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06-13-06, 08:48 AM
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Enfance
René Depestre voit le jour en 1926 à Jacmel, en Haïti. Alors que la demeure familiale ne compte aucun livre, sinon une vieille encyclopédie française, le jeune René aime imaginer des contes pour ses petits frères et s?urs. S?inspirant de la nature, il invente des histoires à la façon des "audiences", ces séances publiques de contes traditionnels haïtiens. Parfois, sa mère l?emmène assister à des cérémonies vaudou dans les campagnes de Jacmel. C?est là, dans ces lieux secrets, que René s?imprègne des transes, des rites et des chants, fasciné par ce monde fait de mystère et de merveilleux.
Etincelles
Adolescent, il accède aux bibliothèques et dévore tous les grands classiques de la littérature. Les ?uvres de Jean Price-Mars et Jaques Roumain, les deux écrivains haïtiens chantres du réalisme merveilleux, lui ouvrent la voie de l?écriture. La manière dont les mots suggèrent des images et des sensations, la façon dont les phrases taraudent l?imaginaire, voilà ce qui fascine René Depestre qui, à son tour, se met à écrire. A 19 ans, il publie Etincelles, un premier recueil de poésie qui lui donne immédiatement une notoriété parmi les intellectuels de l?île.
Le courant surréaliste
Avec ses jeunes amis, dont Jacques-Stephen Alexis et Gérald Bloncourt, le jeune écrivain est attiré par le courant surréaliste et la révolte tant esthétique que poétique qu?il propose. Le 20 décembre 1945, André Breton, apôtre du surréalisme français, donne une conférence à Port-au-Prince. Pour les jeunes intellectuels de l?île, la révolte surréaliste correspond en tous points à la sensibilité haïtienne et à sa tradition rebelle. Face au pouvoir arbitraire du président Lescot, le discours d?André Breton rencontre un écho que René Depestre veut transmettre à son peuple. Il fonde, avec ses deux amis, La Ruche, un hebdomadaire dont les textes sont à la fois littéraires et politiques. Les rédacteurs se comparent ainsi à des guêpes capables de piquer le pouvoir établi.
Insurrection
Avec ses positions radicales, La Ruche rencontre un vif succès auprès de l?opinion. La revue obtient le soutien des écrivains René Bélance, Paul Laraque et Magloire St Aude. De son côté, le pouvoir voit ces jeunes intellectuels d?un mauvais ?il et fait saisir le troisième numéro en 1945, sous le prétexte qu?il est dédié à André Breton. Ce geste déclenche immédiatement un mouvement de solidarité qui devient une insurrection en janvier 1946. René Depestre y participe et s?engage encore avec les mots et les idées marxistes. Il publie Gerbe de Sang, son second recueil de poésie. Le despote est chassé. Puis l?armée s?empare du pouvoir.
L?exil
A 20 ans, le jeune poète militant choisit de s?exiler à Paris. La capitale française lui donne l?occasion de fréquenter les sphères étudiantes, les milieux artistiques mais aussi les nouveaux poètes de la Négritude. Il milite au c?ur du mouvement de décolonisation et apparaît de plus en plus indésirable aux yeux du pouvoir. On l?expulse une fois de plus. Commence une errance qui le mène de Prague à Cuba, où il est l?invité de l?écrivain Nicolas Guillén. Au terme de quelques mois sur l?île, le dictateur cubain Batista le prie de partir. C?est ensuite l?Autriche, le Chili, l?Argentine puis à nouveau Paris.
Retour en Haïti
En 1956, le premier Congrès des écrivains et artistes noirs est organisé à la Sorbonne, dans la capitale française. C?est un succès. L?évènement rassemble des intellectuels originaires d?Afrique, des Caraïbes et des Etats-Unis et structure les idées qui mèneront bientôt les anciennes colonies vers leur indépendance.
Toujours en mouvement, René Depestre retourne en Haïti. Un certain François Duvalier, qu?il connaissait dans ses jeunes années, a pris le pouvoir, et lui propose un poste au ministère des Affaires étrangères. Depestre refuse, et la rupture est consommée. L?écrivain n?a d?autre choix que l?exil définitif. Il regarde de nouveau vers Cuba, où vient de triompher la révolution communiste.
L?expérience cubaine
C?est Ernesto « Che » Guevara en personne qui l?invite à s?installer à La Havane en lui offrant de nombreuses responsabilités liées au développement culturel. Suivent dix années de voyages officiels entre la Chine, la Russie et le Viêtnam. Dans ce mouvement permanent, il trouve le temps d?écrire, en 1967, un recueil de poésie qui lui assure une renommée internationale : Un arc-en-ciel pour l?Occident chrétien. Dans cet ouvrage, René Depestre intègre sa propre expérience du vaudou pour dresser une vision du monde à la fois surréaliste, érotique et politique. Dès lors, la mythologie et le rituel vaudou vont enrichir ses textes.
