Située à une dizaine de kilomètres au nord des Gonaïves (Nord d'Haïti), «Lakou Souvnans » est l'un des hauts lieux du culte vaudou les plus fréquentés en Haïti, et ce depuis les 50 dernières années. Outre les adeptes de cette pratique, chercheurs, ethnologues, hommes politiques, journalistes tant nationaux qu'internationaux, ainsi que de simples curieux se donnent annuellement rendez-vous à Souvenance, notamment pendant la période pascale.
Certains viennent pour entrer en contact avec les divinités vaudou, d'autres pour honorer leurs engagements, d'autres encore pour exclusivement satisfaire leur curiosité. En effet, Souvenance est un grand lieu de rencontres et d'échanges culturels et spirituels.
Lakou Souvnans
Tout visiteur se rendant dans la localité de Souvenance en est tout de suite frappé : une immense clôture en mur bordant un périmètre où siègent une cinquantaine de maisons, pour la plupart construites en terre battue avec des toits de chaume ou de tôles. Il s'agit de « Lakou Souvnans ».
Parmi les éléments de culte, outre le péristyle -le temple mystique du vaudou-, dans Lakou Souvnans, se dressent des arbres géants. Deux vastes bassins, avec chacun un arbre à l'intérieur, sont également creusés dans cette cour. Lors des cérémonies vaudou, on y achemine de l'eau venant des jardins.
Des cérémonies structurées et hiérarchisées
De façon traditionnelle, la fête vaudou de Souvenance commence le samedi précédant la fête de Pâques et prend fin le vendredi de la semaine suivante. La célébration principale a lieu le dimanche de Pâques. A l'occasion, des centaines d'initiés - pour la plupart des femmes - tout de blanc vêtus, maculés de sang d'agneau et de boucs, dansent, chantent puis entrent en transe au son du rythme traditionnel des tambours du vaudou.
Outre les danses et chants traditionnels, ont lieu des sacrifices d'animaux et des prières mystiques dans le Péristyle. Un taureau a été sacrifié au pied d'un arbre où habite, selon la croyance vaudou de Lakou Souvnans, « papa ogou », un Loua (un des esprits du vaudou).
Autre moment important de cette célébration, le bain dans le « ma adjasou » l'un des bassins de la cour. Ce bain se fait selon un ordre spécifique établi traditionnellement et à un moment précis de la cérémonie. Seuls les grenadiers, une catégorie d'initiés de Lakou Souvnans, en transe et en file indienne, se jettent dans les eaux sales du « ma adjasou ». « Se baigner dans cette eau constitue une sorte de purification pour nous », de l'avis d'une sexagénaire, se trouvant aux abords du bassin.
L'ordre du déroulement de l'ensemble des cérémonies relève aussi de la tradition. « Le passage d'une cérémonie à une autre ne doit pas changer. Les cérémonies doivent s'enchainer selon un rythme spirituel et traditionnel de Lakou Souvnans », a expliqué, Roger Bien-Aimé, l'un des trois principaux héritiers de Lakou Souvnans.
« Les activités se réalisent en fonction d'un calendrier spécifique qui se répète chaque année ; ce qui constitue une différence énorme entre les célébrations vaudou de Souvenance et celles des autres endroits que j'ai visités dans le pays», a fait remarquer Gael Turine, photographe indépendant venant de Belgique.
Une célébration qui attire hommes politiques et Haïtiens expatriés
Ministres, députés, sénateurs et d'autres autorités politiques du pays ont fait le déplacement cette année pour assister à l'ensemble des célébrations. « Cette année, nous avons reçu la visite de beaucoup plus d'autorités», a fait-remarqué, Roger Bien-Aimé.
Outre le ministre de la culture Eddy Lubin, également membre de Lakou Souvnans, les sénateurs du département de l'Artibonite, Youri Latortue et Francois Fouchard, la députée Gerandale Thelusma ainsi que des parlementaires d'autres départements ont pris part à ces festivités. Et le maire principale de la Commune des Gonaïves, Stephen Moise, présent lors de la deuxième journée d'avouer : « Je ne suis ici pas comme maire mais comme un vaudouisant ».
Parallèlement, de nombreux membres de la diaspora haïtienne ainsi que des étrangers y viennent chaque année. «Depuis huit ans je n'ai pas mis les pieds ici. Je suis revenu pour maintenir le contact avec mes sources », révèle Carole Devillers, photographe indépendante fréquentant le pays depuis 18 ans. De poursuivre, Mme Devillers a déclaré : « Je compte revenir l'année prochaine avec d'autres gens pour les faire voir l'Haïti profonde que j'aime beaucoup ».
« Cette visite nous a permis de vivre les véritables danses et chants de notre racine. Les leçons apprises nous seront très utiles dans notre mission de promouvoir la culture de nos ancêtres », s'est réjouit, pour sa part, Emilia Diaz Javez, présidente de Vokal Desandan (la voix des descendants). Ce groupe a cappella, formé de Cubains d'origine haïtienne, a été invité par le Ministère de la culture.
Les activités vaudou de Lakou Souvnans datent de plus d'un siècle selon M Bien-Aimé. Cette célébration a pris une certaine ampleur à partir de la deuxième moitie du 20e siècle, et visiblement, elle connaitra encore de beaux jours.