Selon un communiqué du ministère de la Culture et de la Communication en date du 4 janvier 2007, les activités pré- carnavalesques débutent après la fête des rois, soit le 7 janvier 2007. « Les bandes à pied et les Dj peuvent commencer à créer l?ambiance dès 10 heures locales pour prendre fin à 22 heures locales », indique le communiqué qui précise que ces activités doivent se dérouler dans le respect de l?ordre établi, sans propos obscènes et sans violence. Lors d?un point de presse au ministère de la Culture et de la Communication, le ministre Daniel Elie a informé qu?un budget de 80 millions de gourdes est alloué au carnaval. « Solèy leve » est le thème retenu pour cette année. Selon le ministre, ce thème est choisi en hommage aux peintres du mouvement Saint-Soleil, notamment Jean-Claude Garoute (Tiga), récemment décédé.

Dimanche 7 janvier 5h 30, au Champ de Mars, aucune bande ou Dj n?animent. C?est l?ambiance habituelle. Les véhicules des agents de la Police nationale et de la Minustha sillonnent les rues limitrophes aux différentes places. À la place Pétion, des enfants accompagnés de leurs parents jouent à cache-cache ou sur les balançoires. Sur les bancs, des personnes assises regardent les passants ou discutent. « Je n?enverrai pas mes enfants à l?école ce lundi. Si la réouverture se déroule sans heurts, ils iront à l?école mardi ou mercredi », confie une femme à une autre. Sur la place Dessalines, se tient le traditionnel cercle de débats. En effet, là se déroulent régulièrement des discussions sur des sujets divers, comme l?existence ou la non existence de Dieu ou des forces surnaturelles, la sexualité, les rapports d?exploitation en vigueur dans la société haïtienne, la conjoncture sociopolitique. De plus, des adeptes de confréries religieuses y vendent quotidiennement leurs croyances. À ces débats participent des étudiants et étudiantes, des élèves, des personnes de profession libérale, comme des professeurs ou avocats. Ce jour-là, la discussion porte sur Dieu. « Tu dis que Dieu a créé le ciel et la terre, le monde entier, mais où se tenait-il pour créer tout ça, il devait bien se tenir quelque part, non. Ensuite, il a tout créé, mais qui l?a créé lui. Il s?est mis au monde tout seul, » demande un homme à un autre plus âgé et vêtu d?une longue tunique bleue et blanche. On appelle ce dernier Prophète. Ce dernier s?apprête à répondre, lorsque le son des « cornets » et tambours résonne au loin. Le cercle de discussions, ou plutôt une bonne partie, se disperse automatiquement, laissant le « prophète » avec environ quatre ou cinq personnes. « Dieu vous offre la vie éternelle, les bandes, un plaisir éphémère », crie-t-il aux personnes qui s?en vont en courant.


Les bandes 
Il était 6h 15, la bande « Envayi dega » de Delmas longe la rue Capois, jouant « du raboday » suivi de l? As ou Neuf, une bande de Sans-Fil dont les musiciens portent tous des bonnets du père Noël et des maillots blancs. Parmi les instruments de musique on peut dénombrer, des tambours, des « grage », des trompettes « Connè », (c?est un instrument de la forme d?un entonnoir produisant un son semblable à celui du bambou). Les participants et participantes dansent le « Gaye pay ». Cette danse a pris naissance et s?est popularisée suite à un tube du même nom d?une bande du Bel-Air appelée Raram. Le « gaye pay » est très flexible. « C?est subjectif, chaque personne l?exécute comme elle le sent, suivant les caprices de son corps » explique Carl, un tambourineur. Cependant à y regarder de près, on décèle un mouvement similaire des pieds. « On simule le mouvement de la poule qui utilise ses pattes pour faire son nid. Mais c?est vrai qu?il y a une forte part de subjectivité » précise la danseuse Marie-Ange Félix. Entre-temps, un convoi d?agents de la Cimo, de secouristes de la Croix-Rouge haïtienne et de pompiers gagne le Champ de Mars. Vers 7 h, trois bandes s?amènent. Il s?agit de « Take it easy fap Fanfan » de la rue Joseph Janvier suivie de « Baby Cool » du Fort national, et de « Rara Shabba » de l?avenue Poupelard. Cette dernière a donné un spectacle différent des autres : les participants et participantes mêlaient des battements de mains aux sons des instruments. Le tout formait une musique entraînante. Il faut signaler que presque toutes les bandes n?ont pas accompagné leur mélodie de chants.


Danser malgré tout
Cinq personnes interrogées disent « ne pas négocier » ce genre de festivités. « Tu sais je n?irai pas à l?école demain à cause de l?insécurité. Pourtant, lorsqu?il s?agit de danser les bandes, j?en prends le risque, c?est vital pour moi », déclare, entre autres, Carine, une élève. Deux autres, Hugues et Coriolan, étudiants de l? UEH habitant la commune de Carrefour, disent appréhender le moment de regagner leur maison. « Je ne partirais pas avant 9 h. Mais j?ai peur, des voleurs rançonnent régulièrement dans les véhicules de transport en commun. Il est possible aussi que je ne trouve pas de bus pour rentrer, tant pis je resterai en ville » déclare Hugues.