela ce comprend. Il s?apparente à la complicité naturelle entre fille et mère. Nécessité oblige, c?est important de se regrouper pour produire de meilleurs résultats et mieux défendre ses intérêts.

Les nouvelles venues se chargent d?installer les produits sur les tables. Les gestes, rapides et précis, témoignent de leur habileté à la tâche. Tout est mesuré. Sourire aux lèvres, les dames font le va-et-vient entre la maison de Mme Jean et la cour de l?église. D?un coté elles exposent les produits utilisés comme matière première : maïs, goyave, riz pilé, orange, manioc, l?arbre véritable, ananas, etc., et de l?autre les produits transformés : vin de maïs et d?orange, liqueur, gelée et confiture de goyave, crémas, cassave, farine de manioc et produits dérivés.
Cela suffit à produire un attroupement autour des étalages. L?heure de vérité a sonné. Escortée de deux filles, Mme Jean prend place, vers neuf heures trente, devant la table du milieu, sur laquelle sont exposées des corbeilles de fleurs naturelles et artificielles. « Bonjour, tout ce que vous voyez ici est local. Je vous remercie pour votre présence à cette mini foire. Bonne participation à tous », lance-t-elle à l?assistance.

L?intérêt des visiteurs pour les produits exposés est immense. Des voitures arrivent, chargées de curieux. Ceux-ci viennent pour la plupart des localités voisines, notamment Camp-Perrin, Cayes, Torbeck et Cavaillon. La foule grandit à vue d??il. « L?événement est entré dans les m?urs. Maniche est la dernière étape de toute une série de mini foires organisées dans certaines communes du département du Sud pour valoriser la production nationale. Chaque commune mise sur ses potentialités pour rendre les activités intéressantes », nous explique l?une des organisatrices.

Sur cette lancée, elle nous apprend que se sont tenues le dimanche 17 décembre les foires de « l?arbre véritable et de chadèque », organisées respectivement à Ducis et à Aquin. Exploitant la richesse de la cuisine créole, des organisations féminines ont présenté à Ducis, avec le support des pères Pétuel et Rosenberg, plus d?une vingtaine de spécialités culinaires. A Aquin, les organisateurs ont présenté des produits transformés à base de chadèque, avec l?aide de l?Anatraf. Les deux activités ont eu un succès retentissant.
Beaucoup d?Haïtiens de la diaspora ont honoré de leur présence la mini foire de Maniche. Leur centre d?intérêt : le vin de maïs et de manioc, ainsi que le riz local. Le stock de ces produits s?est épuisé avant midi. La foule a beaucoup apprécié également le pâté de manioc, présenté comme la surprise du jour. Les activités prennent fin à quatre heures, à la satisfaction générale.