Obsèques Urnes en pendentif ou corps de défunt doré à l'or fin
sont parmi les dernières tendances de l'art funéraire.
Delphine de Mallevoüe
01 novembre 2005
TRANSFORMER feu grand-mère en diamant synthétique trois carats pour la porter à l'auriculaire, c'est possible comme arborer ses cendres au cou, dans un seyant reliquaire-pendentif, ou encore au poignet, dans le cabochon d'un bracelet en or serti de pierres précieuses... Morbide pour les uns, génial pour les autres, le bijou funéraire est très à la mode cette année. La mort, toute figée qu'elle soit, a elle aussi ses tendances. Vedette de la 10e édition du Salon international de l'art funéraire, qui se tiendra du 10 au 12 novembre au Bourget, cette nouvelle joaillerie, parmi mille autres curiosités s'exposera sur 21 000 m2.


Du cercueil «Cocoon» en forme d'oeuf, aux stèles futuristes d'architectes, en passant par les urnes très design de créateurs inspirés, ou encore par le cocktail branché après obsèques, les acteurs de la filière funéraire ne manquent pas d'idées pour sans cesse redynamiser ce marché qui pèse lourd : 3,1 milliards d'euros pour la France. Il est vrai que 535 000 personnes décèdent en moyenne par an, qu'il faut compter quelque 3 000 euros pour une inhumation et 2 900 euros pour une crémation. A quoi s'ajoutent, selon les cas, le monument funéraire de 3 000 euros en moyenne et la concession : «De 7 euros au fond de la Creuse à plus de 10 000 euros dans des cimetières comme le Père-Lachaise à Paris», estime-t-on à la Chambre syndicale nationale de l'art funéraire, organisatrice du Salon. Côté «entretien du souvenir», selon l'expression utilisée aux pompes funèbres, 89 euros sont dépensés par an et par Français pour les défunts de la famille.


Cette année, les urnes-bijoux, ou les bijoux-urnes ? c'est selon ?, font donc fureur pour garder tout près de soi les êtres chers. Les petites capsules remplies des cendres du bien-aimé que, depuis 2001, on peut envoyer dans l'espace ou sur la Lune, moyennant 1 500 euros, commencent à être «has been».
Le «must» est le diamant Algordanza. Cette société de la région parisienne, créée en août dernier, se propose de récupérer 500 grammes de carbone, sur les quelque 2,5 kg de cendres donnés par un corps, pour les transformer ensuite en brillant éternel. Premier prix : 5 500 ? pour 0,4 carat et 18 000 ? pour 1 carat, en forme de solitaire classique ou de coeur. L'objectif de la société ? «Mille clients par an. Euh, avec moi, cela en fait un de plus !» rectifie Yrsa Baehr, la directrice d'Algordanza France, qui a d'ores et déjà couché programmé sa transformation en diamant.
L'or pour enveloppe éternelle
Autre nouvelle tendance : la «Golden Body Performance», la dorure intégrale à la feuille d'or du corps du défunt. Une technique que réalise une jeune artiste de 30 ans. Très consciencieuse, elle procède à une première réalisation lorsque le client est encore vivant, qu'elle filme «pour qu'il se rende compte», et à une seconde, lorsque l'heure fatidique a sonné...
A en croire les organisateurs du Salon, on assiste aussi «au grand retour du capiton», dont le «surpiquage couette» est désormais d'un «total confort». Ce qui se comprend, car, explique les professionnels du secteur, «dans le funéraire, le Français a plutôt tendance à rester traditionnel».
Sur le prochain Salon, les visiteurs pourront assister, en direct et en première mondiale, à la démonstration d'un four à crémation. «Sans rien dedans évidemment !» précise-t-on à la Chambre syndicale nationale de l'art funéraire, où l'on insiste sur le sérieux de la chose. «La crémation met en jeu l'environnement. Nous devons montrer qu'il existe des appareils aux normes car, depuis décembre 2004, la loi nous oblige à faire attention aux fumées, à la toxicité de certains types de bois ou de colles utilisés pour les cercueils.»
Plus artistiques, les expositions «Dernières demeures» rassembleront les projets d'architectes célèbres, comme Andrée Putman. Une collection de photographies, intitulée Tombeaux présumés des héros de Jules Verne, ou encore Curiosités nécropolitaines représentent les tombes les plus insolites à travers le monde.