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Quand les femmes désacralisent la tradition

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Les musiciennes de Vodoula
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Published by TiCam- 03-07-08
news Quand les femmes désacralisent la tradition

Par Natacha Clergé
La subversion au féminin
Depuis 1986, la musique racine prend de l'extension. Plus de cent vingt groupes racines sont dénombrés sur le territoire national. Dans ces groupes, les femmes chantent, dansent, mais jouent rarement un instrument. Depuis tantôt trois ans, les données ont changé. Au coeur de ce changement se retrouvent deux groupes racines féminins, dont Vodoula.
Manipuler « tambour », vaksin, graj, banbou, kònè, tambourin, des instruments de la musique racine, était une pratique taboue pour les femmes pendant longtemps. Les éléments d'explication autour de cette exclusion divergent. Division sexuelle au sein de la production musicale racine, avancent des féministes.
« Les activités sont sexualisées dans la musique racine. Les femmes chantent et dansent ou sont choristes. Elles ne sont pas musiciennes. Mais la question est complexe. Bien entendu, chanter, danser sont des agirs positifs où les femmes peuvent se libérer du poids de la tradition et inscrire quelque chose de neuf dans le monde. Paradoxalement, quand les femmes pratiquent ce métier, cela fait l'affaire des deux sexes. Les hommes perçevant les femmes comme des créatures toujours en représentation et qui s'offrent à bout des mains et des yeux. Mais aussi chanter, danser sont des métiers qui confortent les dispositions narcissiques inculqués aux femmes dès leur tendre enfance. Alors qu'être musicien, c'est s'approprier des instruments, acquérir une technicité ; cela, la tradition le réserve aux personnes de sexe masculin », soutient Anne Gotrin, une sociologue féministe.
Pour Gatho, 26 ans, tambourineur du groupe Samba Rara, il n'y a pas lieu de parler d'exclusion, voire de sexualisation du travail artistique. L'obstacle pour des femmes de s'approprier des instruments musicaux serait plutôt physique. « Les féministes parlent beaucoup et voient mal. Elles mettent du rouge là où il faudrait mettre du bleu ou l'inverse. La question est que les femmes n'ont pas l'énergie nécessaire pour jouer ces instruments. Sortir de Mariani pour arriver au coeur de la ville en jouant du tambour ou du konè, ce n'est pas une blague. La première fois que j'ai fait un si long parcours, je me suis évanoui. J'aimerais voir au pied du mur ces femmes qui prétendent le contraire », ironise Gatho qui tapotait son tambour en attendant la répétition journalière.
Pourtant, au mythe de la faiblesse physique des femmes, le groupe racine féminin Voudoula apporte un démenti. « Nous avons parcouru Carrefour jusqu'à la ruelle Alerte en jouant et en chantant en même temps. Personne n'est morte. L'année précédente, nous avons fait pareil en sortant de la ruelle Alerte pour aller à Pétion-Ville. C'est un faux problème, la question de l'endurance physique », soutient Esther, maestro et tambourineuse de Vodoula.
Elles sont douze femmes qui se sont faufilées à travers l'opportunité ouverte aux femmes artistes qu'est le festival CulturElles de l'Institut français d'Haïti. « Le groupe a pris naissance lors de la première édition du festival CulturElles en 2005. Nous avons constaté que dans les manifestations de ce genre ce sont des groupes masculins qui animent. Alors, nous avons décidé de créer Vodoula. Cependant, nous jouons aussi comme musiciennes dans le groupe Foula. Cette mixité des groupes musicaux est importante », ajoute Esther.
Avant de former Vodoula, la musique était pour ces femmes un territoire familier. Certaines, dont Marie Alice Alcindor, ont grandi au Bel-Air, une zone où la musique et le football étaient l'occupation principale des jeunes. D'autres étaient ou sont chanteuses ou choristes dans des groupes musicaux racines tels Tokay, Klòch lakou lakay, et d'autres groupes que la conjoncture politique a emportés.
Porteuses d'un discours différent du discours sexiste qui caractérise la majorité des groupes musicaux connus, Vodoula s'intéresse à des questions dont l'enjeu est la vie de la communauté : la dégradation de l'environnement, le trafic des enfants, la violence contre les femmes…
« Dans nos compositions, nous accordons une attention aux conditions de vie et à la situation des femmes. La violence masculine contre les femmes est une question qui nous préoccupe. Nous voulons valoriser la contribution sociale des femmes et aussi montrer qu'elles peuvent réussir dans des domaines où l'on s'imagine qu'elles vont échouer. C'est pourquoi le groupe Vodoula n'est pas mixte, même si les musiciens de Foula nous apportent régulièrement leur soutien technique et des conseils avisés », affirme Christine Marcenot, l'une des musiciennes du groupe.
Vodoula n'est pas la première initiative de monter des groupes musicaux exclusivement féminins. Deux initiatives du genre l'ont précédé. C'est d'abord Riske de tendance compas, mais, le risque étant sans doute trop élevé, le groupe est mort tôt. Ensuite est venu 4 X 4 de tendance ragga qui, lui non plus, n'a pas tenu la route. Cependant, les musiciennes de Vodoula affirment que leur initiative ira loin « Nous avons de l'endurance », soutient l'une d'entre elles, en riant.
Source: Le Matin
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