CARNAVAL 2007 / « Sur le stand ou sur le béton, carnaval de toute façon » / Carnaval 2007 : Le Champ de Mars annonce les couleurs
Depuis plusieurs jours, des centaines de charpentiers perchés sur des échafauds dans l?aire du Champ de Mars s?activent à la construction des stands devant accueillir , durant les trois jours gras, les participants au carnaval « Solèy Leve ». Ces professionnels de la scie, du marteau et des clous se montrent déterminés à achever leur besogne avant le 18 février en cours, date du début des festivités qui prendront fin le 20.
« Nous travaillons sans répit, jour et nuit, en vue d?achever le stand avant le jour J », annonce fièrement un ouvrier à l??uvre. « Durant cette courte période, notre demeure est ici », ajoute un autre qui travaille à proximité. Ils sont tous les deux au poste depuis 48 heures.
Photographie du Champ de Mars
Toute la surface du site principal des festivités est en chantier, a constaté Le Matin. Jamais depuis quelques années on n?a dénombré un si grand nombre de stands. Il s?ensuit une situation d?embouteillage permanent. Certaines constructions laissent à désirer et, considérant le nombre de personnes qui doivent y prendre place, des citoyens avisés expriment leurs appréhensions à propos de la résistance des matériaux utilisés. « Je ne conseillerais à personne de monter sur cette boîte », opine une femme d?une trentaine d?années.
Dans la matinée du mercredi 14 février 2007, les autorités concernées ont démoli, à la rue Saint Honoré, un stand dont la capacité d?accueil a été évaluée à des milliers de fêtards pour « non respect des normes de sécurité », a-t-on appris. Parallèlement, des marchands des quatre saisons offraient : tchatchas, masques, mouchoirs, tandis que sur la façade principale du Palais national, des ouvriers accrochaient des masques de toute beauté.
Au Stade Sylvio Cator
Le stade Sylvio Cator, lieu de départ du cortège, est plutôt réservé à la construction des chars des groupes musicaux. Là, ingénieurs, artisans, artistes peintres, tous sont à l??uvre. L?accès y est limité pour contenir une foule de curieux que tous les jours de la semaine retrouvent à la même place. Aussi, un important dispositif de sécurité a-t-il été établi sur les lieux.
Cette année, l?État haïtien a décaissé 80 millions de gourdes pour la réalisation de la plus grande manifestation culturelle et populaire du pays. Le carnaval, c?est une période de réjouissance, de plaisirs, d?expressions artistiques et corporelles souventes fois très décontractées, et où les corvées de la vie quotidienne sont vite oubliées. D?autre part, des individus, ou même des groupes musicaux, profitent de cet espace pour faire passer des revendications sociales, économiques ou politiques.
Les six journées pré-carnavalesques ont pris fin dimanche dernier avec des milliers de personnes dans les rues, confirmant ainsi l?importance considérable accordée par la population à cette fête mondaine et annonçant une forte participation durant les trois jours gras.
Bref historique du carnaval
Le carnaval, fête païenne qui a son origine en Europe, fut introduit en Amérique au XVIe siècle par des Espagnols et des Français. Plus tard, des esclaves africains apporteront, selon leurs coutumes, des transformations à cette fête annuelle.
Après l?indépendance, la première bande carnavalesque est née au Bel-Air et s?appelait « Soleil Brillant ». Elle a été suivie l?année d?après par « Foudre du Ciel » du Morne à Tuff. Ces bandes étaient financièrement supportées par les notables de leurs régions respectives.
Du XVIe au XXIe siècle, le carnaval haïtien a subi de profondes transformations tant au niveau des groupes traditionnels que des formations musicales. La jeunesse des années 50 et 60 se rappelle encore un Nemours Jean-Baptiste avec son Compas direct et un Webert Sicot, créateur de Cadence rampa engagés sur le parcours du cortège carnavalesque dans une polémique qui rendait fous de joie leurs fanatiques. De nos temps, c?est plutôt l?ère des décibels qui, font trembler les stands et affectent le système auditif.
Le carnaval « Solèy Leve », ainsi baptisé en hommage au légendaire peintre haïtien Jean-Claude Garoute, dit Tiga, initiateur du mouvement Saint-Soleil en Haïti, décédé le 14 décembre 2006, partira du Stade Sylvio Cator, puis empruntera la Rue Paul VI à destination du Champ de Mars pour se diriger finalement vers son point de départ.
La Police nationale a annoncé tout un ensemble de mesures pour garantir la sécurité du carnaval 2007.