La femme et le merveilleux
Son indépendance et sa liberté de pensée finissent par agacer les tenants du pouvoir castriste. En 1971, il s?en écarte, considérant que la révolution s?égare. Sept ans plus tard, il rejoint Paris et travaille pour l?UNESCO. Son premier roman, le Mât de Cocagne, voit le jour en 1979. Le livre met en scène un homme désespéré parce que soumis à une dictature ubuesque mais qui retrouve l?espoir grâce une femme. Métaphore de la société haïtienne, le livre feint la nostalgie pour encourager le combat. Là encore se mêlent érotisme et politique. 

L?année suivante est publié Alléluia pour une femme-jardin, recueil de nouvelles primé au Goncourt de la Nouvelle. Dans ces pages se manifeste l?obsession de l?écrivain, « créer le merveilleux autour de la femme ». En 1988, installé dans le département de l?Aude, en France, il publie Hadriana dans tous mes rêves, roman inspiré de ses souvenirs de Jacmel et dont les personnages insolites sont tour à tour ballotés par des destins à la fois heureux et tragiques. L?ouvrage est récompensé par le prix Renaudot. Désormais, René Depestre ne quitte plus la France, dont il devient citoyen. Cet enracinement ne l?empêche pas d?écrire et de susciter l?admiration les milieux littéraires. En 1996, Jean-Daniel Lafond réalise un documentaire sur l?écrivain : Haïti dans tous nos rêves.
L?essayiste
Poète et romancier, René Depestre n?en est pas moins essayiste. Ses thèmes de prédilection, outre l?aventure communiste qu?il a vécue intimement, sont ceux de la Négritude et de l?identité créole. Jeune homme, il avait assisté à un discours d?Aimé Césaire, le grand poète martiniquais, qui l?avait marqué au plus haut point. 

En 1980, René Depestre publie un essai critique sur ce thème, intitulé Bonjour et adieu à la Négritude. En 1994, Les aventures de la créolité voient le jour, suivies par Le métier à métisser quatre ans plus tard. Dans cet ouvrage, Depestre examine avec une sensibilité nouvelle les questionnements qui jalonnèrent sa vie de nomade : « La négritude debout, le surréalisme, le marxisme et son idée de révolution, le castrofidélisme, le guévarisme, l?érotisme solaire, l?exil, l?aventure de la mondialisation »... Engagée, l?oeuvre littéraire de Depestre n?est pas l?illustration d?une théorie. L?écrivain reste avant tout un poète qui façonne un univers centré sur Haïti, entre la douleur de l?arrachement et la force de l?enracinement.
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Bibliographie :
Étincelles, Imprimerie de l?État, Port-au-Prince 1945.
Gerbe de sang, Imprimerie de l?État, Port-au-Prince, 1946.
Végétation de clartés (préface d?Aimé Césaire), Seghers, Paris, 1951.
Traduit du grand large, Seghers, Paris, 1952.
Minerai noir, Présence Africaine, Paris, 1956.
Journal d?un animal marin, Seghers, Paris, 1964.
Un Arc-en-ciel pour l?Occident chrétien, Présence Africaine, Paris, 1967.
Cantate d?octobre, Institut du Livre, La Havane, 1968.
Poète à Cuba, Oswald, Paris, 1976.
En état de poésie, Éditeurs Français Réunis, Paris, 1980.
Au matin de la négritude, Euroediteur, Paris, 1990.
Journal d?un animal marin, Gallimard, Paris, 1990.
Anthologie personnelle, Actes Sud, Arles, 1993.
"Adieu à la Révolution", "En fils créole de la francophonie". In : Écrire la parole de nuit ; la nouvelle littéraire antillaise, Gallimard, Paris, 1994.
Pour la révolution pour la poésie, Leméac, Montréal, 1974.
Le Mât de Cocagne, Gallimard, Paris, 1979.
Bonjour et adieu à la négritude, Laffont, Paris 1980.
Alléluia pour une femme-jardin, Gallimard, Paris, 1981.
Hadriana dans tous mes rêves, Gallimard, Paris 1988
Éros dans un train chinois, Gallimard, Paris 1990.
"Les aventures de la créolité, lettre à Ralph Ludwig", in Écrire la parole de nuit ; la nouvelle littéraire antillaise, Gallimard, Paris, 1994.
"La mort coupée sur mesure", in Noir des Îles, Gallimard, Paris 1995.
"Vive la lecture", in En quête du livre, Paroles d?aube, Paris, 1997.
Ainsi parle le fleuve noir, Paroles d?Aube, Paris 1998.
Le Métier à métisser, Stock, Paris, 1998.
Comment appeler ma solitude, Stock, Paris, 1999.
Encore une mer à traverser, La Table Ronde, Paris, 2005.
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Once in a lifetime
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