Ce sont des toiles particulières aux dimensions variées et aux couleurs vives. Mettant en relief divers personnages, ces toiles comportent également nombre de symboles et sont exclusivement une production des initiés. Que représentent-ils ? A quelle fin sont ils utilisés ? Quelle importance pour les adeptes de cette religion ?
Personnage reconnu de la religion vaudou en Haïti, Edgar Jean louis, 76 ans, s'est au fil du temps spécialisé dans la confection de drapeaux vaudou. Son atelier, sis au quartier Bel Air, au centre de la capitale Port-au-Prince, figure parmi les plus réputés. Après plus de trente ans dans ce métier, Jean Louis a confectionné des centaines de drapeaux vaudou. Il a également eu à former nombre d'ouvriers aujourd'hui détenteurs d'ateliers de confection de ces étoffes décorées.
Le drapeau vaudou est ordinairement confectionné à partir de tissus en fond blanc sur lequel sont soigneusement cousus, à l'aide d'une aiguille et des fils, des paillettes colorés et des perles. Méticuleusement, ces ornements épouseront, un à un, la forme des dessins de personnages et de multitudes de symboles appelés Vèvè préalablement reproduits à l'aide de crayon sur la toile. Le produit fini ressemble à une toile scintillante bordée de satin.

Le vaudou, en Haïti, est quelque peu mélangé avec le catholicisme, et les dieux ou esprits du vaudou, appelés Lwa ou Loa ont extraordinairement trouvé leurs correspondants dans les saints catholiques. Aussi, la déesse de l'amour, Erzulie, est-elle symbolisée par l'image de la Vierge Marie, l'esprit de la guerre, « Ogoun », étant représenté par Saint Jacques parmi les centaines de dieux vaudou ici vénérés et reproduits dans ces drapeaux. Entre autres esprits, «Aida Wouedo, femme de Dambala Wouedo, un serpent, Danthor, femme noire aux yeux rouges, Erzulie Freda, femmes rouge, Baron, etc.», explique Valeur Walter Pierre alias Wollden, un prête vaudou ou « houngan » au quartier Bel Air.

Toiles aux colorations assez vives et variées ayant un aspect hautement décoratif, le drapeau est souvent apprécié par les touristes pour qui il est assimilable à un tableau. Toutefois, comme en témoigne le houngan Wollden, il est utilisé soit pour « saluer ou accueillir, lors des cérémonies, l'esprit du vaudou ». De par ses saints et ses Vèvè, le drapeau vaudou est « un élément important pour les vaudouisants », poursuit Valeur Walter Pierre.
Différents selon les Lwa, les Vèvè prennent naissance avec les libations. Aussi sont-ils reproduits au fil du temps à partir des signes. Autre élément, les couleurs, différentes d'un dieu à un autre. En effet, « le rouge est utilisé pour saluer la force de papa Ogoun, le vert pour Zaka, le bleu pour Danthor, le rose pour Erzulie Freda, etc. », toujours selon les explications du houngan Wollden.
Mais par-dessus tout, le drapeau est un des éléments de communication entre les adeptes de cette religion, dont il est, par ailleurs, un vecteur d'une identité commune. En effet, « chaque vaudouisant peut avoir un ou plusieurs lwa, et lors des cérémonies, l'initié, pour s'illustrer à travers son esprit protecteur, est susceptible de se comporter comme celui-ci », fait savoir Ednor Baptiste, un adepte du culte vaudou, selon qui « un initié dont le lwa est un serpent, par exemple, peut ramper à même le sol et ainsi démontrer devant tous son appartenance à cet esprit ».
Objet de dévotion pour les uns et de décoration pour les autres, ces toiles particulières ont le mérite de marquer, au fil du temps, l'art haïtien. Ainsi, fers forgés et portails de maisons et autres objets d'art ont ainsi mis en relief divers symboles du culte vaudou.