Le Lycée Alexandre Pétion a été, pendant près d'un siècle et demi, une école de référence en Haïti. Il a formé de nombreuses générations d'hommes politiques dont des chefs d'Etat, des Premiers ministres et des ministres. De nombreux écrivains haïtiens, certains de renommée internationale, y ont été également formés. Cependant, au rythme des turbulences politiques et de la paupérisation du pays, cet établissement scolaire perd sa stature d'antan.
Fondé en 1816, sous le gouvernement d'Alexandre Pétion dont il porte d'ailleurs le nom, ce lycée a été le premier établissement d'enseignement secondaire créé en Haïti. Il a eu pour vocation de former les cadres du pays, peu après l'indépendance.
Cette vocation, il l'a maintenue pendant tout le 19e siècle et la première moitié du 20e siècle. Reputé pour la qualité des enseignants et les générations successives d'hommes de lettres et de responsables politiques qu'il a formés. A titre d'exemples, des chefs d'Etat tels que Dumarsais Estimé, François Duvalier, Prosper Avril y ont fait leurs études secondaires. Les premiers ministres Martial Celestin et Yvon Neptune y ont également étudié. Sans oucbler les écrivains comme Jean Price Mars, René Depestre, Jacques Stephen Alexis et Frankétienne.
Pendant longtemps, le Lycée Pétion a été pourvu en matériels et équipements nécessaires pour son fonctionnement. En effet, dès sa création, il a été doté d'un laboratoire de physique, d'un laboratoire de chimie et d'une bibliothèque. Si ces équipements, devenus obsolets par l'usure du temps, avaient, un moment disparu, ils avaient été par la suite remplacés.
Cependant, le laboratoire moderne offert, au début des années 40, par un homme d'affaires haïtien, a cessé de fonctionner au milieu des années 60.
Selon des riverains, « il a été fermé pour des raisons politiques sous Duvalier ».
Les enseignants du Lycée étaient d'abord formés en France avant d'être relayés par des cadres haïtiens qui y ont acquis leur première formation.
Au regard des grands noms qui se sont succédés à la tête de cette école, tels que rapportés par Amilcar Lamy, dans son opuscule intitulé : le lycée Alexandre Pétion (1816-1950), être directeur de cet établissement tenait lieu de carte de visite.
Cependant, enseigner n'est plus aussi attractif et « ceux qui s'adonnent à cette profession la considère pour la plupart comme un sacerdoce », a fait remarquer une enseignante, Mme Elizabeth Casimir Alfred. Donc, les grands noms ne se bousculent plus pour un poste d'enseignant. Donc, le Lycée Pétion, situé au Bel-air, un quartier qui, naguère, était en proie à la violence armée, ne fait pas bonne recette dans ce domaine.
Bref, cet établissement, qui a trainé pendant longtemps un passé aussi prestigieux est presque maintenant l'ombre de lui-même. Certes, il est logé dans un bâtiment de construction récente mais l'ancien bâtiment, construit en 1906, qui est d'un grand modèle architectural, est maintenant en ruine. Le Lycée accueille quelque 3000 élèves répartis en deux groupes. Toutefois, les problèmes d'équipements et autres auxquels il fait face, font de lui maintenant une école de seconde zone même si le nom continue à rappeler ce passé.

L'établissement disposait dans le temps d'une grande bibliothèque mais le bâtiment qui l'abritait n'a pas été rénové. L'humidité et l'insouciance des responsables ont conduit à la dégradation des ouvrages. L'embryon qui y restait jusqu'au début des années 80 a disparu. « Les tentatives visant à mettre en place, en 1991, une nouvelle bibliothèque ont échoué et les rares livres disponibles se retrouvent entre les mains de marchands ambulants », déplore Pierre Canel marc André, enseignant et ancien élève du Lycée.

Evoquant les difficultés auxquelles est confronté l'établissement, le Censeur (directeur adjoint) du groupe matin, Joseph Rigtder Justin, a fait remarquer que le Lycée ne dispose pas « d'Internet qui aurait pu faciliter des recherches, de toilettes, de mobiliers en quantité suffisante, de cafeteria, d'infirmerie pour premier soin si un élève a un problème, de l'eau potable ». A cela s'ajoutent, souligne-t-il, « l'effectif pléthorique dans les salles, l'absentéisme de nombreux professeurs, la salle d'informatique qui a été sabotée et les ordinateurs emportés, l'absence de laboratoire et de bibliothèque ».

M. Justin reconnaît que le Lycée Pétion n'est plus ce qu'il était dans le passé. Il impute cette situation aux conditions socio-économiques générales du pays et aux troubles politiques. Il évoque par exemple « une demande accrue excédant la capacité d'accueil du Lycée ainsi que les pressions de l'environnement dans lequel celui-ci évolue ». Bref, des facteurs qui jouent négativement sur la performance du Lycée.
Le Censeur reste néanmoins optimiste et affirme que « le personnel dirigeant va tout mettre en oeuvre pour renverser la tendance et permettre au Lycée Alexandre Pétion de retrouver son rayonnement passé ».